Où, quand, par qui
Gorée est une petite île située à moins de quatre kilomètres au large de Dakar, la capitale du Sénégal, en Afrique de l'Ouest. Quelque 1 300 personnes y vivent aujourd'hui.
À partir du XVIᵉ siècle, des marchands européens, d'abord portugais, font de l'île un comptoir commercial. On y faisait du commerce de toutes sortes, et notamment celui des captifs africains vendus comme esclaves et envoyés de l'autre côté de l'Atlantique, vers les Antilles, le Brésil, Cuba ou l'Amérique du Nord.
Le bâtiment le plus visité est la Maison des esclaves, construite à la fin du XVIIIᵉ siècle, dans les années 1770, par un riche commerçant. Elle est célèbre pour son double escalier et pour sa « porte du voyage sans retour », qui ouvre directement sur la mer.
Comment on l'a construite
La Maison des esclaves est une maison de commerçant typique de l'époque : à l'étage, les pièces d'habitation, auxquelles on accède par un escalier à deux volées ; au rez-de-chaussée, des pièces sombres et étroites, et un long couloir qui mène à la porte sur l'océan.
La maison, peinte en rose, est l'une des plus belles de l'île. Selon l'historien Philip Curtin, elle a été conçue d'abord comme une demeure, où son propriétaire pouvait garder ses propres esclaves, plutôt que comme un entrepôt de captifs. Le Courrier de l'UNESCO la présente, lui, comme une ancienne captiverie, le lieu où l'on enfermait les captifs avant l'embarquement.
Ce qu'elle raconte
Gorée raconte la traite transatlantique, l'un des plus grands crimes de l'histoire : pendant environ quatre siècles, des millions d'Africains, une dizaine de millions selon les estimations citées par les historiens, ont été arrachés à leur terre et réduits en esclavage dans les Amériques.
Après l'indépendance du Sénégal, l'île est devenue un lieu de mémoire, grâce notamment à Boubacar Joseph Ndiaye, conservateur de la Maison des esclaves, qui a consacré sa vie à la faire connaître. De grandes figures y sont venues : le pape Jean-Paul II, qui y a demandé pardon en 1992 pour la participation de chrétiens à la traite ; Nelson Mandela, qui a tenu à se glisser dans une cellule ; le président américain Barack Obama en 2013. Beaucoup d'Afro-descendants viennent y chercher les traces de leurs ancêtres.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Combien de captifs sont passés par Gorée ? Le conservateur parlait de millions de personnes, jusqu'à 20 millions. Les historiens donnent des chiffres bien plus bas. Pour l'Américain Philip Curtin, spécialiste de la traite, peut-être 50 000 captifs ont transité par l'île en quatre siècles, la plupart des départs de la région se faisant plutôt depuis les embouchures des fleuves Sénégal et Gambie. En 1996, un article du journal Le Monde a rapporté ces doutes, et il a provoqué la colère des autorités sénégalaises.
La porte du voyage sans retour. Certains historiens, dont Curtin, estiment que des rochers empêchaient les bateaux d'accoster devant cette porte, et que la maison servait surtout d'habitation à un commerçant, qui pouvait y garder ses propres esclaves. L'historien sénégalais Abdoulaye Camara, conservateur du musée historique de l'île, partage une partie de ces doutes.
Pourquoi cela compte. Ce débat ne nie pas la traite, ni ses millions de victimes. Il porte sur la place exacte de Gorée dans ce commerce. L'UNESCO elle-même parle d'un lieu « symbole » de la traite. Un lieu de mémoire peut représenter une tragédie plus vaste que ce qui s'est passé entre ses murs.
La protéger aujourd'hui
L'île de Gorée a été inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO dès 1978. La Maison des esclaves est le site le plus visité du Sénégal, avec plusieurs centaines de visiteurs chaque jour, de plus en plus souvent venus d'Afrique.
L'île est menacée par l'érosion côtière. Un programme soutenu par l'État sénégalais et une fondation américaine vise à la protéger et à créer un parcours reliant la Maison des esclaves à un nouveau musée sur la traite et sur les formes actuelles d'esclavage.
Pour aller plus loin
- La traite transatlantique, l'histoire de ce commerce et de ses victimes.
- La statue de la Liberté, dont la chaîne brisée rappelle l'abolition de l'esclavage aux États-Unis.
- Musées et patrimoine, sur la manière de garder et de raconter la mémoire.
Le savais-tu ?
- La Maison des esclaves de Gorée a été construite dans les années 1770 par un riche commerçant.
- En 1992, le pape Jean-Paul II a demandé pardon à Gorée pour la participation de chrétiens à la traite.
- L'île de Gorée a fait partie des tout premiers sites inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, en 1978.
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