Aller au contenu
Lobinayo Learning

La légende de l'Eldorado, l'homme couvert d'or du lac Guatavita

Pendant des siècles, des explorateurs européens ont cherché une cité d'or perdue dans les forêts d'Amérique du Sud. Ils couraient après un malentendu : « El Dorado », « le Doré », désignait d'abord un homme, un chef muisca couvert de poudre d'or qui offrait des trésors aux eaux d'un lac des Andes, en Colombie.

13-18 ans

WhatsAppFacebook
La légende de l'Eldorado, l'homme couvert d'or du lac Guatavita

L'histoire

Sur les hauts plateaux des Andes, près de l'actuelle Bogota, vivait le peuple muisca. Quand un nouveau chef devait prendre le pouvoir à Guatavita, il se préparait d'abord longuement : selon le récit, il restait enfermé dans une grotte pendant des années, ne sortant que la nuit, sans voir le soleil.

Puis venait le grand jour. Sur le lac de Guatavita, on préparait un grand radeau de joncs, décoré de tout ce qu'on avait de plus beau, avec quatre brasiers où brûlaient des parfums. Tout autour du lac, une foule immense, couverte de plumes et de bijoux d'or, allumait des feux, si bien que la fumée voilait la lumière du jour.

On ôtait ses vêtements au futur chef, on enduisait son corps d'une terre collante et on le saupoudrait d'or en poudre, jusqu'à ce qu'il en soit couvert de la tête aux pieds. On le plaçait debout sur le radeau, avec à ses pieds un tas d'or et d'émeraudes. Quatre chefs, parés d'or et de plumes, montaient avec lui. Le radeau quittait la rive au son des trompes et des cris, qui faisaient trembler les montagnes. Arrivé au milieu du lac, on levait un drapeau : silence. L'homme doré jetait alors tout son or au fond de l'eau, en offrande, et les quatre chefs faisaient de même. Le drapeau s'abaissait, la musique reprenait, et le radeau revenait vers la rive, où le nouveau chef était reconnu comme seigneur.

D'où vient ce récit

Cette cérémonie est décrite vers 1636-1638 par Juan Rodríguez Freyle, un chroniqueur né à Bogota, dans un livre surnommé El Carnero. Il dit tenir le récit d'un neveu du dernier chef de Guatavita. Comme beaucoup d'auteurs de son temps, Freyle qualifie le dieu des Muiscas de « démon » : c'est le regard d'un colon, que l'on doit lire avec recul.

Les Espagnols, arrivés dans la région en 1537, avaient entendu parler de cet « homme doré », el indio dorado en espagnol. Très vite, le récit s'est déformé : l'homme couvert d'or est devenu une cité d'or, puis un royaume entier, que l'on situait toujours plus loin, en Amazonie ou dans les Guyanes. Des expéditions espagnoles, allemandes et anglaises s'y sont perdues ; beaucoup de leurs membres sont morts de faim et de maladie, et des peuples autochtones ont été pillés et tués sur leur passage. On a même essayé de vider le lac de Guatavita : à la fin du XVIe siècle, un marchand espagnol fit creuser une entaille dans la rive, que l'on voit encore.

En 1969, des paysans ont découvert dans une grotte, près du village de Pasca, une petite sculpture en or : un radeau portant un personnage entouré de compagnons. Ce chef-d'œuvre, la balsa muisca, est aujourd'hui au musée de l'Or de Bogota. Beaucoup y voient une image de la cérémonie racontée par Freyle.

Ce que dit ce récit

Pour les Muiscas, l'or n'était pas d'abord une richesse à garder : c'était une matière sacrée, qu'on offrait aux divinités, en particulier aux eaux des lacs. Pour les conquérants, au contraire, l'or était un trésor à prendre. La légende de l'Eldorado raconte ainsi deux visions du monde qui se sont heurtées.

Aujourd'hui, « un eldorado » désigne un lieu où l'on espère faire fortune facilement, souvent un rêve trompeur. Le mot rappelle combien la soif de l'or a pu aveugler ceux qui le cherchaient.

Ses cousins dans le monde

  • En Europe, on a longtemps cherché d'autres terres fabuleuses, comme le royaume du prêtre Jean en Afrique ou en Asie.
  • L'Atlantide, l'île engloutie décrite par le philosophe grec Platon, a fait rêver les chercheurs de trésors comme l'Eldorado.
  • Dans les Andes, les récits incas parlent d'un or « sueur du soleil » : voir Viracocha, Inti et les récits incas.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • « El Dorado » veut dire « le Doré » en espagnol : il désignait d'abord un homme couvert de poudre d'or, pas une ville.
  • La balsa muisca, petite sculpture en or d'un radeau et de ses passagers, a été découverte par des paysans en 1969 et se trouve au musée de l'Or de Bogota.
  • À la fin du XVIe siècle, on a tenté de vider le lac de Guatavita pour y chercher l'or : l'entaille creusée dans la rive se voit encore.

Cette fiche t’a plu ? Partage-la avec tes amis ou ta classe.

WhatsAppFacebook

Teste ce que tu viens de lire

Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.

À lire ensuite

Contes, fables et légendes : les histoires que le monde se raconte

Partout sur la Terre, des adultes racontent des histoires aux enfants, le soir, à la veillée ou avant de dormir. Certaines ont fait le tour du monde : on retrouve Cendrillon en Chine et en Égypte, et le lièvre trop sûr de lui au Cameroun comme en Grèce.

8-12 ans

Le Lièvre et la Tortue : rien ne sert de courir

Un lièvre, l'animal le plus rapide de la campagne, perd une course contre une tortue. Cette fable d'Ésope, mise en vers par La Fontaine, est connue dans le monde entier, et l'Afrique, l'Asie et les Amériques en ont leurs propres versions.

8-12 ans

La Cigale et la Fourmi : chanter l’été, avoir faim l’hiver

La cigale a chanté tout l'été ; l'hiver venu, elle n'a rien à manger et va demander de l'aide à la fourmi, qui refuse. C'est la première fable du premier livre de La Fontaine, reprise d'Ésope, et l'une des plus discutées : la fourmi a-t-elle raison ?

8-12 ans

Le Corbeau et le Renard : gare aux flatteurs

Un renard fait tomber le fromage d'un corbeau en lui faisant des compliments. C'est sans doute la fable la plus récitée dans les écoles de langue française, de Kinshasa à Montréal, et elle est bien plus ancienne que La Fontaine.

8-12 ans

Le Garçon qui criait au loup : le menteur qu’on ne croit plus

Un jeune berger s'amuse à crier « Au loup ! » pour faire accourir les villageois. Le jour où le loup vient vraiment, plus personne ne le croit. Cette fable d'Ésope a donné une expression que l'on emploie en français comme en anglais.

8-12 ans

Le Laboureur et ses enfants : le trésor caché dans le champ

Avant de mourir, un vieux paysan dit à ses fils qu'un trésor est caché dans leur champ. Ils retournent toute la terre et ne trouvent pas d'or, mais leur récolte est la plus belle de toutes. La Fontaine a fait de cette fable d'Ésope un éloge du travail.

8-12 ans