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Le prix Caine, le tremplin de la nouvelle africaine

Depuis 2000, le prix Caine récompense chaque année une nouvelle, c'est-à-dire un récit court, écrite par un auteur africain et publiée en anglais. Il a révélé des écrivains du Soudan, du Kenya, du Zimbabwe ou du Sénégal, tout en suscitant un vrai débat : un prix pour « l'écriture africaine » pousse-t-il à raconter l'Afrique comme l'attendent les lecteurs occidentaux ?

13-18 ans

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La Divinity School de la bibliothèque Bodléienne, à Oxford (Angleterre), salle du XVe siècle où le prix Caine a souvent été proclamé.Diliff · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Un prix pour la nouvelle

Une nouvelle est un récit court : pour ce prix, entre 3 000 et 10 000 mots, soit une dizaine à une trentaine de pages. C'est souvent par là que commencent les écrivains, parce qu'elle se publie plus facilement qu'un roman, dans une revue ou sur un site littéraire.

Le prix porte le nom de Sir Michael Caine (1927-1999). Pas l'acteur britannique : un homme d'affaires homonyme, qui présidait l'entreprise Booker et, pendant près de vingt-cinq ans, le comité du Booker Prize. Après sa mort, ses amis et collègues créent un prix à son nom. Le premier est remis en 2000, à la foire internationale du livre de Harare, au Zimbabwe, à l'écrivaine soudanaise Leila Aboulela pour sa nouvelle The Museum. Quatre écrivains africains prix Nobel de littérature, Wole Soyinka, Nadine Gordimer, Naguib Mahfouz et J. M. Coetzee, en sont devenus les parrains. On le surnomme parfois le « Booker africain ».

Ce qu'il récompense

  • Une nouvelle de fiction écrite par un auteur africain : quelqu'un qui a la nationalité d'un pays d'Afrique, ou dont un parent est africain de naissance ou de nationalité. Cinquante-quatre nationalités sont concernées.
  • Publiée en anglais ces dernières années, dans un livre, une anthologie, une revue imprimée ou en ligne.
  • Les traductions sont acceptées. Une nouvelle écrite en français, en arabe ou en swahili peut concourir si elle a été publiée en traduction anglaise. Si elle gagne, 70 % de la somme va à l'auteur et 30 % au traducteur. Le Soudanais Bushra al-Fadil, lauréat en 2017, publie ses livres en arabe.
  • La récompense : 10 000 livres sterling pour le lauréat et 500 livres pour chaque finaliste. Le prix organise aussi, depuis 2003, des ateliers d'écriture et publie chaque année une anthologie.

Comment on est choisi

Ce sont les éditeurs, revues ou sites littéraires, qui proposent les nouvelles, jamais l'auteur lui-même. Les textes non publiés ou publiés par l'auteur seul sur des plateformes en ligne ne sont pas acceptés, et chaque nouvelle ne peut être présentée qu'une fois. L'auteur doit avoir plus de 18 ans.

Un jury de cinq personnes, renouvelé chaque année, choisit cinq finalistes puis le lauréat. En 2026, il était présidé par Bola Mosuro, longtemps journaliste à la BBC, et réunissait des écrivains et artistes d'Ouganda, du Soudan, d'Afrique du Sud et du Ghana. Il a lu plus de quatre cents nouvelles pour retenir cinq finalistes, venus du Kenya, du Cameroun, du Nigeria, d'Égypte et du Zimbabwe. En vingt-cinq ans, plus de 7 000 textes ont été proposés.

