Aller au contenu
Lobinayo Learning

Amanirenas, reine de Koush face à Rome

Vers 25 avant notre ère, Amanirenas, reine du royaume africain de Koush, au Soudan actuel, a attaqué l'Égypte devenue romaine, résisté à la riposte, puis obtenu de l'empereur Auguste une paix favorable. On connaît cette guerre surtout par un auteur grec du camp romain, et la langue de Koush, elle, reste mal comprise.

8-12 ans

WhatsAppFacebook
La tête de bronze d’une statue de l’empereur Auguste, rapportée à Méroé par les soldats d’Amanirenas et enterrée sous les marches d’un temple (British Museum, Londres).Following Hadrian · CC BY-SA 2.0 · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Amanirenas est une reine du royaume de Koush, au sud de l'Égypte, sur le territoire de l'actuel Soudan. Elle vit au Iᵉʳ siècle avant notre ère. Sa capitale est Méroé, au bord du Nil, au nord de l'actuelle Khartoum.

Elle porte le titre de kandake, celui des reines de Koush. Ce royaume africain avait sa propre langue, sa propre écriture, ses temples et ses pyramides, et plusieurs femmes y ont exercé le pouvoir.

En 30 avant notre ère, tout change au nord : après la mort de Cléopâtre, l'Égypte devient une province de Rome, gouvernée au nom de l'empereur Auguste. Les soldats romains s'installent à la frontière de Koush.

Les pyramides de Méroé (Soudan), où étaient enterrés les rois et les reines de Koush.Laurent de Walick · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Ce qu'elle a accompli

  • Vers 25 avant notre ère, ses armées attaquent les garnisons romaines du sud de l'Égypte et prennent Syène (l'actuelle Assouan), Éléphantine et Philae.
  • Elle continue la lutte pendant plusieurs années, même après de lourdes défaites.
  • Elle obtient par la négociation une paix favorable : l'empereur Auguste accepte les demandes de ses ambassadeurs et renonce même au tribut, l'impôt qu'il voulait imposer.
  • Koush reste un royaume indépendant pendant encore plusieurs siècles.

Comment

En choisissant le moment. Selon le géographe grec Strabon, les Koushites attaquent quand une partie de l'armée romaine d'Égypte est partie combattre en Arabie. Leurs envoyés expliqueront avoir été maltraités par les gouverneurs locaux.

En frappant les esprits. Ses soldats renversent les statues d'Auguste. La tête en bronze de l'une d'elles est rapportée à Méroé et enterrée sous les marches d'un temple : chaque personne qui montait l'escalier marchait au-dessus de l'empereur de Rome.

En encaissant les défaites. La riposte est dure. Le gouverneur romain d'Égypte, Petronius, repousse les Koushites, capture plusieurs de leurs généraux et prend la forteresse de Primis (aujourd'hui Qasr Ibrim). La reine propose alors de rendre les prisonniers et les statues, mais Petronius attaque quand même Napata, une grande ville royale, et, selon Strabon, la rase. La kandake ne renonce pas : elle revient attaquer la garnison romaine avec des milliers d'hommes.

En négociant. Quand les deux camps sont épuisés, elle envoie des ambassadeurs vers Auguste. Strabon raconte qu'ils disaient ne pas savoir qui était César ni où le trouver : on leur donne une escorte jusqu'à l'île grecque de Samos, où se trouve l'empereur. Vers 21-20 avant notre ère, ils obtiennent ce qu'ils demandaient.

Avec d'autres. Une reine ne fait pas la guerre seule. Strabon parle d'une armée de 30 000 hommes, de généraux, de messagers et d'ambassadeurs. Ce sont eux qui ont combattu, porté les messages et négocié la paix jusqu'en Grèce.

Ce que l'on sait, ce que l'on raconte

Presque tout ce qu'on lit sur cette guerre vient d'un seul auteur : Strabon, un Grec qui écrivait à la même époque, du côté romain. Il ne donne même pas le nom de la reine : il l'appelle « Candace », son titre, comme si c'était son prénom. Il la décrit comme une femme d'allure masculine, aveugle d'un œil. C'est de là que vient l'image de la « reine borgne ».

Le nom d'Amanirenas vient d'inscriptions de Koush, écrites en méroïtique. Les chercheurs savent lire cette écriture depuis 1911, mais ils comprennent encore très mal la langue. Selon le linguiste Claude Rilly, c'est un peu comme l'étrusque, une langue ancienne d'Italie : on peut lire les mots à voix haute sans comprendre ce qu'ils veulent dire. La version koushite de la guerre reste donc presque muette.

Zones d'ombre et débats

Qui était vraiment la « Candace » ? Strabon ne la nomme pas. La plupart des historiens pensent qu'il s'agit d'Amanirenas, grâce aux inscriptions de Koush, mais on ne peut pas en être tout à fait sûr.

