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La cosmologie kongo : Nzambi, le monde des ancêtres et le cosmogramme

Un dieu créateur, Nzambi, un monde des vivants et un monde des ancêtres séparés par une frontière d'eau, et un dessin, une croix dans un cercle, qui résume le cycle de la vie comme la course du soleil : c'est la pensée religieuse des Kongo, en Afrique centrale. Ces croyances sont vivantes, souvent mêlées au christianisme, et elles ont traversé l'Atlantique.

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La cosmologie kongo : Nzambi, le monde des ancêtres et le cosmogramme

D'où viennent ces récits

Les Kongo, ou Bakongo, vivent de part et d'autre de l'embouchure du fleuve Congo : dans l'ouest de la RDC, autour de Matadi et du Kongo-Central, dans le nord de l'Angola et dans le sud de la République du Congo. Du XIVe au XIXe siècle, ils ont formé un grand État, le royaume Kongo, dont la capitale, Mbanza Kongo, en Angola, était à la fois politique et spirituelle. On y trouvait la résidence du roi, le tribunal coutumier, un arbre sacré et les tombes royales.

Ces croyances ne viennent pas d'un livre. Elles se transmettent par la parole, les rites, les chants, les objets et les dessins. Ce que l'on en sait par écrit vient de sources variées : des missionnaires européens à partir du XVe siècle, qui les jugeaient souvent sévèrement, puis des chercheurs du XXe siècle, comme l'historien de l'art américain Robert Farris Thompson, et bien sûr les Kongo eux-mêmes.

Elles sont vivantes : beaucoup de familles kongo les vivent aujourd'hui, souvent en même temps que le christianisme. La fiche Les religions traditionnelles africaines en donne le cadre général.

Nzambi et les puissances

Au sommet se trouve Nzambi a Mpungu, le créateur, souvent présenté comme lointain et tout-puissant. Le titre était si important que l'un des titres des rois du Kongo était nzambi mpungu, « esprit supérieur ». Mais le roi lui-même n'était pas sacré : seule sa fonction l'était.

Entre Nzambi et les vivants, il y a les ancêtres, qui continuent de veiller sur leur famille, et des puissances que l'on peut solliciter. Les minkisi (au singulier nkisi) sont des objets rituels préparés par un spécialiste, le nganga, pour soigner, protéger ou rendre la justice. Certains, couverts de clous, sont aujourd'hui exposés dans de grands musées du monde.

Le cosmogramme kongo

Le symbole le plus célèbre de cette pensée est le cosmogramme, appelé dikenga ou yowa : une croix dans un cercle. Les chercheurs le décrivent ainsi :

  • la ligne horizontale sépare le monde des vivants, en haut, du monde des morts et des ancêtres, en bas ; cette frontière est souvent décrite comme une étendue d'eau, et la moitié inférieure porte un nom, kalunga ;
  • le cercle suit la course du soleil, en quatre moments : le lever, à l'est, comme la naissance ; le plein midi, comme la force de l'âge ; le coucher, à l'ouest, comme le passage vers le monde des morts ; puis le voyage du soleil sous la terre, dans le monde des ancêtres, avant un nouveau départ ;
  • le point de croisement est un carrefour, un lieu de grande puissance, où les deux mondes se rencontrent.

Selon cette lecture, la vie humaine est un cycle, comme celle du soleil. Le dessin servait dans les rites, notamment funéraires.

Mythe et histoire

Le cosmogramme n'est pas un fait historique à prouver : c'est une manière de penser le monde, que l'on décrit avec respect. En revanche, son histoire peut s'étudier.

Dans le sud des États-Unis, des archéologues ont trouvé des croix gravées sous des cases d'esclaves, sur des briques ou au fond de bols en terre cuite, par exemple sur la plantation Levi Jordan, au Texas. Beaucoup les interprètent comme la trace du cosmogramme, apporté par des Kongo déportés pendant la traite. D'autres chercheurs invitent à la prudence : une croix peut avoir plusieurs sens, et les traditions africaines se sont mêlées entre elles et au christianisme. Le débat montre comment l'histoire travaille, en confrontant les objets et les interprétations.

Enfin, le royaume Kongo s'est converti au christianisme dès la fin du XVe siècle. Des figures comme Kimpa Vita ont proposé leur propre lecture chrétienne de la tradition kongo.

Ce qu'il en reste aujourd'hui

Mbanza Kongo est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2017. Dans des cimetières du sud des États-Unis, on trouve encore des tombes ornées de coquillages et d'objets blancs, que des historiens de l'art rapprochent des traditions kongo, où le monde des esprits est associé au blanc. Les artistes d'Afrique centrale et des Amériques reprennent souvent le cosmogramme dans leurs œuvres.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • L'un des titres des rois du Kongo était nzambi mpungu, « esprit supérieur », mais seule la fonction royale était sacrée, pas l'homme qui l'occupait.
  • Dans le cosmogramme kongo, le soleil levant, à l'est, évoque la naissance, et le soleil couchant, à l'ouest, le passage vers le monde des morts.
  • Sur la plantation Levi Jordan, au Texas, des archéologues ont trouvé des croix gravées sous l'emplacement d'une case : beaucoup y voient la trace du cosmogramme kongo.

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