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L'excellence, c'est quoi ? Travail, échec et persévérance

L'excellence n'est ni la perfection ni un don réservé à quelques génies : c'est faire très bien une chose qui compte, et chercher sans cesse à la faire mieux. Les chercheurs montrent qu'elle se construit par un entraînement exigeant, qu'elle passe presque toujours par des échecs, et qu'elle dépend aussi des chances qu'on a reçues.

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L'excellence, c'est quoi ? Travail, échec et persévérance

Un mot qui intimide, à tort

Pour beaucoup, l'excellence fait penser aux génies, aux médailles, aux premiers de la classe. Pourtant, presque toutes les personnes de cette rubrique ont connu le doute, le refus ou l'échec.

On peut proposer une définition simple : faire très bien une chose qui compte, et chercher sans cesse à la faire mieux. Ce n'est pas la perfection : personne n'y arrive. Et ce n'est réservé à aucun domaine. Une infirmière qui ne se trompe jamais dans un dosage, un menuisier dont les portes ferment parfaitement, une agricultrice qui améliore ses récoltes année après année, un programmeur dont le logiciel ne plante pas : tous visent l'excellence.

Une phrase célèbre qui n'est pas d'Aristote

On lit partout cette phrase attribuée au philosophe grec Aristote : « Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. L'excellence n'est donc pas un acte, mais une habitude. »

En réalité, Aristote ne l'a jamais écrite. Elle vient de l'historien américain Will Durant, qui l'a écrite en 1926, dans son livre The Story of Philosophy, pour résumer la pensée d'Aristote : selon lui, on devient vertueux en agissant bien, et non l'inverse. Au fil des citations recopiées, le résumé est devenu une phrase d'Aristote.

Première leçon : même une belle phrase sur l'excellence mérite d'être vérifiée. Voir Comment vérifier une information.

Ce que disent les chercheurs : l'entraînement délibéré

En 1993, le psychologue Anders Ericsson et deux collègues publient une étude devenue célèbre, menée notamment auprès de violonistes d'une école de musique de Berlin. Leur conclusion : beaucoup de qualités qu'on croyait innées sont en fait le résultat d'un entraînement intense, sur de longues années.

Mais pas n'importe quel entraînement. Ils parlent d'entraînement délibéré :

  • On travaille ses points faibles, pas seulement ce qu'on sait déjà faire.
  • On reçoit un retour : un professeur, un entraîneur ou un résultat qui dit ce qui va et ce qui ne va pas.
  • Cela demande un effort, et ce n'est pas toujours agréable : le plaisir vient surtout des progrès.
  • Répéter ne suffit pas. Des études anciennes sur les opérateurs du télégraphe montraient déjà qu'à force de simple répétition, on plafonne ; pour progresser encore, il faut changer sa façon de faire.
  • On ne peut pas s'entraîner ainsi toute la journée. Les études réunies par Ericsson montrent qu'au-delà de quatre heures par jour, on ne gagne presque plus rien ; le repos fait partie de l'entraînement.

Selon eux, dans la plupart des domaines, atteindre le plus haut niveau demande au moins une dizaine d'années d'efforts. Et le niveau monte avec le temps : au XIXe siècle, deux des plus grands violonistes de leur époque ont refusé de jouer un concerto de Tchaïkovski, qu'ils jugeaient injouable ; il fait aujourd'hui partie du répertoire habituel des violonistes de haut niveau.

Rater fait partie du chemin

Les personnes qu'on admire ont presque toutes échoué, parfois lourdement.

  • Albert Einstein échoue à 16 ans à l'examen d'entrée d'une grande école de Zurich. Il n'était pas « nul en maths », contrairement à une légende tenace.
  • Srinivasa Ramanujan, en Inde, réussit en mathématiques mais échoue dans toutes les autres matières : il ne peut pas entrer à l'université et continue seul.
  • Galilée est refusé pour un poste de professeur à Bologne avant d'être engagé ailleurs.
  • Marie Curie est refusée à l'Académie des sciences en 1911, l'année de son second prix Nobel.
  • La chercheuse hongroise Katalin Karikó essuie des refus de financement répétés pour ses travaux sur l'ARN messager, qui rendront pourtant possibles des vaccins contre le Covid-19 (voir Le prix Lasker).
  • Tenzing Norgay avait tenté l'Everest plus que quiconque avant d'atteindre le sommet, et Roald Amundsen a dû faire demi-tour lors d'un premier départ raté vers le pôle Sud.

