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Les spiritualités d’Asie de l’Est

Taoïsme, confucianisme, shintô : en Chine, en Corée et au Japon, on ne choisit pas une religion contre les autres. On participe à plusieurs, selon les circonstances.

13-18 ans

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Une autre façon d'appartenir

En Asie de l'Est, la question « quelle est ta religion ? » reçoit souvent une réponse déroutante pour qui vient d'ailleurs : aucune, ou plusieurs.

Il est courant, au Japon, de célébrer la naissance d'un enfant dans un sanctuaire shintô, de se marier selon un rite emprunté au christianisme et d'organiser des funérailles bouddhistes. Ce n'est pas de l'incohérence : les traditions y sont perçues comme des répertoires de rites adaptés à des moments de la vie, plutôt que comme des appartenances exclusives.

Cette observation est importante au-delà de l'Asie : elle montre que l'idée d'une religion unique à laquelle on adhère entièrement n'est pas une évidence universelle.

Le taoïsme

Il s'appuie notamment sur un texte bref et célèbre, le Dao de jing, attribué à un sage nommé Laozi dont l'existence historique est discutée.

Son idée centrale est le dao, la voie, le cours des choses. La sagesse consiste à s'y accorder plutôt qu'à le forcer. D'où la notion d'action sans contrainte : agir au bon moment et le moins possible, comme l'eau qui contourne l'obstacle et finit par user la pierre.

Le taoïsme comporte aussi une dimension religieuse organisée : des temples, des prêtres, des divinités, des techniques de longue vie, des exercices du souffle. L'acupuncture, certaines pratiques médicinales et les arts martiaux internes s'y rattachent historiquement.

L’entrée du temple du Nuage blanc, à Pékin (Chine), l’un des grands centres du taoïsme.Gene Zhang · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Le confucianisme

Décrit ailleurs dans cette encyclopédie comme philosophie, il fonctionne aussi comme un système de rites.

Le culte des ancêtres en est le cœur pratique : autels domestiques, offrandes, visites aux tombes, en particulier lors de la fête de Qingming. Le respect dû aux parents et aux aînés y est une obligation ritualisée, pas seulement un sentiment.

Faut-il l'appeler religion ? Le débat dure depuis des siècles, y compris entre les intéressés. Il n'a pas de dieu central, mais il a des temples, des rites et des textes canoniques.

La porte qui mène au temple de Confucius à Qufu (Chine), sa ville natale.brett Vachon from Montreal, canada · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Le shintô

Au Japon, le shintô est un ensemble de cultes rendus aux kami : des puissances présentes dans des lieux, des phénomènes naturels, des objets remarquables, des ancêtres.

Ses marques sont visibles partout : les portails rouges à l'entrée des sanctuaires, les cordes autour d'un arbre ou d'un rocher, les rites de purification par l'eau et le sel, les fêtes de quartier avec procession.

Le shintô insiste sur la pureté plutôt que sur la faute morale : ce qui souille se nettoie par un rite. Il n'a pas de fondateur ni de texte doctrinal comparable à ceux des monothéismes.

Un point d'histoire nécessaire : entre la fin du XIXe siècle et 1945, l'État japonais a organisé un shintô d'État au service du nationalisme et de la guerre. Après 1945, cette organisation a été démantelée et la séparation avec l'État inscrite dans la constitution. L'exemple montre qu'une tradition ancienne peut être reprise et transformée par un pouvoir moderne.

Le bouddhisme, partout dans le paysage

Arrivé de l'Inde par les routes commerciales, le bouddhisme s'est mêlé à chacune de ces traditions plutôt que de les remplacer.

En Chine, il a donné le chan ; au Japon, le zen. Les monastères assurent souvent les funérailles, tandis que les sanctuaires locaux s'occupent des naissances et des récoltes. Une même personne fréquente les deux.

Ce qui en est arrivé jusqu'à toi

Beaucoup de choses circulent aujourd'hui dans le monde entier en ayant perdu leur cadre d'origine :

  • les arts martiaux, dont plusieurs sont liés à des disciplines taoïstes ou bouddhistes ;
  • la méditation et les exercices de respiration ;
  • l'esthétique du vide, du simple, de l'asymétrie, très présente dans le design contemporain ;
  • les notions de yin et de yang, qui décrivent des couples de forces complémentaires plutôt qu'un bien et un mal.

Ce dernier point mérite d'être souligné, parce qu'il est presque systématiquement déformé : yin et yang ne sont pas le mal et le bien. Ce sont deux aspects qui se définissent l'un par l'autre et se transforment l'un en l'autre, comme l'ombre et la lumière au cours d'une journée.

Le savais-tu ?

  • Au Japon, il est courant de célébrer une naissance dans un sanctuaire shintô et des funérailles selon un rite bouddhiste : les traditions y fonctionnent comme des répertoires de rites, non comme des appartenances exclusives.
  • Le yin et le yang ne désignent pas le mal et le bien : ce sont deux aspects complémentaires qui se transforment l'un en l'autre.
  • Entre la fin du XIXe siècle et 1945, l'État japonais a organisé un shintô d'État au service de la guerre ; cette organisation a ensuite été démantelée.

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