Qui décerne ce prix ?
Reporters sans frontières (RSF) est une organisation non gouvernementale, c'est-à-dire une association indépendante des États. Elle est fondée en 1985 à Montpellier, dans le sud de la France, notamment par le journaliste Robert Ménard. Son siège est aujourd'hui à Paris, et elle s'appuie sur des correspondants dans plus de 140 pays. Elle défend les journalistes emprisonnés ou menacés et publie chaque année un classement mondial de la liberté de la presse.
Le prix RSF pour la liberté de la presse est créé en 1992. Le premier lauréat est Zlatko Dizdarević, journaliste de Bosnie-Herzégovine, alors en pleine guerre.
Cinq prix, cinq façons d'être courageux
Depuis 2018, le prix est remis dans trois catégories :
- le courage, pour ceux qui informent malgré le danger ;
- l'impact, pour un travail qui a fait bouger les choses ;
- l'indépendance, pour ceux qui résistent aux pressions des pouvoirs politiques ou financiers.
Deux prix se sont ajoutés : en 2023, un prix de photojournalisme, en hommage à Lucas Dolega, un jeune photographe tué en 2011 ; en 2024, le prix du journalisme d'investigation africain Mohamed Maïga. Il porte le nom d'un journaliste d'enquête malien, engagé pour la justice sociale en Afrique, mort en 1984 dans des circonstances jamais éclaircies. C'est sa fille, l'actrice et réalisatrice Aïssa Maïga, qui l'a créé avec RSF.
Comment on est choisi
RSF présente chaque année une liste de nominés. En 2026, 21 journalistes et photojournalistes, cinq médias et deux autres candidats de 25 pays étaient en lice. Un jury international de journalistes et de défenseurs de la liberté d'expression, présidé par le président de RSF, choisit les lauréats. En 2021, il réunissait par exemple des journalistes d'Inde, de Syrie, de Tanzanie, du Pakistan, d'Allemagne, de Russie et de France.
Quelques lauréats, et leur chemin
- Chris Anyanwu (Nigeria) reçoit le prix en 1995, alors qu'elle vient d'être emprisonnée pour ses articles ; trois ans plus tard, elle reçoit aussi le prix de l'UNESCO (voir Le prix UNESCO/Guillermo Cano).
- Mariam Ouédraogo (Burkina Faso, 2024), journaliste du quotidien public Sidwaya, reçoit le premier prix Mohamed Maïga pour ses reportages sur les personnes les plus touchées par les violences armées, surtout les femmes et les enfants. Deux ans plus tôt, elle avait gagné le prix Bayeux (voir Le prix Bayeux des correspondants de guerre).
- Carlitos Cadangue (Mozambique, 2026) travaille pour une chaîne de Chimoio, une ville du centre du pays. Pendant trois ans, il enquête sur les dégâts des mines illégales : pollution, récoltes perdues, risques pour la santé. Les autorités finissent par suspendre l'activité minière dans sa province. Menacé, il survit à une tentative de meurtre en février 2026. Son exemple montre qu'un journaliste local, qui suit patiemment un sujet près de chez lui, peut avoir un impact énorme.
- Ravish Kumar (Inde, 2024), écarté de sa chaîne de télévision, continue d'informer par sa propre chaîne YouTube, suivie par 12 millions d'abonnés.
- Shin Daewe (Birmanie, 2025), documentariste connue pour ses films sur l'environnement, est condamnée en 2024 par un tribunal militaire pour « complicité de terrorisme », une accusation que RSF juge inventée. Elle reçoit le prix en prison, puis est libérée à la faveur d'une amnistie.
- Parmi les autres lauréats récents : Sevinj Vagifgizi (Azerbaïdjan), Julia Mengolini (Argentine), des journalistes d'Ukraine, de Gaza, du Mexique ou de Malte.
Ce que la légende oublie
- Un prix ne protège pas toujours. Le Burkinabé Atiana Serge Oulon, directeur du journal d'enquête L'Événement, reçoit le prix Mohamed Maïga en 2025. Il a été enlevé chez lui à Ouagadougou en juin 2024 par des hommes se présentant comme des agents du renseignement. Les autorités ont affirmé qu'il avait été enrôlé dans l'armée ; RSF et d'autres organisations parlent de disparition forcée et demandent sa libération. Le Guinéen Habib Marouane Camara, lauréat 2026, a été enlevé en décembre 2024 et reste introuvable.
- Deux versions des faits. Les gouvernements des pays concernés présentent souvent les lauréats comme des délinquants ou des ennemis ; RSF les présente comme des journalistes punis pour leur travail. Pour se faire une opinion, il faut regarder les faits, les procès, les preuves, et croiser les sources.
- Un regard parmi d'autres. RSF est une association, avec ses choix et son jury. Un prix dit ce qu'un jury juge exemplaire ; il ne remplace pas l'enquête de chacun.
Et toi, un jour ?
Ces journalistes n'ont rien de surhumain. Ils ont appris un métier, choisi un sujet qui compte pour les gens autour d'eux, et refusé de se taire. Tu peux t'exercer dès maintenant : repérer une rumeur, vérifier une photo, interroger un témoin, écrire un court article pour le journal de ton école. Voir Repérer une fausse information et Les médias et l'information.
Le savais-tu ?
- Le prix RSF du journalisme d'investigation africain porte le nom du journaliste malien Mohamed Maïga ; c'est sa fille, l'actrice Aïssa Maïga, qui l'a créé avec RSF en 2024.
- La Nigériane Chris Anyanwu a reçu le prix RSF en 1995 et le prix mondial de l'UNESCO en 1998, les deux fois pendant qu'elle était emprisonnée.
- Depuis 2018, le prix RSF ne récompense pas seulement le courage : il a aussi une catégorie « impact » et une catégorie « indépendance ».
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