Un échec n'est pas une preuve d'incapacité. C'est souvent une information : ce qui n'a pas marché, et ce qu'il faut changer.

L'état d'esprit de progression : utile, mais pas magique

La psychologue américaine Carol Dweck, de l'université Stanford, a montré que les élèves qui croient que l'intelligence peut se développer (elle parle de « mentalité de croissance ») réussissent souvent mieux que ceux qui la croient fixée une fois pour toutes.

Mais elle a elle-même mis en garde contre les contresens. En 2015, elle écrit que cet état d'esprit ne se résume pas à l'effort : quand on bloque, il faut aussi essayer d'autres méthodes et demander de l'aide. Féliciter un élève pour ses efforts alors qu'il n'apprend rien ne l'aide pas. Et chacun de nous, dit-elle, est un mélange des deux états d'esprit.

D'autres chercheurs invitent aussi à la prudence. En 2016, une étude britannique portant sur environ 4 500 jeunes de 16 ans a trouvé que la « ténacité » (en anglais grit, la persévérance au service d'objectifs à long terme) n'expliquait presque rien des différences de résultats aux examens, une fois prise en compte la personnalité. Persévérer reste utile ; ce n'est simplement pas une formule magique.

Comment progresser, concrètement

La recherche en sciences cognitives, qui étudie comment le cerveau apprend, propose quelques méthodes prometteuses. Une revue des études publiée par l'Education Endowment Foundation, un organisme britannique, retient notamment :

  • Espacer les révisions : revoir une leçon un peu, plusieurs fois, sur plusieurs jours, plutôt que tout d'un coup la veille.
  • Se tester : essayer de retrouver ce qu'on sait de mémoire, avec des questions, des cartes ou un quiz, plutôt que relire.
  • Étudier des exemples résolus avant de s'attaquer seul aux exercices.

Les auteurs restent honnêtes : ces méthodes ont fait leurs preuves en laboratoire, mais encore peu d'études les ont testées dans de vraies classes, sur de longues périodes.

Ce qu'on oublie souvent

  • Tout le monde n'a pas les mêmes chances. Ericsson lui-même le souligne : s'entraîner demande du temps, de l'énergie, des professeurs, du matériel, et, pour un enfant, quelqu'un qui peut payer. Marie Curie n'avait pas le droit d'aller à l'université dans son pays ; Katherine Johnson a travaillé dans un pays où la loi séparait les Noirs et les Blancs. L'excellence dit quelque chose du travail d'une personne, et aussi des portes qu'on lui a ouvertes ou fermées.
  • L'excellence est souvent collective. Derrière les deux alpinistes de l'Everest, il y avait des centaines de porteurs ; derrière les trois astronautes d'Apollo 11, des milliers de personnes.
  • Persévérer n'est pas s'épuiser. Changer de méthode, se reposer ou même changer de but n'est pas abandonner. Amundsen a changé de pôle quand son premier but a disparu.

Et toi ?

Choisis une chose qui compte pour toi : un instrument, un sport, une matière, un métier que tu imagines. Travaille un peu chaque jour ce qui te résiste. Demande à quelqu'un de te dire honnêtement ce qui va et ce qui ne va pas. Note tes erreurs pour ne pas les refaire. Compare-toi à toi-même d'il y a un mois, pas aux autres.

Pour se mesurer à d'autres jeunes du monde entier, il existe aussi des concours : voir Les concours où les jeunes se distinguent.

Le savais-tu ?

  • La phrase « L'excellence n'est pas un acte, mais une habitude », attribuée partout à Aristote, a en réalité été écrite en 1926 par l'historien américain Will Durant pour résumer la pensée d'Aristote.
  • Au XIXe siècle, deux grands violonistes ont refusé de jouer un concerto de Tchaïkovski qu'ils jugeaient injouable ; il fait aujourd'hui partie du répertoire habituel des violonistes de haut niveau.
  • Selon les études réunies par le psychologue Anders Ericsson, s'entraîner plus de quatre heures par jour n'apporte presque plus de progrès : le repos fait partie de l'entraînement.

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