Victoire ou défaite ? Strabon raconte surtout les succès romains. Mais un empereur qui renonce à un impôt, ce n'est pas une défaite pour Koush, et beaucoup d'historiens y voient un succès de la reine. Certains doutent aussi que Petronius ait vraiment pu aller jusqu'à Napata, très loin au sud, en pleine chaleur.

Des civils pris dans la guerre. Strabon écrit que les Koushites ont réduit en esclavage les habitants des villes prises. Les Romains en ont fait autant à Napata et ont vendu leurs prisonniers. Dans cette guerre comme dans d'autres, les deux camps ont fait des captifs.

Pourquoi on s'en souvient

La tête d'Auguste de Méroé, retrouvée en 1910 sous les marches du temple, est au British Museum de Londres depuis 1911. Elle raconte à elle seule la victoire de Koush. Les sites archéologiques de l'île de Méroé, avec leurs pyramides et leurs temples, sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2011.

Aujourd'hui, Amanirenas est souvent citée comme un symbole du courage des reines africaines. Les sources sur elle restent pourtant minces, et c'est une raison de plus pour chercher à mieux les comprendre.

Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui

  • Un petit royaume peut se faire respecter d'une très grande puissance.
  • Savoir négocier après avoir combattu, c'est parfois ce qui fait gagner.
  • L'histoire est souvent écrite par un seul camp : il faut chercher l'autre voix, même quand elle est difficile à entendre.
  • Admirer son courage n'empêche pas de se souvenir que cette guerre a fait des captifs des deux côtés.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • La tête en bronze de l'empereur Auguste, rapportée à Méroé par les soldats de Koush, a été enterrée sous les marches d'un temple : on marchait sur l'empereur de Rome en entrant.
  • L'écriture méroïtique a été déchiffrée en 1911, mais la langue reste si mal connue qu'on sait lire ses textes à voix haute sans bien les comprendre.
  • « Candace », le nom que les auteurs grecs donnaient à la reine, n'était pas un prénom : c'était son titre, « kandake ».

Cette fiche t’a plu ? Partage-la avec tes amis ou ta classe.

WhatsAppFacebook

Teste ce que tu viens de lire

Chaque réponse est expliquée, juste ou fausse. C’est là qu’on apprend le plus.

À lire ensuite

Hatchepsout, pharaon de l’Égypte ancienne

Il y a environ 3 500 ans, une femme a régné sur l'Égypte avec tous les titres d'un pharaon, pendant une vingtaine d'années, en bâtissant et en commerçant plus qu'en faisant la guerre. Après sa mort, son nom a été effacé de nombreux monuments, et les historiens discutent encore des raisons.

8-12 ans

Ashoka, empereur maurya de l’Inde ancienne

Au IIIᵉ siècle avant notre ère, l'empereur indien Ashoka a fait graver sur la pierre qu'il regrettait les morts d'une guerre qu'il avait gagnée, puis il a demandé à ses sujets la tolérance et le respect de la vie. Les historiens rappellent qu'il n'a pas renoncé pour autant à la force de l'État, ni rendu le pays conquis.

13-18 ans

Cléopâtre VII, dernière reine de l’Égypte ptolémaïque

Cléopâtre VII a gouverné l'Égypte pendant plus de vingt ans, au Iᵉʳ siècle avant notre ère, en parlant de nombreuses langues et en négociant avec les maîtres de Rome pour garder son royaume. Presque tout ce qu'on raconte d'elle vient pourtant de ses ennemis romains, et les historiens trient avec soin la légende et les faits.

8-12 ans

Hypatie, mathématicienne et philosophe d’Alexandrie

À Alexandrie, vers l'an 400, Hypatie a enseigné les mathématiques, l'astronomie et la philosophie à des élèves venus de loin, et elle était écoutée des dirigeants de la ville, chose rare pour une femme. Assassinée en 415 dans une lutte de pouvoir, elle est devenue une légende, et les historiens s'efforcent de séparer ce que l'on sait de ce qu'on lui a fait dire.

13-18 ans

Murasaki Shikibu, autrice japonaise du Dit du Genji

Il y a mille ans, à la cour impériale du Japon, une femme a écrit le Dit du Genji, un très long récit que beaucoup de spécialistes comptent parmi les premiers romans du monde. Elle avait appris en cachette une langue réservée aux garçons ; on ne connaît pourtant ni son vrai nom ni ses dates exactes.

8-12 ans

Saladin, sultan d’Égypte et de Syrie

Au XIIᵉ siècle, un officier d'origine kurde a réuni l'Égypte et la Syrie sous son autorité, puis repris Jérusalem aux croisés en 1187 sans y massacrer les habitants. Admiré jusque chez ses ennemis, Saladin a aussi fait exécuter des prisonniers, et ses biographes de l'époque ont soigneusement construit sa légende.

13-18 ans