L'histoire
Deux frères partent en voyage. Leur sœur, qui attend un bébé, voudrait les suivre, mais ils refusent et s'en vont sans elle.
Alors, du ventre de sa mère, l'enfant parle : « Mère, mets-moi au monde ! » La mère lui répond qu'un enfant qui parle dans le ventre de sa mère peut bien naître tout seul. Et l'enfant naît sans l'aide de personne. « Mère, lave-moi ! » « Toi qui es né tout seul, tu peux bien te laver toi-même. » Il se lave, demande où sont ses parents, et apprend que ses deux oncles sont partis vers un village dangereux, gouverné par une reine sorcière. Il prend une faucille et un filet de pêche, et court les rejoindre.
Il s'appelle Amadou Kêkédiourou, ce qui veut dire, selon le conte, « Amadou qui ne craint pas les sorciers ». Sur la route, des taureaux et des chiens féroces attaquent ses oncles : Amadou leur jette du fourrage et des poissons, et les bêtes les laissent passer. Ses oncles refusent pourtant de croire qu'un si petit enfant soit leur neveu. Amadou se change en chapeau, puis en bague, pour rester près d'eux, et finit par les convaincre.
Au village de la sorcière, il déjoue tous les pièges. Il devine quels plats sont empoisonnés. La nuit, il fait semblant de ne pas dormir et réclame à la sorcière des étoiles à manger, si bien qu'elle passe des nuits entières à essayer d'en cueillir. Puis il ramène ses oncles chez eux.
La sorcière ne renonce pas. Elle se change en arbre couvert de fruits, puis en pirogue, pour enlever les enfants du village ; chaque fois, Amadou les ramène. Elle se change en belle jeune femme pour épouser l'un des oncles, et Amadou fait parler la porte, la natte et le sol de la case pour l'arrêter. Quand elle réussit enfin à rendre ses oncles aveugles, il va lui reprendre leurs yeux par la ruse. À la fin, la sorcière se change en cheval ; Amadou la reconnaît, monte sur son dos et la fait galoper jusqu'à ce qu'elle tombe épuisée. Le village est délivré pour toujours.
Le conte original est bien plus cruel : la sorcière y tue par erreur ses propres filles, et sa fin est violente. Cette fiche adoucit ces passages sans changer le fil de l'histoire.
D'où vient ce récit
Ce conte a été raconté en 1912 à Bandiagara, au Mali, par un jeune conteur, Bilali Tamboura, et traduit par un interprète, Samako Niembélé. Il a été publié en 1913 par François-Victor Equilbecq, un administrateur colonial français, dans un recueil en trois volumes, Contes indigènes de l'Ouest-Africain français. Ce recueil est aujourd'hui dans le domaine public.
Equilbecq remarquait déjà que l'enfant qui « s'enfante lui-même » se retrouve dans d'autres contes de la région, par exemple chez les Soninké.
C'est dans ce recueil que Michel Ocelot, qui a passé son enfance à Conakry, en Guinée, a trouvé l'idée de son film. Le Centre national du cinéma résume ainsi le conte qui l'a inspiré : un enfant naît seul, se lave seul et part aussitôt combattre une sorcière qui menace son village.
Du conte au film
Kirikou et la sorcière sort en France le 9 décembre 1998. Ocelot garde la naissance, le petit héros courageux et la sorcière, mais il invente les noms (Kirikou, Karaba) et change la fin : Kirikou ne tue pas la sorcière, il découvre pourquoi elle est méchante, une épine plantée dans son dos qui la fait souffrir, et il la guérit.
Le réalisateur a tenu à faire enregistrer les voix à Dakar, avec des acteurs africains, et la musique est du chanteur sénégalais Youssou N'Dour. Le film a attiré 1,4 million de spectateurs en France.
Ce que dit ce récit
Les deux versions disent la même chose : la taille ne fait pas le courage. Le plus petit, que personne ne veut écouter, sauve ceux qui le méprisent. Mais elles ne finissent pas pareil. Le conte de 1912 délivre le village en détruisant le mal. Le film propose une autre réponse : comprendre la souffrance de celui qui fait le mal, et le soigner.
Ses cousins dans le monde
- Chez les Zoulous d'Afrique australe, Uthlakanyana parle aussi dans le ventre de sa mère et se tient debout dès sa naissance.
- Chez les Banyanga de la RDC, le héros Mwindo naît en parlant, déjà armé.
- En Grèce, le bébé Héraclès étrangle deux serpents dans son berceau.
- En Europe, le Petit Poucet sauve ses frères par la ruse ; Equilbecq le citait déjà parmi les cousins de son conte.
Pour aller plus loin
- Le cinéma, l'art qui a fait connaître Kirikou au monde.
- Les récits dogons, d'autres récits de la région de Bandiagara.
- Le conte et la tradition orale, comment ces contes se transmettent.
Le savais-tu ?
- Le conte qui a inspiré Kirikou a été raconté en 1912 à Bandiagara, au Mali, par un jeune conteur nommé Bilali Tamboura.
- Dans le conte d'origine, le petit héros réclame des étoiles à manger, et la sorcière passe des nuits entières à essayer d'en cueillir.
- Les noms Kirikou et Karaba ont été inventés par Michel Ocelot : le héros du conte s'appelle Amadou Kêkédiourou.
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