Qui, quand, où
Jeanne d'Arc, qu'on appelait de son vivant « Jeanne la Pucelle », c'est-à-dire la jeune fille, naît vers 1412 à Domrémy, un village de l'est de l'actuelle France. Ses parents sont des paysans aisés. Elle meurt à Rouen le 30 mai 1431, à dix-neuf ans environ.
Son pays est en guerre depuis longtemps : c'est la guerre de Cent Ans. Les rois d'Angleterre veulent aussi la couronne de France, et ils ont des alliés français, les Bourguignons. Le nord du royaume, avec Paris, est entre leurs mains. L'héritier du trône, Charles, n'a pas encore été sacré roi, et son camp perd du terrain.
Ce qu'elle a accompli
- À dix-sept ans, elle obtient d'être reçue par Charles, l'héritier du trône, puis de partir avec son armée.
- Le 8 mai 1429, la ville d'Orléans, assiégée depuis des mois par les Anglais, est délivrée.
- Le 17 juillet 1429, Charles est sacré roi à Reims, comme l'étaient les rois de France : Charles VII devient roi aux yeux de tous.
- Pendant son procès, seule face à des dizaines de savants, elle répond avec courage et intelligence.
Comment
En tenant bon face aux refus. Jeanne dit avoir entendu, vers l'âge de treize ans, des voix qu'elle attribuait à saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite. Elles lui auraient demandé d'aller aider le futur roi. En 1428, elle va voir le capitaine de la ville voisine de Vaucouleurs, Robert de Baudricourt. Il la renvoie chez elle. Elle revient, insiste, et finit par obtenir une escorte.
En convainquant les puissants. Au château de Chinon, elle rencontre Charles. Avant de lui faire confiance, il la fait interroger pendant trois semaines par des savants de l'Église, à Poitiers. Ils ne trouvent rien à lui reprocher.
En redonnant courage. À Orléans, elle arrive avec des renforts, une armure et un étendard. Elle se jette dans les combats et elle est blessée. Les soldats, découragés après des années de défaites, reprennent confiance.
Avec d'autres. Jeanne n'a pas gagné seule. Des capitaines expérimentés, comme Dunois, La Hire ou le duc d'Alençon, commandaient l'armée à ses côtés. Des gens de sa région ont cru en elle et l'ont accompagnée jusqu'à Chinon. Elle dictait ses lettres à des secrétaires, car elle ne savait sans doute ni lire ni écrire.
En restant elle-même jusqu'au bout. En 1430, elle est capturée à Compiègne par les Bourguignons, qui la livrent aux Anglais contre une forte somme. À Rouen, un tribunal d'Église présidé par l'évêque Pierre Cauchon l'accuse notamment d'hérésie, c'est-à-dire d'avoir des idées contraires à la foi de l'Église, et lui reproche de porter des vêtements d'homme. Elle est condamnée et brûlée vive.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Jeanne est l'une des personnes du Moyen Âge qu'on connaît le mieux, grâce à deux procès dont les comptes rendus ont été conservés. Au premier, en 1431, des notaires ont noté ses réponses. Au second, entre 1455 et 1456, de nombreux témoins qui l'avaient connue ont raconté ce qu'ils avaient vu. Il reste aussi quelques-unes de ses lettres : trois portent sa signature, « Jehanne ».
Ses réponses au procès sont célèbres. Le 24 février 1431, un juge lui demande si elle sait qu'elle est « en la grâce de Dieu », une question piège : répondre oui ou non pouvait la faire condamner. Elle répond, d'après la traduction de l'historien Pierre Champion :
Si je n'y suis, Dieu veuille m'y mettre ; et si j'y suis, Dieu m'y veuille tenir.
D'autres scènes appartiennent à la légende. On raconte qu'à Chinon, Charles s'était caché parmi ses courtisans et qu'elle l'a reconnu tout de suite. Cette histoire vient de témoignages recueillis bien plus tard, et on ne peut pas la vérifier.
Zones d'ombre et débats
Ses voix. Personne ne peut dire ce qu'elle entendait. Pour ses juges de 1431, ces voix venaient du démon ; pour ceux qui partagent sa foi, elles venaient de Dieu, et l'Église catholique l'a proclamée sainte en 1920. L'historien, lui, constate qu'elle y croyait assez pour mourir plutôt que de les renier.
Son rôle dans la guerre. Les historiens discutent encore de son rôle exact : certains pensent qu'elle a surtout redonné courage aux soldats, d'autres qu'elle a aussi pesé sur les décisions. Elle a toujours dit qu'elle portait son étendard pendant les attaques pour ne tuer personne.
Un procès injuste. Le tribunal était aux mains de ses ennemis. En 1456, un second procès, voulu par Charles VII et autorisé par le pape, annule la condamnation.
Une figure disputée. Depuis cinq siècles, des camps opposés se sont réclamés d'elle : des rois, des républicains qui voyaient en elle une fille du peuple, l'Église, le régime de Vichy comme la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, et aujourd'hui l'extrême droite française. Chacun y prend ce qui l'arrange.
Pourquoi on s'en souvient
Parce qu'une jeune fille sans pouvoir ni instruction a changé le cours d'une guerre, et parce qu'elle a tenu tête à ses juges. Son histoire a inspiré des pièces de théâtre, des opéras et des films dans de nombreux pays. Pendant la Première Guerre mondiale, des affiches américaines utilisaient même son image. À Rouen, un musée, l'Historial Jeanne d'Arc, installé dans le palais des archevêques, raconte ses deux procès.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- Insister quand on vous dit non. Renvoyée une première fois, elle est revenue.
- Personne ne réussit seul. Sans les capitaines, les soldats et ceux qui l'ont crue, elle n'aurait rien pu faire.
- Le courage, c'est aussi de bien répondre. Face à ses juges, sa parole a été son arme.
- Se méfier de ceux qui récupèrent les héros. Une même personne peut servir des causes opposées : il vaut mieux connaître sa vraie histoire.
Pour aller plus loin
- Christine de Pizan, l'écrivaine qui lui a consacré un poème en 1429, de son vivant.
- Le procès équitable et la preuve, pour comprendre ce qui manquait au procès de Rouen.
- Le christianisme décrit, la religion au cœur de sa vie et de son procès.
Le savais-tu ?
- Pendant son procès, Jeanne a dit qu'elle aimait « quarante fois » plus son étendard que son épée, et qu'elle le portait pendant les attaques pour éviter de tuer quelqu'un.
- Il reste trois lettres signées de sa main, « Jehanne ». Elle ne savait sans doute pas écrire, mais elle semble avoir appris à tracer son prénom.
- Condamnée en 1431, Jeanne a été déclarée innocente par un nouveau procès en 1456, puis proclamée sainte par l'Église catholique en 1920.
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