Qui, quand, où
Cassius Marcellus Clay naît le 17 janvier 1942 à Louisville, dans l'État du Kentucky, dans le sud des États-Unis. Son père peint des enseignes, sa mère fait des ménages. À cette époque, dans sa ville, les Noirs et les Blancs vivent séparés : écoles, quartiers et restaurants ne sont pas les mêmes.
En 1964, il change de nom et devient Muhammad Ali. Il meurt le 3 juin 2016, à soixante-quatorze ans, après de longues années de maladie.
Ce qu'il a accompli
- En 1960, à dix-huit ans, il gagne la médaille d'or de boxe aux Jeux olympiques de Rome.
- En 1964, il devient champion du monde des poids lourds, la catégorie des boxeurs les plus lourds.
- Il reprend ce titre deux fois, en 1974 et en 1978 : trois fois champion du monde, un exploit alors inégalé.
- En 1967, il refuse de partir à la guerre du Vietnam. Il perd son titre et le droit de boxer, mais la Cour suprême des États-Unis lui donne raison en 1971.
- Après sa carrière, il voyage dans le monde pour des causes humanitaires.
- En 1996, il allume la flamme des Jeux olympiques d'Atlanta.
Comment
Parce qu'on lui a volé son vélo. En octobre 1954, à douze ans, Cassius se fait voler sa bicyclette. Furieux, il va voir un policier, Joe Martin. Celui-ci entraîne justement des garçons à la boxe dans une salle de la ville. Cassius ne retrouve jamais son vélo, mais il découvre la boxe.
En s'entraînant plus que les autres. À l'école, il a du mal à lire et à écrire. Mais il met toute son énergie dans la boxe, matin et soir. Plus tard, l'entraîneur Angelo Dundee restera vingt et un ans à ses côtés.
En boxant autrement. Les spécialistes disaient qu'il faisait « tout de travers » : il attaquait avec le mauvais bras, reculait en ligne droite et faisait le spectacle. Mais ses jambes étaient si rapides et ses coups si vifs que ses adversaires n'arrivaient pas à le toucher. Il parlait aussi énormément, en rimes, et annonçait parfois à quelle reprise il allait gagner.
En disant non. En 1966, l'armée veut l'envoyer au Vietnam, où les États-Unis font la guerre. Il refuse, en disant que sa religion le lui interdit. Selon un journaliste présent, il lance : « Je n'ai pas de querelle avec les Viêt-congs », les combattants que l'armée américaine affronte. En 1967, il est condamné, perd son titre, son passeport et le droit de boxer. Il reste plus de trois ans sans combattre, au sommet de sa carrière. En 1971, les juges de la Cour suprême annulent sa condamnation à l'unanimité.
En se relevant. En 1971, il perd son premier combat professionnel contre Joe Frazier, après avoir été envoyé au tapis. Il ne renonce pas. En 1974, à Kinshasa, il bat George Foreman, que tout le monde croyait imbattable, en s'appuyant longtemps dans les cordes pour le fatiguer. Ce combat célèbre est raconté dans l'article sur le combat du siècle à Kinshasa.
Avec d'autres. Joe Martin, qui lui a appris les bases ; Angelo Dundee, dans son coin pendant tous les grands combats ; le journaliste de télévision Howard Cosell, devenu son ami, qui a milité pour qu'il puisse boxer de nouveau ; et sa femme Lonnie, à ses côtés pendant ses années de maladie.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Muhammad Ali adorait raconter des histoires, et il les embellissait volontiers. Il faut donc trier.
L'histoire du vélo volé est presque certainement vraie : d'autres personnes l'ont confirmée.
La médaille jetée dans la rivière l'est beaucoup moins. Dans un livre de 1975, il raconte avoir jeté sa médaille d'or olympique dans la rivière Ohio après un incident raciste. Des amis ont démenti, et d'autres récits disent qu'il l'avait tout simplement perdue. En 1996, on lui a remis une médaille de remplacement.
Les citations posent aussi question. Une autre phrase sur la guerre du Vietnam, plus dure, lui est souvent attribuée. Une enquête du magazine américain Slate n'a trouvé aucune preuve qu'il l'ait dite à l'époque ; d'autres journalistes la jugent probable. Quand les sources ne sont pas d'accord, on le dit.
Zones d'ombre et débats
Des paroles qui blessent. Avant ses combats, Ali se moquait de ses adversaires. Parfois, c'était drôle ; parfois, c'était cruel. Il a donné à Joe Frazier des surnoms humiliants qui l'ont profondément blessé. En 1967, il a fait durer un combat pour humilier un adversaire qui refusait de l'appeler par son nouveau nom.
Un mouvement qui divisait. Jeune champion, il a rejoint la Nation of Islam, un mouvement religieux et politique afro-américain qui défendait alors la séparation entre Noirs et Blancs. Il s'est éloigné de son ami Malcolm X quand celui-ci a quitté le mouvement. En 1975, Ali a rejoint l'islam sunnite, la branche la plus répandue de l'islam.
Un combat de trop. Il a continué à boxer alors qu'il était déjà affaibli, jusqu'en 1981. Au milieu des années 1980, on apprend qu'il est atteint de la maladie de Parkinson, qui fait trembler et gêne la parole. Les médecins discutent encore du rôle qu'ont pu jouer les coups reçus.
Pourquoi on s'en souvient
À Louisville, sa ville natale, le Muhammad Ali Center présente sa vie et les six principes qu'il défendait : la spiritualité, le respect, le don, la confiance en soi, la conviction et le dévouement. Aux Jeux d'Atlanta, en 1996, le monde entier l'a vu allumer la flamme olympique d'une main tremblante. Pour beaucoup, dans le monde, il reste le sportif qui a osé dire non.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- Une colère peut devenir une force. Un vélo volé l'a mené à la boxe.
- Défendre ses convictions peut coûter cher. Il a perdu trois ans de carrière, au meilleur moment.
- Se relever après une défaite. Battu par Frazier, il est redevenu champion.
- Admirer n'oblige pas à tout approuver. Le même homme a été courageux et, parfois, blessant.
Pour aller plus loin
- Le combat du siècle à Kinshasa, son combat le plus célèbre, en 1974.
- Les Jeux olympiques, où il a gagné l'or en 1960 et allumé la flamme en 1996.
- L'arbitre et le fair-play, pour réfléchir au respect de l'adversaire.
Le savais-tu ?
- L'année de sa médaille d'or olympique, en 1960, Cassius Clay terminait le lycée 376e sur 391 élèves : il avait toujours eu du mal à l'école.
- En 1996, pendant les Jeux olympiques d'Atlanta, Muhammad Ali a reçu une nouvelle médaille d'or pour remplacer celle de 1960, qu'il n'avait plus.
- En 1980, le président américain Jimmy Carter l'a envoyé en Afrique, notamment en Tanzanie, pour défendre le boycott des Jeux olympiques de Moscou.
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