Où, quand, par qui
Lalibela est une petite ville de la région d'Amhara, dans le nord de l'Éthiopie. Elle s'appelait autrefois Roha. Elle a pris le nom de Lalibela, un roi qui a régné sur l'Éthiopie au XIIᵉ siècle.
On lui attribue la création de onze églises creusées dans le roc. Selon la tradition, il aurait voulu bâtir une nouvelle Jérusalem, peut-être après un voyage dans la ville sainte. On y retrouve d'ailleurs des noms de Jérusalem : une église est appelée Golgotha, et l'on y montre le tombeau du roi.
Lalibela est l'un des grands lieux de pèlerinage de l'Église orthodoxe éthiopienne, une Église chrétienne très ancienne. Chaque église a son prêtre attitré, qui garde des manuscrits anciens écrits en guèze, la langue de la liturgie.
Comment on les a construites
De haut en bas. Ces églises n'ont pas été bâties en empilant des pierres : elles ont été sculptées dans la montagne. Les bâtisseurs ont d'abord creusé de profondes tranchées autour d'un bloc de roche, puis ont évidé ce bloc pour y tailler les portes, les fenêtres, les colonnes, les plafonds et les salles. Certaines églises sont entièrement détachées de la roche, d'autres y restent en partie accrochées.
Un réseau souterrain. Les églises sont reliées par des tranchées, des tunnels et des passages, qui mènent parfois à des grottes d'ermites et à des catacombes. L'église du Sauveur du monde, Biete Medhane Alem, passe pour la plus grande église monolithe, c'est-à-dire taillée d'un seul bloc, du monde.
Ce qu'elles racontent
Lalibela raconte l'histoire d'un christianisme africain ancien, avec ses propres traditions, sa langue liturgique et ses manuscrits. Depuis plus de huit siècles, les cérémonies y continuent sans interruption : chaque dimanche, des fidèles vêtus de blanc viennent prier, chanter et embrasser les murs des églises.
Elle raconte aussi l'ambition d'un royaume qui voulait recréer, au cœur de ses montagnes, la ville la plus sainte de la chrétienté.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Construites en 24 ans ? Selon la tradition, les onze églises auraient été creusées en seulement 24 ans, sous le règne du roi Lalibela. Les archéologues sont plus prudents. Dans la revue Antiquity, une équipe a montré que l'on peut lire, dans les tranchées et les déblais, les étapes successives des travaux. La question reste ouverte : un grand plan réalisé d'un coup, ou un lieu sacré aménagé et transformé pendant des siècles ?
Le cheval de saint Georges. Une légende raconte que, les églises terminées, saint Georges est arrivé sur un cheval blanc, furieux qu'aucune ne lui soit dédiée. Le roi aurait alors fait creuser une église de plus, Biete Giyorgis, et l'on montre encore les traces des sabots de son cheval dans le passage qui y mène. C'est un récit de foi : l'historien le rapporte sans le trancher.
Les protéger aujourd'hui
Les églises de Lalibela ont été parmi les tout premiers sites inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, en 1978.
La pluie et les écarts de température creusent des fissures dans la roche. L'UNESCO juge la plupart des monuments en « état critique », et l'église d'Emmanuel pourrait risquer de s'effondrer. De grands abris métalliques ont été installés au-dessus de plusieurs églises pour les protéger de la pluie.
La guerre menace aussi le site. En août 2021, pendant la guerre du Tigré, des forces tigréennes prennent la ville ; l'armée éthiopienne la reprend en décembre. En 2023, des combats entre l'armée et les milices Fano ont touché la ville, et un impact d'obus a été retrouvé à quelques mètres de l'église Saint-Georges. Les touristes ont presque disparu, privant la ville de ressources.
Pour aller plus loin
- Le christianisme décrit, pour situer l'Église orthodoxe éthiopienne parmi les Églises chrétiennes.
- Les lieux et les gestes du sacré, où Lalibela figure parmi les grands lieux de culte du monde.
- Pétra, une autre cité taillée dans le roc, de l'autre côté de la mer Rouge.
Le savais-tu ?
- Les églises de Lalibela ont été creusées de haut en bas, dans un seul bloc de roche, sans empiler de pierres.
- Une légende raconte que saint Georges a laissé les traces des sabots de son cheval près de l'église qui porte son nom.
- Lalibela fait partie des tout premiers sites inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, en 1978.
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