Ce qu'est une figure
Comparons deux phrases : « il était très fatigué » et « il n'était plus qu'une ombre ». La seconde ne dit pas la même chose : elle fait voir.
Une figure de style est un procédé qui déplace le sens ou la forme des mots pour obtenir un effet, surprendre, atténuer, amplifier, faire entendre un rythme. Les orateurs, les poètes, les journalistes, les publicitaires et les chanteurs s'en servent tous, souvent sans y penser.
Les figures qui rapprochent deux choses
La comparaison rapproche deux réalités avec un mot-outil : comme, tel que, semblable à. « Le fleuve, large comme une mer. »
La métaphore fait la même chose sans le mot-outil. On ne dit plus que A ressemble à B : on dit que A est B. On attribue à l'écrivain malien Amadou Hampâté Bâ une phrase devenue célèbre : quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. La métaphore fait comprendre en une image ce qu'un paragraphe expliquerait mal, que la mémoire d'une société orale est portée par des personnes.
La personnification donne à une chose ou à une idée des comportements humains. Chez Victor Hugo, dans un poème que beaucoup connaissent, un œil est dans la tombe et regarde Caïn : la culpabilité devient un regard.
Les figures qui changent l'échelle
L'hyperbole exagère : « je te l'ai dit mille fois. »
La litote fait l'inverse : elle dit moins pour faire entendre plus. Dans Le Cid de Corneille, Chimène déclare à Rodrigue : « Va, je ne te hais point. » Elle veut dire qu'elle l'aime.
L'euphémisme adoucit ce qui est dur : « il nous a quittés » au lieu de « il est mort ». Utile parfois, dangereux souvent : les euphémismes servent aussi à cacher la violence, quand on appelle « plan social » un licenciement collectif.
Les figures qui jouent sur la forme
L'anaphore répète le même mot en début de phrases successives, pour marteler. Les discours politiques en sont pleins, parce que la répétition installe une idée dans la mémoire.
L'allitération répète un son de consonne, l'assonance un son de voyelle. Elles fabriquent une musique : c'est le principe de beaucoup de proverbes, qui se retiennent parce qu'ils sonnent.
L'oxymore colle deux mots qui se contredisent. Toujours dans Le Cid : « cette obscure clarté qui tombe des étoiles ». L'impossible logique crée l'image juste.
Les figures qui remplacent un mot par un autre
La métonymie désigne une chose par une chose voisine : « boire un verre » (le contenant pour le contenu), « lire un Césaire » (l'auteur pour le livre).
La synecdoque prend la partie pour le tout : « une voile à l'horizon » pour un bateau.
Pourquoi c'est utile de les reconnaître
Parce que celui qui repère une figure reprend la main. Une publicité, un discours, un titre de presse cherchent à produire un effet sur toi ; voir comment ils s'y prennent, c'est pouvoir décider si tu es d'accord avec ce qu'ils disent, au lieu de subir seulement la sensation qu'ils fabriquent.
Le poète martiniquais Aimé Césaire écrit dans le Cahier d'un retour au pays natal que sa bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche. Métaphore et répétition y servent un objectif politique clair : parler pour ceux qu'on n'entend pas. La figure n'est pas une décoration ; c'est l'argument lui-même.
Un exercice
Prends trois phrases que tu as entendues aujourd'hui, une pub, une chanson, une remarque d'un ami. Cherche pour chacune s'il y a un écart par rapport à la façon plate de le dire. Nomme la figure si tu la connais ; sinon, décris juste l'effet. Nommer vient après.
Le savais-tu ?
- « Va, je ne te hais point » est une litote : Chimène dit à Rodrigue qu'elle l'aime, en disant le contraire du contraire.
- L'oxymore « cette obscure clarté qui tombe des étoiles » réunit deux mots qui se contredisent, et fabrique pourtant une image exacte.
- L'euphémisme peut servir à cacher : appeler « plan social » un licenciement collectif est une figure de style au service d'une stratégie.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
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