L'histoire
Dans le village de Tubondo règne Shemwindo, un chef puissant et jaloux. Il ordonne à ses sept épouses de ne lui donner que des filles : un fils pourrait un jour prendre sa place. Six épouses ont des filles. La septième, Nyamwindo, met au monde un garçon, Mwindo. Et quel garçon ! Il naît en parlant, déjà muni de ses objets magiques, dont le conga, un chasse-mouches sacré qui lui obéit.
Shemwindo veut se débarrasser de lui. Il lui lance des lances, il le fait enterrer, mais l'enfant survit à tout. Alors il l'enferme dans un tambour et le jette à la rivière. Mwindo survit encore, et il trouve refuge chez sa tante, Iyangura, qui le protège. Le mari de sa tante lui tend des pièges ; Mwindo les déjoue, aidé par des esprits de la nature et par son ami Nkuba, la Foudre.
Devenu fort, Mwindo revient à Tubondo pour se venger et, avec l'aide de Nkuba, il détruit le village. Shemwindo s'enfuit sous la terre, au pays des morts. Mwindo le poursuit. Là-bas, Muisa, le maître du monde souterrain, lui impose des épreuves impossibles, que le héros réussit grâce à son conga. Il gagne même une partie de jeu contre le seigneur de la création, qui lui révèle la cachette de son père.
Quand enfin il retrouve Shemwindo, Mwindo change de cœur. Il lui pardonne et accepte de partager le pouvoir avec lui. De retour au village, il ramène à la vie, avec son conga, tous les habitants morts, et même les ennemis qu'il avait tués.
Mais l'histoire n'est pas finie. Pour protéger le village, Mwindo tue un dragon, Kirimu. Or ce dragon était cher à Nkuba, la Foudre. Pour le punir, Nkuba l'emporte dans le ciel pendant un an. Mwindo y subit la chaleur brûlante du Soleil, le froid, la Pluie, la Lune et les étoiles. Il comprend la leçon : il promet de ne plus faire de mal aux êtres vivants, aux bêtes de la forêt comme aux plus petits insectes. Revenu sur terre, il règne en paix, prend conseil auprès de son peuple et lui transmet ce qu'il a appris : vivre en bonne entente et en accord avec le monde vivant.
L'épopée raconte des combats et des morts ; cette fiche les résume sans les détailler.
D'où vient ce récit
Les Banyanga (ou Nyanga) vivent dans la grande forêt de l'est de la République démocratique du Congo, dans la province du Nord-Kivu. Ils appellent karisi ces longs récits épiques qui chantent les exploits de Mwindo. Une épopée n'est pas lue : un barde la chante, la raconte et la joue, accompagné de jeunes gens qui reprennent les chants en chœur. Il tient lui-même un hochet et un conga, comme le héros.
Entre 1952 et 1958, l'anthropologue belge Daniel Biebuyck a recueilli en pays nyanga environ huit cents contes et légendes, deux mille proverbes et trois épopées. La version la plus célèbre de Mwindo lui a été chantée par le barde Shé-Kárisi Candi Rureke. Avec le chercheur congolais Kahombo Mateene, lui-même nyanga, Biebuyck l'a publiée en 1969 en langue nyanga avec une traduction anglaise. Ce livre est encore protégé par le droit d'auteur : cette fiche raconte l'épopée avec ses propres mots.
Ce que dit ce récit
Mwindo est un héros étrange : il gagne tous ses combats, mais il doit apprendre ce que sa force ne lui donne pas. Trois leçons traversent l'épopée.
Le pardon. Mwindo aurait pu tuer son père ; il choisit de lui pardonner et de partager le pouvoir. Un chef ne règne pas par la vengeance.
La réparation. Après avoir détruit, Mwindo répare : il ramène à la vie ceux qu'il a fait mourir.
Le respect du vivant. Son année dans le ciel lui apprend que l'homme n'est pas le maître de la nature. Un chef sage protège les êtres vivants au lieu de les détruire. C'est une leçon que beaucoup lisent aujourd'hui comme un message écologique, dans une région où la forêt et ses animaux sont menacés.
Ses cousins dans le monde
- Gilgamesh, en Mésopotamie, est lui aussi un roi trop puissant qui apprend ses limites.
- Héraclès, en Grèce, et Orphée descendent au royaume des morts, comme Mwindo.
- Soundiata, au Mali, est un enfant rejeté qui revient en héros, chanté par les griots.
- Lianja, chez les Mongo de la province de l'Équateur, en RDC, est le héros d'une autre grande épopée, avec une naissance merveilleuse et un combat contre un dragon.
Pour aller plus loin
- Les peuples et les langues de la RDC, pour situer les Banyanga.
- La forêt du bassin du Congo, le décor de l'épopée.
- Soundiata Keïta, un autre héros d'épopée africaine.
- Le conte et la tradition orale, les techniques des bardes.
Le savais-tu ?
- Entre 1952 et 1958, Daniel Biebuyck a recueilli en pays nyanga environ huit cents contes, deux mille proverbes et trois épopées.
- Pendant le récit, le barde Candi Rureke tenait un hochet et une copie du conga, le chasse-mouches magique de Mwindo.
- Mwindo est puni pour avoir tué un dragon : il passe un an dans le ciel, entre la chaleur du Soleil et le froid de la Pluie.
Teste ce que tu viens de lire
Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.
À lire ensuite
Contes, fables et légendes : les histoires que le monde se raconte
Partout sur la Terre, des adultes racontent des histoires aux enfants, le soir, à la veillée ou avant de dormir. Certaines ont fait le tour du monde : on retrouve Cendrillon en Chine et en Égypte, et le lièvre trop sûr de lui au Cameroun comme en Grèce.
8-12 ans
Le Lièvre et la Tortue : rien ne sert de courir
Un lièvre, l'animal le plus rapide de la campagne, perd une course contre une tortue. Cette fable d'Ésope, mise en vers par La Fontaine, est connue dans le monde entier, et l'Afrique, l'Asie et les Amériques en ont leurs propres versions.
8-12 ans
La Cigale et la Fourmi : chanter l’été, avoir faim l’hiver
La cigale a chanté tout l'été ; l'hiver venu, elle n'a rien à manger et va demander de l'aide à la fourmi, qui refuse. C'est la première fable du premier livre de La Fontaine, reprise d'Ésope, et l'une des plus discutées : la fourmi a-t-elle raison ?
8-12 ans
Le Corbeau et le Renard : gare aux flatteurs
Un renard fait tomber le fromage d'un corbeau en lui faisant des compliments. C'est sans doute la fable la plus récitée dans les écoles de langue française, de Kinshasa à Montréal, et elle est bien plus ancienne que La Fontaine.
8-12 ans
Le Garçon qui criait au loup : le menteur qu’on ne croit plus
Un jeune berger s'amuse à crier « Au loup ! » pour faire accourir les villageois. Le jour où le loup vient vraiment, plus personne ne le croit. Cette fable d'Ésope a donné une expression que l'on emploie en français comme en anglais.
8-12 ans
Le Laboureur et ses enfants : le trésor caché dans le champ
Avant de mourir, un vieux paysan dit à ses fils qu'un trésor est caché dans leur champ. Ils retournent toute la terre et ne trouvent pas d'or, mais leur récolte est la plus belle de toutes. La Fontaine a fait de cette fable d'Ésope un éloge du travail.
8-12 ans