À quoi sert un prix ?
Un prix d'excellence est une récompense qu'une institution (une académie, une université, une fondation, une organisation internationale) remet à une personne ou à un groupe pour un travail jugé exceptionnel.
Il sert à plusieurs choses à la fois :
- dire merci à quelqu'un dont le travail a changé quelque chose ;
- attirer l'attention du public sur une découverte, un livre, une enquête ou une cause ;
- donner des moyens : certains prix apportent beaucoup d'argent, qui finance souvent de nouvelles recherches ;
- montrer un exemple aux plus jeunes.
L'argent n'est pas toujours l'essentiel. Le prix Goncourt, le plus célèbre prix littéraire de langue française, rapporte un chèque de 10 euros seulement ; mais le livre récompensé se vend ensuite à des centaines de milliers d'exemplaires.
Comment gagne-t-on un prix ?
Pour la plupart des grands prix, on ne se porte pas candidat. Ce sont d'autres personnes, des spécialistes du domaine, qui proposent des noms. Un jury, un groupe d'experts, étudie ensuite les propositions, demande des avis, discute pendant des mois, puis vote. Les débats restent souvent secrets.
Le jury juge presque toujours un travail déjà accompli, parfois des dizaines d'années plus tôt. Un prix ne se prépare donc pas comme un examen : il vient, ou ne vient pas, après une longue vie de travail.
Le tour du monde, domaine par domaine
Les sciences. Le plus connu est le prix Nobel, remis depuis 1901 en physique, en chimie, en médecine, en littérature et pour la paix, et depuis 1969 en économie.
Les mathématiques. Il n'y a pas de Nobel de mathématiques. La plus haute distinction est la médaille Fields, remise tous les quatre ans par l'Union mathématique internationale, lors d'un grand congrès, à deux, trois ou quatre mathématiciens de moins de 40 ans. Elle récompense un travail, mais aussi une promesse pour l'avenir. Il a fallu attendre 2014 pour qu'une femme la reçoive, l'Iranienne Maryam Mirzakhani, puis 2022 pour l'Ukrainienne Maryna Viazovska, et 2026 pour Hong Wang, née en Chine, qui a résolu avec Joshua Zahl la conjecture de Kakeya en trois dimensions, un problème dont l'origine remonte à 1917. Le Russe Grigori Perelman, lui, a refusé la médaille qu'on lui attribuait en 2006. Il existe aussi le prix Abel, remis chaque année depuis 2003 par l'Académie norvégienne des sciences et des lettres, sans limite d'âge. Pour un génie qui n'a reçu aucun de ces prix, voir Srinivasa Ramanujan.
L'informatique. Le prix Turing, qui porte le nom d'Alan Turing, est remis depuis 1966 par l'ACM, une grande association internationale d'informaticiens. On le surnomme « le Nobel de l'informatique » ; il est doté d'un million de dollars. L'Américaine Frances Allen, en 2006, a été la première femme à le recevoir. Tim Berners-Lee, l'inventeur du web, l'a reçu en 2017. En mars 2026, le prix de l'année 2025 a été attribué au Québécois Gilles Brassard, professeur à l'Université de Montréal, et à l'Américain Charles Bennett, pour avoir inventé dès 1984 une façon de protéger les messages secrets grâce aux lois de la physique quantique.
Les livres. Le prix Goncourt est remis depuis 1903 à Paris par l'Académie Goncourt, un jury de dix écrivains. En 1921, René Maran, écrivain né de parents guyanais, l'a reçu pour son roman Batouala : c'était le premier auteur noir couronné. Un siècle plus tard, en 2021, le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, 31 ans, est devenu le premier écrivain d'Afrique subsaharienne à l'obtenir. Pour les écrivains d'Afrique récompensés par le Nobel, voir les Africains prix Nobel.
Le journalisme. Aux États-Unis, les prix Pulitzer, créés en 1917 et remis par l'université Columbia de New York, récompensent surtout la presse américaine. En langue française, le prix Albert-Londres, créé en 1933, est ouvert aux journalistes de moins de 41 ans. À l'échelle du monde, l'Unesco remet depuis 1997 le prix mondial de la liberté de la presse Guillermo-Cano, du nom d'un journaliste colombien assassiné en 1986 à Bogota. C'est le seul prix des Nations unies destiné aux journalistes ; en 2026, il est allé au syndicat des journalistes soudanais, qui continue d'informer en pleine guerre. Pour comprendre ce métier, voir les médias et l'information.
L'architecture. Le prix Pritzker, créé en 1979 aux États-Unis, est souvent appelé « le Nobel de l'architecture ». L'Irako-Britannique Zaha Hadid a été la première femme à le recevoir, en 2004. En 2022, il est allé au Burkinabè Diébédo Francis Kéré, premier Africain lauréat. Enfant, il a quitté son village de Gando à 7 ans, parce qu'il n'y avait pas d'école ; il a appris la menuiserie à Berlin grâce à une bourse, en suivant des cours du soir, avant d'étudier l'architecture. Sa première grande œuvre est l'école de son village, bâtie avec les habitants.
La protection de la nature. Le prix Goldman récompense des militants de terrain. En 2017, il est allé au Congolais Rodrigue Mugaruka Katembo, garde du parc national des Virunga, en RDC. Enrôlé de force comme enfant soldat à 14 ans, il s'était échappé quelques années plus tard avec l'aide de sa mère, était retourné à l'école, puis avait étudié la biologie jusqu'au master. Devenu garde, il a refusé l'argent qu'on lui offrait pour laisser entrer des équipes de recherche pétrolière dans le parc, puis a enquêté en secret sur des tentatives de corruption. Après la publication de ses informations, l'entreprise a renoncé au projet. Voir aussi les parcs nationaux de la RDC.
Ce que les prix ne disent pas
- Ils voient surtout certains pays. Les grands jurys travaillent beaucoup avec les universités d'Amérique du Nord et d'Europe, où se trouvent la plupart des grands laboratoires. Des chercheurs d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine restent moins visibles, même quand leur travail est important.
- Ils ont longtemps oublié les femmes. Les « premières » citées plus haut (2004, 2006, 2014) sont récentes ; ce n'est pas un manque de talent, mais un manque d'accès aux études et aux postes pendant des générations.
- Ils récompensent des personnes, alors que le travail est collectif. Derrière un lauréat, il y a des équipes, des étudiants, des techniciens.
- Ils ne mesurent pas tout. Une institutrice qui apprend à lire à des centaines d'enfants, une infirmière de campagne, un bon artisan ne recevront sans doute jamais de prix célèbre. Leur travail n'en est pas moins excellent.
Et toi ?
Presque tous ces lauréats ont un point commun : bien avant les prix, ils ont été curieux, ils ont beaucoup travaillé, ils ont trouvé des personnes pour les aider, et ils ont continué après des échecs. Beaucoup ont commencé à l'école, parfois par un concours ouvert aux élèves : voir les concours où les jeunes se distinguent.
Le savais-tu ?
- Le prix Goncourt, le plus célèbre prix littéraire de langue française, rapporte un chèque de 10 euros seulement.
- En 2026, Hong Wang, mathématicienne née en Chine, est devenue la troisième femme seulement à recevoir la médaille Fields, en 90 ans d'histoire.
- Le Congolais Rodrigue Katembo, prix Goldman 2017 pour la protection du parc des Virunga, avait été enrôlé de force comme enfant soldat à 14 ans avant de reprendre ses études.
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