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L’art de l’Asie : la peinture chinoise et l’estampe japonaise

En Chine, depuis plus de mille ans, on peint des montagnes et des rivières à l'encre, sur de longs rouleaux de soie. Au Japon, au XIXe siècle, des artistes comme Hokusai gravent sur bois des images colorées vendues à tout le monde. Sa Grande Vague est devenue l'une des images les plus connues de la planète, et ces estampes ont bouleversé les peintres européens.

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La Grande Vague de Kanagawa, estampe de Katsushika Hokusai, vers 1830-1831 (tirage du Metropolitan Museum of Art, New York) : au fond, tout petit, le mont Fuji.Katsushika Hokusai · Domaine public · Wikimedia Commons

La peinture chinoise : peindre la montagne et l'eau

En Chine, le grand sujet de la peinture est le paysage. À partir du Xe siècle, il domine tous les autres. Le mot chinois pour dire « peinture de paysage », shan shui hua, signifie mot à mot « peinture de montagne et d'eau ».

Ce n'est pas un hasard : la montagne est dure et immobile, l'eau est douce et mouvante. Ces deux contraires qui se complètent rappellent l'idée du yin et du yang : tout dans la nature est fait de forces opposées qui s'équilibrent.

Voyageurs parmi montagnes et ruisseaux, de Fan Kuan, vers l’an 1000 (Musée national du palais, Taipei) : en bas, une caravane de mules minuscule.Fan Kuan · Domaine public · Wikimedia Commons

Un art du pinceau

Les peintres travaillent avec un pinceau, de l'encre et parfois quelques couleurs, sur de la soie ou du papier. Ils font varier l'épaisseur du trait et la quantité d'encre : un trait sec pour l'écorce d'un arbre, un lavis léger pour la brume.

Les zones vides comptent autant que les zones peintes. Un grand espace blanc peut figurer le ciel, la brume ou un lac, et laisser respirer l'image.

Des tableaux qu'on déroule

Les peintures chinoises ne sont pas encadrées. Il en existe deux grandes formes :

  • le rouleau vertical, accroché au mur par un cordon, puis décroché et roulé pour être rangé ;
  • le rouleau horizontal, long parfois de plusieurs mètres, que l'on déroule de droite à gauche, petit à petit, comme si l'on voyageait dans le paysage.

Regarder un paysage chinois, c'est se promener en pensée. Le spectateur est invité à suivre un sentier, à traverser un pont, à s'identifier au minuscule voyageur perdu au pied des montagnes. Beaucoup de peintres étaient aussi des lettrés, qui écrivaient des poèmes et pratiquaient la calligraphie.

L'estampe japonaise : des images pour tout le monde

Au Japon, entre le XVIIe et le XIXe siècle, les villes grandissent et les marchands s'enrichissent. Ils aiment le théâtre, les acteurs célèbres, les voyages. Pour eux naît l'ukiyo-e, les « images du monde flottant », c'est-à-dire de la vie joyeuse et passagère.

Ces images sont des estampes : des gravures sur bois imprimées en couleurs. Le dessin est gravé en relief dans une planche de bois, on l'encre, on pose une feuille de papier, et on frotte. On peut ainsi tirer de nombreux exemplaires et les vendre à un prix abordable.

La Grande Vague de Kanagawa

Ce qu'on y voit. Une vague géante, dont la crête se recourbe comme des griffes, menace trois barques de pêcheurs. Tout au fond, minuscule sous la vague, le mont Fuji, la montagne sacrée du Japon, couverte de neige.

Comment elle a été faite. C'est une estampe gravée sur bois, publiée vers 1830-1833 par Katsushika Hokusai. Elle fait partie d'une série, les Trente-six vues du mont Fuji, commencée quand l'artiste avait 70 ans. Hokusai y utilise beaucoup un pigment alors devenu bon marché, le bleu de Prusse, pour le ciel et la mer. L'image est petite : environ 25 centimètres sur 37.

Pourquoi elle est célèbre. Pour son contraste saisissant entre la vague énorme et le Fuji minuscule, pour son mouvement et sa force graphique. Reproduite sur des affiches, des tasses et des tee-shirts, elle est devenue un symbole du Japon dans le monde entier.

Où la voir. Comme c'est une estampe, il en existe de nombreux exemplaires, conservés dans plusieurs musées : l'Art Institute de Chicago en possède trois à lui seul, et bien d'autres musées du monde en ont au moins un. Fragiles à la lumière, ils ne sont exposés que de temps en temps.

Quand le Japon a changé la peinture européenne

Le Japon est resté fermé aux Occidentaux pendant plus de deux siècles. Quand le commerce reprend dans les années 1850, les estampes arrivent en Europe. C'est le choc.

Les peintres découvrent des couleurs vives posées en aplat, des cadrages audacieux, des sujets de la vie quotidienne. En France, on parle de japonisme. Vincent van Gogh achète ses premières estampes japonaises en 1885 et en rassemble une grande collection ; il les juge aussi belles que les chefs-d'œuvre de l'art classique. Monet, Degas et bien d'autres s'en inspirent. Sans l'estampe japonaise, l'impressionnisme n'aurait pas eu tout à fait le même visage.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • La Grande Vague de Hokusai est toute petite : environ 25 centimètres sur 37, à peine plus qu'une feuille de cahier.
  • Hokusai avait 70 ans quand il a commencé la série des Trente-six vues du mont Fuji.
  • En chinois, « peinture de paysage » se dit shan shui hua : mot à mot, « peinture de montagne et d'eau ».

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