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Les variantes du français : ce ne sont pas des fautes

Septante en Belgique, courriel au Québec, ambianceur à Kinshasa, essencerie au Sénégal : le français n'a pas un centre unique, et une forme régionale n'est pas un français abîmé.

13-18 ans

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Une langue n'est jamais uniforme

Dès qu'une langue est parlée par beaucoup de gens sur un grand territoire, elle se diversifie. C'est vrai de l'arabe, de l'espagnol, du swahili, du chinois, et du français.

Les linguistes appellent variétés ces formes différentes d'une même langue. Elles se distinguent par l'accent, par le vocabulaire, parfois par la grammaire. Aucune n'est la langue « pure » dont les autres s'écarteraient : elles descendent toutes d'un état antérieur commun.

Des exemples, sur plusieurs continents

En Belgique et en Suisse : septante pour soixante-dix, nonante pour quatre-vingt-dix, et huitante dans une partie de la Suisse pour quatre-vingts. Ce ne sont pas des inventions : ce sont des formes anciennes, restées en usage, alors qu'ailleurs on a gardé un système plus compliqué.

Au Québec : courriel pour courrier électronique, clavardage pour discussion en ligne, magasiner pour faire les boutiques. Beaucoup de ces mots ont été proposés par l'Office québécois de la langue française, dans une politique volontaire de création de vocabulaire plutôt que d'emprunt à l'anglais. Certains ont voyagé et sont maintenant employés bien au-delà du Canada.

En Afrique francophone : essencerie au Sénégal pour la station-service, ambianceur en Afrique centrale pour celui qui met de l'entrain dans une fête, cadeauter pour offrir, taxi-brousse pour le transport collectif entre villes. Ces mots comblent des trous : ils nomment des réalités que le français d'Europe n'avait pas à nommer.

À Haïti et dans l'océan Indien : le français cohabite avec des créoles, langues nées de la rencontre du français avec des langues africaines dans le contexte de l'esclavage. Le créole haïtien, le créole mauricien et le créole seychellois sont des langues à part entière, avec leur grammaire, pas du français mal parlé.

Ce qui distingue une variante d'une faute

La question est légitime, et elle a une réponse claire.

  • Une forme est une variante quand elle est employée régulièrement par une communauté de locuteurs, comprise par eux, et stable dans le temps. Septante est une variante.
  • Une forme est une erreur quand elle résulte d'un accident individuel et que la communauté elle-même ne la reconnaît pas. Un mot déformé par inattention est une erreur.

Le critère n'est donc pas géographique : c'est l'usage collectif. Et il n'y a aucune raison qu'une forme employée par des millions de personnes à Kinshasa soit moins légitime qu'une forme employée par des millions de personnes à Lyon.

Pourquoi cela compte pour un élève

Parce que la hiérarchie entre variantes fait des dégâts. Un enfant à qui on répète que sa façon de parler est mauvaise apprend surtout à se taire. Or il y a une différence entre :

  • corriger une forme qui gênerait la compréhension ailleurs ;
  • mépriser une forme parce qu'elle vient d'un endroit jugé moins prestigieux.

La première démarche est de l'enseignement. La seconde est un jugement social déguisé en leçon de grammaire.

Savoir changer de registre

En pratique, l'objectif raisonnable n'est pas d'abandonner sa variété : c'est d'en avoir plusieurs à disposition. Comme on ne s'habille pas de la même façon pour jouer au ballon et pour un entretien, on ne parle pas de la même façon avec ses amis et dans une copie d'examen.

Un locuteur compétent est celui qui sait passer d'un registre à l'autre selon la situation, et non celui qui n'en connaît qu'un. C'est exactement ce que fait, sans y penser, quelqu'un qui parle lingala avec sa mère, français à l'école et les deux mélangés avec ses amis.

Où vérifier

Plusieurs institutions décrivent ces usages au lieu de les condamner : l'Office québécois de la langue française pour le Canada, le Bureau de la traduction du gouvernement canadien pour la terminologie, l'Académie française pour les usages qu'elle recommande en France, et l'Organisation internationale de la Francophonie pour l'état de la langue dans le monde. Comparer leurs réponses sur un même mot est un exercice instructif : elles ne disent pas toujours la même chose.

Le savais-tu ?

  • « Septante » et « nonante », employés en Belgique et en Suisse, sont des formes plus anciennes et plus régulières que « soixante-dix » et « quatre-vingt-dix ».
  • « Courriel » et « clavardage » ont été proposés au Québec, puis adoptés bien au-delà du Canada.
  • Le créole haïtien n'est pas du français mal parlé : c'est une langue à part entière, avec sa grammaire, et l'une des deux langues officielles d'Haïti.

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