Des lauréats de tout le continent

  • Afrique de l'Est : Binyavanga Wainaina (Kenya, 2002), Yvonne Adhiambo Owuor (Kenya, 2003), Monica Arak de Nyeko (Ouganda, 2007), Meron Hadero (Éthiopie, 2021).
  • Afrique australe : Brian Chikwava (Zimbabwe, 2004), NoViolet Bulawayo (Zimbabwe, 2011), Namwali Serpell (Zambie, 2015), Nadia Davids (Afrique du Sud, 2024), pour Bridling, l'histoire de femmes qui se révoltent.
  • Afrique de l'Ouest : Helon Habila (Nigeria, 2001), Olufemi Terry (Sierra Leone, 2010), Mame Bougouma Diene et Woppa Diallo (Sénégal, 2023), qui ont gagné ensemble.
  • Afrique du Nord-Est : Leila Aboulela (2000) et Bushra al-Fadil (2017), tous deux du Soudan.

Le chemin de NoViolet Bulawayo

Elle naît et grandit au Zimbabwe, puis part aux États-Unis à 18 ans, où elle fait des études d'écriture à l'université Cornell. Sa nouvelle Hitting Budapest raconte des enfants affamés d'un bidonville appelé Paradise, qui vont voler des goyaves dans un quartier riche surnommé Budapest. Elle a expliqué que certains épisodes venaient de sa propre vie : voler des goyaves, grandir sans privilèges, avoir des rêves. Une scène montre une visiteuse venue de Londres qui photographie les enfants sans voir qu'ils ont faim.

Elle gagne le prix Caine en 2011, alors qu'elle n'a encore publié aucun livre. Elle dira plus tard que c'était sa toute première récompense, et qu'elle s'est alors sentie obligée de finir un premier roman qui en soit digne. Ce roman, Il nous faut de nouveaux noms, est finaliste du Booker Prize en 2013, comme son deuxième, Glory, en 2022. En 2025, pour les 25 ans du prix, un jury présidé par le prix Nobel Abdulrazak Gurnah désigne Hitting Budapest comme la meilleure nouvelle de tous les lauréats.

Ce que la légende oublie

  • Le soupçon du stéréotype. En 2011, le critique nigérian-américain Ikhide Ikheloa accusait le prix de pousser des écrivains à montrer une Afrique de misère et de violence, parce que c'est ce qu'ils imaginent plaire aux lecteurs occidentaux et au jury. La nouvelle de Bulawayo elle-même a été discutée, alors qu'elle critique justement le regard de la photographe venue d'ailleurs. En 2012, la présidente du jury, Bernardine Evaristo, a dit chercher des histoires qui élargissent l'idée qu'on se fait de l'Afrique, au-delà des images de guerre, de famine et de corruption. Le débat reste ouvert, et il est utile : qui raconte, et pour quel public ?
  • Un prix qui regardait vers Londres. Longtemps, le lauréat a été annoncé à Oxford puis à Londres. En 2024, le prix a annoncé vouloir se « recentrer » sur le continent africain.
  • L'anglais d'abord. Aucun lauréat ne vient encore d'Afrique centrale ni d'un pays de langue portugaise, et parmi les pays de langue française, seul le Sénégal a été couronné, en 2023. Ceux qui écrivent en français ou en portugais doivent d'abord être traduits.

Et toi, un jour ?

Une nouvelle demande moins de temps qu'un roman, mais autant d'exigence : chaque phrase compte. Le chemin des lauréats passe par des revues littéraires, souvent en ligne, des ateliers d'écriture et beaucoup de textes refusés avant d'être acceptés. Si tu écris en français, des concours de nouvelles existent dès 16 ans : voir le prix des cinq continents. Et les langues s'apprennent : une nouvelle traduite peut un jour concourir ici aussi.

Le savais-tu ?

  • Le prix ne porte pas le nom de l'acteur Michael Caine, mais celui d'un homme d'affaires homonyme qui présidait l'entreprise Booker.
  • NoViolet Bulawayo a gagné en 2011 sans avoir publié le moindre livre ; en 2025, sa nouvelle a été désignée meilleure de tous les lauréats du prix.
  • Une nouvelle écrite en français peut concourir si elle a été publiée en anglais : le traducteur reçoit alors 30 % de la somme.

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