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Jesse Owens, quatre médailles d’or dans le Berlin des nazis

Aux Jeux olympiques de Berlin, en 1936, l'Américain Jesse Owens remporte quatre médailles d'or dans l'Allemagne d'Adolf Hitler, qui voulait faire des Jeux la vitrine de ses théories racistes. Rentré en héros dans son pays, il y retrouve pourtant la ségrégation qui frappe les Noirs américains.

13-18 ans

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Jesse Owens en 1936, l’année de ses quatre médailles d’or à Berlin.Acme News Photos · Domaine public · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

James Cleveland Owens naît le 12 septembre 1913 en Alabama, dans le sud des États-Unis. Il est le petit-fils d'un esclave. Ses parents sont métayers : ils cultivent la terre d'un autre en échange d'une partie de la récolte, et la famille est pauvre. Quand il a neuf ans, elle part pour Cleveland, une ville industrielle du nord du pays. À l'école, raconte-t-on, un enseignant comprend mal ses initiales, « J. C. », prononcées avec l'accent du Sud, et l'appelle « Jesse ». Le prénom lui reste.

Son sport, l'athlétisme, réunit des courses, des sauts et des lancers. Owens excelle dans le sprint, les courses les plus courtes (100 et 200 mètres), et au saut en longueur, où l'on prend son élan pour retomber le plus loin possible dans un bac de sable. Il meurt le 31 mars 1980, à soixante-six ans.

Ses exploits

  • Le 25 mai 1935, à Ann Arbor (Michigan), en moins d'une heure, il égale un record du monde et en bat plusieurs autres. Son saut de 8,13 mètres reste le record du monde pendant vingt-cinq ans.
  • Aux Jeux de Berlin, en 1936 : quatre médailles d'or, au 100 mètres, au 200 mètres, au saut en longueur et au relais 4 x 100 mètres (quatre coureurs qui se passent un bâton, chacun sur 100 mètres).
  • À Berlin, il bat le record du monde du 200 mètres (20,7 secondes) et participe à celui du relais (39,8 secondes), deux records battus depuis.
  • Il faudra attendre l'Américain Carl Lewis, en 1984, pour qu'un athlète gagne de nouveau ces quatre mêmes épreuves aux mêmes Jeux.
  • En 1976, il reçoit la médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction civile des États-Unis.

Comment

Avec un entraîneur qui voit loin. Au collège, à Cleveland, le professeur de sport Charles Riley le remarque et le fait entrer dans l'équipe d'athlétisme. Il lui apprend que s'entraîner sur des distances plus longues rend plus rapide sur les courtes. Sa devise, traduite de l'anglais : « Entraîne-toi pour dans quatre ans à partir de vendredi prochain. »

En surmontant un échec. En 1932, encore lycéen, il tente de se qualifier pour les Jeux de Los Angeles : il perd les trois épreuves qu'il dispute. L'année suivante, il gagne 75 des 79 courses auxquelles il participe.

En travaillant à côté. À l'université d'État de l'Ohio, où il étudie à partir de 1933, il n'a pas le droit de loger sur le campus, à cause de la couleur de sa peau. Il étudie, s'entraîne, et travaille le soir comme garçon d'ascenseur, de 17 heures à 1 heure du matin.

En serrant les dents. Le jour de ses records de 1935, il a mal au dos : il est tombé dans un escalier cinq jours plus tôt. Avec son entraîneur Larry Snyder, il hésite à concourir, puis décide de prendre les épreuves une par une. Au saut en longueur, il ne tente qu'un seul saut : c'est le record du monde.

Un moment légendaire

Berlin, 4 août 1936. Le matin, aux qualifications du saut en longueur, Owens a raté ses deux premiers essais. Il ne lui en reste qu'un. Selon le récit qu'il fera toute sa vie, l'Allemand Luz Long, son grand rival, vient alors lui conseiller de prendre son élan un peu plus loin de la planche d'appel, pour être sûr que son saut compte. Owens se qualifie.

L'après-midi, en finale, Long saute 7,87 mètres. Owens répond par 7,94 mètres, puis par 8,06 mètres à son dernier essai. Le premier à le féliciter est Luz Long. Les deux hommes se donnent l'accolade devant le public du stade, sous les yeux de Hitler. Owens dira plus tard, en substance, qu'on pourrait faire fondre toutes ses médailles sans obtenir de quoi plaquer l'amitié « à vingt-quatre carats » qu'il ressentait alors pour Long.

Luz Long meurt en 1943, soldat dans l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans une dernière lettre à Owens, il lui demande de retrouver un jour son fils et de lui raconter ce que peuvent être les relations entre les hommes sur cette terre.

Jesse Owens au saut en longueur aux Jeux olympiques de Berlin, en août 1936 (Archives fédérales allemandes).Bundesarchiv, Bild 183-R96374 (photographe inconnu) · CC BY-SA 3.0 de · Wikimedia Commons

Pourquoi c'est une légende

Les nazis voulaient faire des Jeux de 1936 une propagande, la preuve d'une prétendue supériorité de la « race aryenne ». Les victoires d'un athlète noir démentaient ce mensonge devant le monde entier. À Berlin, le public l'acclame et le photographie ; il loge dans le même hôtel que les athlètes blancs, ce qu'on lui refuse dans son propre pays.

Car le retour est amer. New York lui offre un défilé, mais le soir, pour la réception donnée en son honneur dans un grand hôtel, on lui interdit l'entrée principale parce qu'il est noir, et il doit monter par le monte-charge. Le président Franklin Roosevelt ne lui envoie même pas de télégramme. Owens passe professionnel, ce qui met fin à sa carrière d'athlète amateur, et doit, pour gagner sa vie, courir contre des chevaux.

Zones d'ombre et débats

La poignée de main refusée. On répète souvent que Hitler a refusé de serrer la main d'Owens. Ce n'est pas exact. Selon sa fille Marlene, on avait fait savoir à Hitler qu'il ne pouvait pas féliciter les seuls vainqueurs allemands : il devait féliciter tous les vainqueurs, ou aucun. Il a préféré s'en abstenir, et Owens n'a jamais été en contact avec lui. Hitler a en revanche ignoré un autre champion noir américain, le sauteur en hauteur Cornelius Johnson. En privé, selon son architecte Albert Speer, il était agacé par les victoires d'Owens et tenait sur les athlètes noirs des propos racistes. Owens résumait ainsi les choses : il n'avait pas été invité à serrer la main de Hitler, mais il n'avait pas non plus été invité à la Maison-Blanche pour serrer celle de son président.

Le conseil de Luz Long. L'historien Tom Ecker affirme qu'Owens lui a reconnu, en 1965, n'avoir rencontré Long qu'après le concours. Tout le monde s'accorde, en revanche, sur l'accolade après la finale.

Ce qu'on peut en retenir

  • Un échec n'est pas une fin : battu en 1932, Owens règne sur Berlin quatre ans plus tard.
  • Un rival peut devenir un ami, même quand tout pousse à la haine.
  • Une belle histoire se vérifie : la poignée de main refusée et le conseil de Long sont plus discutés qu'on ne le croit.
  • Gagner ne suffit pas à changer une société : le quadruple champion olympique restait, chez lui, un citoyen de seconde zone.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Un astéroïde porte son nom : (6758) Jesseowens.
  • Après ses quatre médailles d'or, Jesse Owens a dû gagner sa vie en faisant la course contre des chevaux.
  • À Berlin, il logeait dans le même hôtel que les athlètes blancs, ce qu'il ne pouvait pas faire dans son propre pays.

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