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Le Booker Prize, la grande récompense du roman écrit en anglais

Depuis 1969, le Booker Prize récompense chaque année, à Londres, un roman écrit en anglais, et son lauréat reçoit 50 000 livres sterling. Des écrivains du Nigeria, d'Afrique du Sud, d'Inde ou de Jamaïque l'ont reçu, et le prix raconte lui-même le passé esclavagiste de la famille dont il porte le nom.

8-12 ans

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Le Guildhall, l’hôtel de ville historique de la City de Londres, où le Booker Prize a longtemps été remis lors d’un grand dîner.Diliff · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Une idée d'éditeurs et une entreprise mécène

À la fin des années 1960, deux éditeurs britanniques, Tom Maschler et Graham C. Greene, veulent un grand prix qui donne envie de lire et de discuter les romans de leur temps. Ils trouvent un mécène, c'est-à-dire un financeur : Booker McConnell, une entreprise installée depuis très longtemps en Guyane britannique, l'actuel Guyana, en Amérique du Sud. Le premier Booker Prize est remis en 1969.

Au départ, il est réservé aux écrivains du Commonwealth, l'association de pays qui sont pour la plupart d'anciennes colonies britanniques, ainsi qu'à ceux d'Irlande. Depuis 2014, il est ouvert aux écrivains de toutes les nationalités. Aujourd'hui, le prix est géré par une fondation et financé depuis 2019 par une autre fondation, Crankstart.

Ce qu'il récompense

Chaque année, le prix va au roman que le jury juge le meilleur parmi ceux qui sont écrits en anglais et publiés au Royaume-Uni ou en Irlande. Le lauréat reçoit 50 000 livres sterling, et chacun des six finalistes 2 500 livres. Surtout, comme pour le prix Goncourt, le livre gagne des lecteurs dans le monde entier.

Pour les romans écrits dans une autre langue, il existe un prix jumeau, l'International Booker Prize. Il récompense un livre traduit en anglais, et l'auteur partage l'argent avec son traducteur, à parts égales. L'écrivain David Diop l'a reçu en 2021 pour Frère d'âme, écrit en français. En 2025, l'Indienne Banu Mushtaq l'a obtenu pour un livre écrit en kannada, une langue du sud de l'Inde, avec sa traductrice Deepa Bhasthi. Le Congolais Fiston Mwanza Mujila, né à Lubumbashi, en RDC, figurait en 2016 dans la première sélection avec son roman Tram 83.

Comment on est choisi

  • Ce sont les éditeurs qui proposent. Un auteur ne peut pas envoyer son livre lui-même.
  • Un jury qui change chaque année. La fondation cherche un groupe de lecteurs aux talents variés : romanciers, critiques, artistes, musiciens. En 2025, il comptait cinq membres, dont la romancière nigériane Ayọ̀bámi Adébáyọ̀, sous la présidence de l'écrivain Roddy Doyle, lui-même lauréat en 1993.
  • Trois étapes. Une première liste d'une douzaine de romans en juillet, six finalistes en septembre, le lauréat en novembre, lors d'une cérémonie à Londres.
  • On peut gagner deux fois. Contrairement au Goncourt, quatre écrivains l'ont reçu deux fois, dont le Sud-Africain J. M. Coetzee (1983 et 1999) et la Canadienne Margaret Atwood (2000 et 2019).

Des lauréats du monde entier

  • Afrique : Nadine Gordimer (Afrique du Sud, 1974), J. M. Coetzee (Afrique du Sud, 1983 et 1999), Ben Okri (Nigeria, 1991), Damon Galgut (Afrique du Sud, 2021).
  • Asie : Salman Rushdie (1981), Arundhati Roy (Inde, 1997), Shehan Karunatilaka (Sri Lanka, 2022).
  • Amériques et Océanie : Marlon James (Jamaïque, 2015), Eleanor Catton (née au Canada, élevée en Nouvelle-Zélande, 2013), Margaret Atwood (Canada).
  • Des finalistes marquants : le Nigérian Chinua Achebe (1987), la Zimbabwéenne NoViolet Bulawayo (2013 et 2022), la Zimbabwéenne Tsitsi Dangarembga et l'Éthiopienne Maaza Mengiste (2020). Le Tanzanien Abdulrazak Gurnah, finaliste en 1994 sans gagner, a reçu le prix Nobel de littérature en 2021 : voir les Africains prix Nobel.

