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Les moaïs de l’île de Pâques

Sur l'île de Pâques, l'une des terres habitées les plus isolées du monde, les Rapanui ont sculpté entre le XIIIᵉ et le XVIᵉ siècle près de mille statues géantes, les moaïs. Leur histoire a longtemps servi d'exemple d'une société qui se serait détruite elle-même, une thèse que des recherches récentes contredisent.

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Des moaïs de l’ahu Tongariki, sur l’île de Pâques (Rapa Nui, Chili) : six des quinze statues du site, remises debout dans les années 1990.Rivi · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Où, quand, par qui

L'île de Pâques, que ses habitants appellent Rapa Nui, est une petite île volcanique du Pacifique, rattachée au Chili. C'est sans doute l'endroit habité le plus isolé de la planète : la côte du Chili est à environ 3 500 kilomètres à l'est, et les îles Cook, d'où seraient partis ses premiers habitants, à plus de 5 000 kilomètres à l'ouest.

Des navigateurs polynésiens s'y installent vers l'an 1200, après une traversée en pirogue d'une audace extraordinaire. Leurs descendants, les Rapanui, sculptent entre 1250 et 1500 environ plus de 900 statues de pierre, les moaïs. En 1722, des navigateurs européens arrivent le jour de Pâques et donnent à l'île le nom qu'elle porte en Europe.

Comment on les a construits

Sculptés dans la cendre de volcan. Presque tous les moaïs, sauf une cinquantaine, ont été taillés dans le tuf de la carrière de Rano Raraku, une roche faite de cendres volcaniques tassées. Près de la moitié s'y trouvent encore, certaines enfouies jusqu'aux épaules. La plupart ont une tête énorme, environ les trois huitièmes de la statue. Le plus grand moaï dressé, Paro, mesurait près de 10 mètres et pesait environ 82 tonnes ; un moaï inachevé dans la carrière aurait atteint 21 mètres.

Des statues qui « marchent ». Comment déplacer de tels blocs sur des kilomètres ? Les archéologues Carl Lipo et Terry Hunt ont étudié près de mille moaïs. Leur base en forme de D et leur légère inclinaison vers l'avant les rendaient faciles à faire basculer d'un côté à l'autre. Avec des cordes, une petite équipe pouvait ainsi les faire « marcher » debout, en zigzag, le long de routes aménagées. Ils ont refait l'expérience avec une copie : elle avançait vite, avec étonnamment peu de monde.

Un moaï isolé devant l’ahu Tongariki : les statues étaient taillées dans la carrière du volcan Rano Raraku, puis déplacées debout.Bjørn Christian Tørrissen · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Ce qu'ils racontent

Pour les archéologues, les moaïs représentaient sans doute des ancêtres. Ils étaient dressés sur des plateformes de pierre, les ahu, le plus souvent dos à la mer, tournés vers les villages comme pour veiller sur eux.

Ils racontent aussi une société capable de s'organiser sur une île minuscule et pauvre : un sol sec, peu de poissons faciles à pêcher. Pour se nourrir, les Rapanui avaient inventé des jardins de pierres : ils éparpillaient des cailloux sur le sol pour garder l'humidité et y plantaient des patates douces.

Après l'arrivée des Européens, les traditions de l'île ont été bouleversées, et les moaïs ont été renversés.

Ce que l'on sait, ce que l'on raconte

Un « suicide écologique » ? Pendant longtemps, on a raconté, notamment dans le livre Effondrement de Jared Diamond (2005), que les habitants s'étaient multipliés, avaient coupé tous les arbres pour transporter les statues, épuisé leurs sols, et que leur société s'était effondrée : il ne serait resté que quelques milliers de survivants en 1722. Des études publiées en 2024 contredisent ce récit. L'inventaire des jardins de pierres montre qu'ils ne pouvaient nourrir que quelques milliers de personnes : la population est restée petite et stable pendant des siècles. Et l'analyse de l'ADN ancien des Rapanui ne montre pas d'effondrement avant l'arrivée des Européens.

Des statues trop lourdes, donc beaucoup de bras ? Certains pensaient qu'il avait fallu une foule énorme pour les déplacer. L'expérience de la « marche » montre que ce n'était pas nécessaire.

Les protéger aujourd'hui

Le parc national de Rapa Nui est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1995. Le parc protège à la fois les statues, les plateformes, la carrière de Rano Raraku et les paysages de l'île.

Certains moaïs ou têtes de moaïs se trouvent dans des musées loin de l'île, au Louvre par exemple. Leur présence à l'étranger pose les mêmes questions que celles d'autres objets emportés à l'époque coloniale.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Presque tous les moaïs ont été sculptés dans le tuf, une roche faite de cendres volcaniques tassées.
  • Grâce à leur base en forme de D, les moaïs pouvaient être « marchés » debout, en zigzag, avec des cordes et peu de monde.
  • Près de la moitié des moaïs sont restés dans leur carrière, certains enfouis jusqu'aux épaules.

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