Qui, quand, où
Murasaki Shikibu est une écrivaine japonaise. Elle naît vers 973 et meurt vers 1014, peut-être plus tard : on ne connaît pas ses dates exactes. Elle vit à Heian-kyō, l'actuelle Kyoto, qui était alors la capitale du Japon. C'est pourquoi on appelle cette période l'époque de Heian.
On ne connaît même pas son vrai nom. « Shikibu » rappelle le ministère où travaillait son père. « Murasaki », qui veut dire « violet », est sans doute un surnom tiré d'une héroïne de son roman.
Elle naît dans une famille noble mais de rang moyen, une branche de la grande famille Fujiwara. Son père, Fujiwara no Tametoki, est un fonctionnaire savant et poète.
Pour comprendre son histoire, il faut savoir une chose. Au Japon de l'an mil, les textes officiels, les lois et les livres d'histoire s'écrivent en chinois, et ce savoir est réservé aux hommes. Les femmes nobles écrivent en japonais, avec une écriture appelée kana.
Ce qu'elle a accompli
- Elle écrit le Dit du Genji (Genji monogatari), un récit immense de 54 chapitres et plus de 400 personnages, au début du XIᵉ siècle.
- Beaucoup de spécialistes y voient l'un des premiers romans du monde : il ne raconte pas seulement des aventures, il montre ce que les personnages pensent et ressentent.
- Elle tient un journal, de 1008 à 1010 environ, qui décrit la vie à la cour de l'intérieur.
- Elle laisse aussi un recueil de poèmes.
- Son livre devient un classique : lu, recopié, illustré et étudié depuis mille ans.
Comment
En apprenant en cachette. Enfant, elle écoute les leçons de chinois que l'on donne à son frère, assise à côté de lui. Elle retient plus vite que lui. Dans son journal, elle raconte que son père regrettait qu'elle ne soit pas née garçon.
En lisant beaucoup. Elle connaît les poèmes chinois, les récits japonais plus anciens, les chroniques. Son roman mélange tout cela d'une manière nouvelle.
En écrivant après un deuil. Mariée vers 998, elle a une fille, puis perd son mari quelques années plus tard, pendant une épidémie. C'est probablement vers cette époque qu'elle commence le Genji. Elle fait circuler les chapitres un par un ; ses lectrices les recopient et les passent à d'autres. Sa réputation grandit ainsi.
En observant la cour. Vers 1005 ou 1006, elle devient dame de compagnie de l'impératrice Shōshi. Le père de l'impératrice, Fujiwara no Michinaga, est l'homme le plus puissant du pays, et il cherche des femmes de talent pour entourer sa fille. Murasaki voit de près les fêtes, les rivalités et les mariages arrangés. Tout cela nourrit son roman.
En cachant son savoir. À la cour, une femme qui lit le chinois passe pour prétentieuse. Une dame jalouse la surnomme par moquerie « la dame des Chroniques ». Murasaki fait alors semblant de ne plus savoir lire les caractères chinois. Pourtant, elle apprend en secret des poèmes chinois à l'impératrice, qui le lui a demandé.
Avec d'autres. Un livre aussi long coûte cher. Michinaga fournit le papier, l'encre et des copistes, l'impératrice la protège, et des lectrices font circuler le texte. Le talent de Murasaki avait besoin de ce soutien pour devenir un livre.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Presque tout ce qu'on sait d'elle vient de son propre journal et de ses poèmes. C'est une source précieuse, mais c'est elle qui raconte, et elle choisit ce qu'elle montre. On n'a aucun manuscrit écrit de sa main : le Genji nous est parvenu par des copies faites plus tard.
Le journal contient une scène amusante. En 1008, pendant une fête, un haut dignitaire demande si « Murasaki » est là, en lui donnant le nom de son héroïne. C'est l'une des plus anciennes preuves que son roman était déjà lu à la cour.
Une légende raconte qu'elle aurait eu l'idée du Genji en contemplant la pleine lune depuis le temple d'Ishiyama-dera, au bord du lac Biwa. Le temple montre encore une « salle du Genji ». Aucun document ne le prouve : c'est une belle histoire, pas un fait établi.
Zones d'ombre et débats
Un monde vu d'en haut. Son roman parle presque uniquement des nobles. Les paysans, les artisans et les serviteurs, qui faisaient vivre ce monde, y restent dans l'ombre.
Un héros discutable. Le prince Genji séduit de nombreuses femmes, parfois contre leur volonté, parfois très jeunes. Beaucoup de lecteurs d'aujourd'hui jugent sa conduite très dure. Des spécialistes, comme Haruo Shirane, soulignent que Murasaki raconte justement ces histoires du point de vue des femmes et de ce qu'elles subissent.
Des jugements sévères. Dans son journal, elle critique durement d'autres écrivaines, comme Sei Shōnagon, l'autrice des Notes de chevet, qu'elle trouve vaniteuse. Les deux femmes servaient deux impératrices rivales.
« Premier roman du monde » ? La formule se discute : tout dépend de ce qu'on appelle un roman, et des récits plus anciens existaient, au Japon comme ailleurs. Le Genji reste l'un des plus anciens romans connus, et l'un des plus admirés.
Pourquoi on s'en souvient
Pendant des siècles, les poètes japonais y ont puisé leurs mots et leurs images. Des peintres l'ont illustré sur des rouleaux, des paravents, des estampes, et aujourd'hui des mangas.
Au XXᵉ siècle, le Genji a été traduit en anglais par Arthur Waley, dans les années 1920, puis dans de nombreuses autres langues. Des lecteurs de tous les continents découvrent ainsi une autrice qui écrivait il y a mille ans.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- Aucun savoir n'est perdu. Des leçons écoutées en cachette ont nourri un chef-d'œuvre.
- On peut créer à partir d'un chagrin. Elle a commencé à écrire dans une période de deuil.
- Un talent a besoin des autres : des lectrices, des copistes, des protecteurs.
- Admirer n'oblige pas à tout approuver. Son livre montre un monde injuste, et elle-même pouvait être dure avec les autres.
Pour aller plus loin
- L'invention de l'écriture, pour comprendre comment le Japon a emprunté puis adapté les caractères chinois.
- Le bouddhisme décrit, la religion qui imprègne la fin du Genji et son idée que tout passe.
- L'égalité filles-garçons, une question qui se posait déjà à la cour de Heian.
Le savais-tu ?
- On ne connaît pas son vrai nom : « Shikibu » vient du ministère où travaillait son père, et « Murasaki » est sans doute un surnom tiré d'une héroïne de son roman.
- En 1008, pendant une fête à la cour, un dignitaire demanda si « Murasaki » était là : elle le raconte dans son journal, et c'est l'une des plus anciennes preuves que le Genji était déjà lu.
- Le temple d'Ishiyama-dera, au Japon, présente une « salle du Genji » où elle aurait eu l'idée de son roman en regardant la lune ; le temple lui-même en parle comme d'une légende.
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