Le chemin : Ben Okri et Damon Galgut

Ben Okri naît en 1959 au Nigeria. Enfant, il écoute les histoires racontées par les anciens et se met très tôt à lire. En 1981, étudiant en Angleterre, il écrit un long récit qui se passe à Londres. Un ami lui fait remarquer que les passages situés en Afrique ont quelque chose d'unique. Okri traverse alors une crise : il est mécontent de sa façon d'écrire, car les méthodes du roman réaliste européen ne lui permettent pas de rendre le monde de son enfance, où les vivants et les esprits se côtoient. Il cherche une autre manière. Il en sort La Route de la faim, son troisième roman, l'histoire d'Azaro, un « enfant-esprit » de la tradition yoruba, dans la ville de Lagos au moment de l'indépendance. Il reçoit le Booker en 1991, à 32 ans.

Damon Galgut naît en 1963 en Afrique du Sud. Enfant, il est soigné pour un cancer, et il raconte qu'il a alors appris à associer les livres à l'attention et au réconfort. Il publie son premier roman à 17 ans. Finaliste du Booker en 2003, puis en 2010, il ne gagne pas. Il gagne en 2021, avec son neuvième roman, La Promesse.

Ce que la légende oublie

  • Un nom lié à l'esclavage. Au XIXe siècle, les frères Booker faisaient des affaires dans des plantations de coton et de sucre de Demerara, dans l'actuel Guyana. L'un d'eux y a réduit en esclavage près de 200 personnes. À l'abolition, en 1834, la famille a été indemnisée pour 52 esclaves libérés. En 1972, le lauréat John Berger a donné la moitié de son prix à un mouvement de défense des Noirs britanniques, pour protester contre ce passé. La fondation actuelle n'a plus aucun lien financier avec l'entreprise, et publie elle-même cette histoire.
  • Une règle brisée. Depuis 1993, un seul livre doit gagner. En 2019, le jury a pourtant partagé le prix entre Margaret Atwood et Bernardine Evaristo, première femme noire couronnée. La décision a fait scandale.
  • L'ouverture discutée. Quand le prix s'est ouvert à toutes les nationalités, en 2014, certains ont craint que les romanciers des États-Unis, très nombreux, l'emportent sur les autres. Deux Américains ont d'ailleurs gagné en 2016 et 2017.

Et toi, un jour ?

À partir de 2027, un Booker pour les jeunes lecteurs récompense les meilleurs romans pour les 8 à 12 ans, avec la même somme que le prix des adultes. Son jury compte trois enfants de 8 à 12 ans, choisis au Royaume-Uni parmi des milliers de candidats qui ont dit pourquoi ils aimaient lire. Chaque année, au moins 30 000 exemplaires des livres sélectionnés seront offerts à des enfants qui en ont besoin.

Et pour écrire en anglais un jour ? Le chemin de Ben Okri montre qu'une crise d'écriture peut devenir une force. Beaucoup d'écrivains africains commencent par des nouvelles : voir le prix Caine.

Le savais-tu ?

  • Eleanor Catton avait 28 ans quand elle a gagné en 2013 : c'est la plus jeune lauréate, et son roman de 832 pages est le plus long jamais récompensé.
  • À partir de 2027, un Booker des livres pour les 8-12 ans sera choisi avec trois juges enfants âgés de 8 à 12 ans.
  • En 1972, le lauréat John Berger a donné la moitié de son prix pour protester contre le passé esclavagiste de la famille Booker.

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