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Le prix Bayeux, pour ceux qui racontent la guerre

Depuis 1994, la ville normande de Bayeux récompense chaque automne des journalistes du monde entier qui informent depuis les guerres, au péril de leur vie. Le prix a une particularité rare : des milliers de lycéens votent eux-mêmes pour l'un des reportages.

13-18 ans

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La cathédrale de Bayeux (Normandie) : la ville, première de France libérée en juin 1944, remet chaque année le prix des correspondants de guerre.MagicRubberDuck · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Une ville libérée qui salue ceux qui informent

Bayeux est une petite ville de Normandie, au nord-ouest de la France. Le 7 juin 1944, au lendemain du Débarquement allié sur les plages normandes, c'est la première ville de France libérée de l'occupation allemande, pendant la Seconde Guerre mondiale (voir Les deux guerres mondiales).

En 1994, pour les 50 ans du Débarquement, la ville crée un prix destiné à rendre hommage aux correspondants de guerre, les journalistes qui travaillent dans des pays en guerre pour que le reste du monde sache ce qui s'y passe. Le département du Calvados et la région Normandie se joignent à elle.

La première édition est modeste : une journée, huit médias invités. Le palmarès de 1994 parle surtout de la Bosnie, en guerre à ce moment-là : la BBC y est récompensée pour un reportage à Sarajevo.

Ce que le prix récompense

Le prix Bayeux récompense un reportage sur une situation de conflit ou sur ses conséquences pour les civils, ou sur un fait d'actualité lié à la défense des libertés et de la démocratie. Le travail doit avoir été réalisé dans l'année, du 1er juin au 31 mai.

Il y a dix prix :

  • sept prix donnés par un jury international de journalistes : presse écrite, radio, télévision, photo et télévision grand format (7 000 euros chacun), jeune reporter et image vidéo (3 000 euros chacun) ;
  • trois prix spéciaux, dont le prix du public pour la photo et le prix des lycéens et des apprentis pour la télévision.

Les règles sont précises : un reportage radio dure de 1 à 6 minutes, une série photo compte de 8 à 15 images, un dossier de presse écrite réunit 1 à 3 articles sur le même sujet. Le jury change de président chaque année : en 2026, c'est Lyse Doucet, grande reporter de la BBC.

Quelques lauréats, et le chemin qui les y a menés

  • Mariam Ouédraogo (Burkina Faso), journaliste du quotidien Sidwaya, reçoit en 2022 le prix de la presse écrite pour un reportage sur les femmes chassées de chez elles par les violences armées, le long d'une route du Centre-Nord de son pays. Son travail porte surtout sur les femmes, les enfants et les personnes les plus fragiles. En 2024, elle reçoit aussi un prix de Reporters sans frontières (voir Le prix RSF pour la liberté de la presse).
  • Abdulmonam Eassa, né en 1995 dans la Ghouta, en Syrie, arrive en France comme réfugié en 2018. En 2022, à 27 ans, il remporte le prix du jeune reporter pour ses photos du Soudan. Son parcours montre qu'on peut être reconnu jeune, même après avoir dû fuir son pays.
  • Mstyslav Chernov (Ukraine), de l'agence Associated Press, reçoit en 2022 le prix de l'image vidéo pour ses images de Marioupol assiégée.
  • En 2019, le prix de la presse écrite va au journaliste allemand Fritz Schaap pour un reportage en RDC intitulé « La guerre et l'épidémie » (voir Les guerres du Congo).

Un mémorial contre l'oubli

Avec l'organisation Reporters sans frontières, Bayeux a créé un Mémorial des reporters, ouvert en entier depuis 2007. C'est une promenade jalonnée de 27 pierres blanches où sont gravés les noms de plus de 2 000 journalistes tués dans le monde depuis 1944. Michèle Montas, veuve du journaliste haïtien Jean Dominique, assassiné à Port-au-Prince en 2000, a dit lors de l'inauguration : « C'est le seul endroit au monde où le nom de mon mari est inscrit dans la pierre. »

Ce que la légende oublie

  • Le prix d'une information. Chaque nom du mémorial rappelle qu'informer depuis une guerre peut coûter la vie. Aucun prix ne vaut une vie.
  • Des regards encore surtout occidentaux. Une grande partie des lauréats travaillent pour de grands médias d'Europe ou d'Amérique du Nord (BBC, AFP, Associated Press). Les journalistes des pays en guerre eux-mêmes, comme Mariam Ouédraogo, y sont présents, mais minoritaires.
  • Une guerre, plusieurs récits. Dans un conflit, chaque camp diffuse sa propagande. Le travail du correspondant est justement de vérifier, de recouper, et de dire ce qu'il ne sait pas. Un reportage primé reste un regard, pas toute la vérité (voir Repérer une fausse information).

Et toi, un jour ?

Le prix Bayeux est l'un des rares où les élèves jouent un rôle. Chaque année, plus de 4 000 lycéens et apprentis de Normandie regardent les dix reportages télévisés sélectionnés et votent pour leur préféré. D'autres suivent l'événement comme « lycéens reporters » et écrivent leurs propres articles. L'opération « Regard des jeunes de 15 ans » invite des collégiens de France et d'établissements du monde entier à voter en ligne pour la photo d'actualité qui, selon elles, résume le mieux le monde d'aujourd'hui. Regarder un reportage en se demandant « comment le sait-il ? » est déjà un premier pas vers ce métier.

Le savais-tu ?

  • Au prix Bayeux, plus de 4 000 lycéens et apprentis de Normandie votent eux-mêmes pour élire le meilleur reportage télévisé de la sélection.
  • Le Mémorial des reporters de Bayeux porte, gravés sur 27 pierres blanches, les noms de plus de 2 000 journalistes tués dans le monde depuis 1944.
  • Bayeux a été la première ville de France libérée pendant la Seconde Guerre mondiale, le 7 juin 1944 : c'est pour les 50 ans du Débarquement que le prix a été créé.

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