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Tim Berners-Lee, l’inventeur du web qui a refusé de le posséder

En 1989, dans un laboratoire de physique près de Genève, un informaticien britannique imagine un moyen de relier entre elles toutes les pages d'information du monde : le web. Il aurait pu en faire une fortune ; avec son laboratoire, il a choisi de l'offrir à tous.

8-12 ans

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Tim Berners-Lee en 2024.Web Summit · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Des parents qui programmaient déjà

Tim Berners-Lee naît le 8 juin 1955 à Londres, au Royaume-Uni. Ses parents sont mathématiciens : ils se sont rencontrés en travaillant sur l'un des tout premiers ordinateurs vendus à des entreprises. À la maison, on joue avec les rubans de papier perforé qui servaient alors à donner des instructions aux machines, et on apprend que les mathématiques se cachent partout.

Adolescent, il se passionne pour l'électronique. À l'université d'Oxford, où il étudie la physique, il construit son propre ordinateur avec un fer à souder, des composants électroniques et un vieux téléviseur en guise d'écran.

Un problème très concret

En 1980, il passe six mois comme informaticien au CERN, un grand laboratoire européen de physique installé à la frontière entre la Suisse et la France. Pour s'y retrouver, il écrit pour lui-même un petit programme, « Enquire », qui relie des notes entre elles comme on relie des idées dans sa tête.

Il y revient en 1984. Le CERN accueille des milliers de scientifiques venus de dizaines de pays. Chacun a son ordinateur, ses programmes, ses formats de fichiers. Les ordinateurs sont reliés par Internet, mais retrouver une information sur la machine d'un autre est un vrai casse-tête.

L'idée : relier les pages entre elles

En mars 1989, il propose à son chef un système pour partager l'information entre tous ces ordinateurs. Son idée combine trois choses qui existaient déjà :

  • les ordinateurs ;
  • les réseaux, qui les relient (Internet) ;
  • l'hypertexte, une idée des années 1960 : un texte où certains mots sont des liens qui mènent vers d'autres textes.

Son chef, Mike Sendall, écrit à la main sur la première page : « vague mais passionnant ». Ce n'est pas un projet officiel du CERN, mais il lui laisse du temps pour avancer, et lui permet d'acheter un ordinateur puissant.

Trois inventions et un ordinateur à ne pas éteindre

À la fin de 1990, Tim Berners-Lee a créé les trois briques du web, qui servent encore aujourd'hui :

  • l'URL, l'adresse d'une page, pour la retrouver où qu'elle soit ;
  • HTTP, la façon dont deux ordinateurs s'échangent une page ;
  • HTML, le langage qui décrit une page et ses liens.

Il écrit aussi le premier navigateur, le programme qui affiche les pages, et le premier serveur, l'ordinateur qui les met à disposition. Sur ce serveur, une étiquette écrite à la main à l'encre rouge prévient : « Cette machine est un serveur. NE PAS L'ÉTEINDRE !! ». Le premier site web du monde, info.cern.ch, explique ce qu'est le web.

L’ordinateur NeXT du CERN qui a servi de tout premier serveur web, en 1990. L’étiquette dit, en anglais : « Cette machine est un serveur. NE PAS ÉTEINDRE ! »Coolcaesar at en.wikipedia · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Comment le web est sorti du laboratoire

Il ne travaille pas seul. Un ingénieur belge, Robert Cailliau, l'aide à défendre le projet et coécrit la proposition de 1990. Une étudiante en stage, Nicola Pellow, écrit un navigateur simple qui fonctionne sur presque tous les ordinateurs. En 1991, Tim Berners-Lee annonce son logiciel sur Internet et demande de l'aide : des volontaires du monde entier, jusqu'en Finlande et en Californie, écrivent d'autres navigateurs. En 1993, un navigateur facile à utiliser, Mosaic, créé dans une université américaine, fait décoller le web.

Le 30 avril 1993, le CERN prend une décision capitale : il met le logiciel du web dans le domaine public. Tout le monde peut l'utiliser et l'améliorer, sans rien payer ni demander la permission. Pour Tim Berners-Lee, on ne peut pas proposer un espace universel et en garder le contrôle : si le web avait été sa propriété, explique-t-il, il n'aurait probablement pas décollé. C'est l'une des raisons pour lesquelles le web s'est répandu si vite : fin 1994, on compte déjà 10 000 serveurs et environ 10 millions d'utilisateurs.

En 1994, il fonde le W3C, un organisme international qui fixe, avec des entreprises et des universités du monde entier, les règles communes du web, pour qu'une page s'affiche partout de la même façon.

Ce que la légende oublie

  • Le web n'est pas Internet. Internet est le réseau qui relie les ordinateurs, créé dans les années 1970 et 1980. Le web est l'un des services qui fonctionnent dessus, comme le courrier électronique (voir comment fonctionne Internet).
  • Il n'est pas parti de rien. Il a assemblé des idées existantes, l'hypertexte et les réseaux, et d'autres ont rendu le web populaire.
  • Son invention a aussi des revers. Tim Berners-Lee estime lui-même que le web s'est éloigné de son idée de départ, et il travaille depuis des années à des outils pour que chacun garde le contrôle de ses données personnelles.
  • Le web n'est pas encore « pour tout le monde ». En 2025, environ 2,2 milliards de personnes n'utilisent toujours pas Internet, surtout dans les pays les moins riches.

Ce qu'il a laissé

Chaque fois que tu cliques sur un lien, tu utilises ses trois inventions. En 2012, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Londres, il a envoyé depuis le stade un message qui s'est affiché sur des dizaines de milliers de lumières : « This is for everyone », c'est-à-dire « C'est pour tout le monde ». Il a lui-même rappelé ensuite qu'une grande partie de l'humanité n'utilisait pas encore le web. En 2017, il a reçu le prix Turing (celui de l'année 2016), souvent présenté comme la plus haute récompense de l'informatique.

Son histoire montre qu'une grande invention naît souvent d'un problème du quotidien, bien observé, et que le choix de partager peut compter autant que l'idée elle-même.

Le savais-tu ?

  • Sur le premier serveur web du monde, au CERN, une étiquette à l'encre rouge prévenait : « Cette machine est un serveur. NE PAS L'ÉTEINDRE !! ».
  • Sur la proposition qui a donné naissance au web, en 1989, son chef a écrit à la main : « vague mais passionnant ».
  • Ses deux parents travaillaient sur l'un des premiers ordinateurs vendus à des entreprises, et c'est là qu'ils se sont rencontrés.

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