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Hypatie, mathématicienne et philosophe d’Alexandrie

À Alexandrie, vers l'an 400, Hypatie a enseigné les mathématiques, l'astronomie et la philosophie à des élèves venus de loin, et elle était écoutée des dirigeants de la ville, chose rare pour une femme. Assassinée en 415 dans une lutte de pouvoir, elle est devenue une légende, et les historiens s'efforcent de séparer ce que l'on sait de ce qu'on lui a fait dire.

13-18 ans

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Hypatie imaginée par Jules Maurice Gaspard en 1908 : aucun portrait d’elle n’a été fait de son vivant.Jules Maurice Gaspard · Domaine public · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Hypatie (Hypatia en grec) vit à Alexandrie, le grand port d'Égypte fondé par Alexandre le Grand, où l'on parle et où l'on écrit en grec. Elle naît vers 355 ou vers 370, les historiens hésitent, et meurt assassinée en mars 415.

L'Égypte fait alors partie de l'Empire romain d'Orient, gouverné depuis Constantinople (l'actuelle Istanbul). Le christianisme est devenu la religion des empereurs. En 391, sur leur ordre, l'évêque d'Alexandrie fait abattre le grand temple du dieu Sérapis. Alexandrie est une ville immense et agitée, où vivent des chrétiens, des juifs et des fidèles des anciens cultes.

Son père, Théon, est mathématicien et astronome. Il est le dernier membre connu du Musée d'Alexandrie, la célèbre institution savante de la ville.

Ce qu'elle a accompli

  • Elle dirige une école de philosophie inspirée de Platon et enseigne les mathématiques et l'astronomie. Selon un historien de son temps, des élèves viennent de loin pour l'écouter.
  • Elle travaille sur de grands textes savants : selon une encyclopédie byzantine, elle a écrit des commentaires sur l'Arithmétique de Diophante et sur les Coniques d'Apollonius, deux sommets des mathématiques grecques.
  • Elle révise le commentaire de son père sur l'Almageste de Ptolémée, le grand traité d'astronomie de l'Antiquité.
  • Elle conseille ses élèves sur la fabrication d'instruments scientifiques, comme l'astrolabe, qui sert à mesurer la position des astres.
  • Elle est reçue par les magistrats et parle devant des assemblées d'hommes, ce qui était très inhabituel pour une femme.

Comment

En apprenant, puis en dépassant son maître. Théon lui enseigne les mathématiques. Elle devient vite plus qu'une élève : le titre de l'un des commentaires de Théon précise que le texte a été revu par « ma fille Hypatie, la philosophe ».

En transmettant. Dans un monde sans imprimerie, où chaque livre est copié à la main, écrire un commentaire, c'est expliquer un texte difficile, le corriger et le rendre utilisable. C'est grâce à ce travail patient que des œuvres scientifiques ont traversé les siècles.

En parlant en public. Selon le philosophe Damascius, elle traversait le centre de la ville vêtue du manteau des philosophes et expliquait Platon ou Aristote à qui voulait l'écouter. Elle ne s'est jamais mariée.

En enseignant à des élèves de toutes croyances. Hypatie reste fidèle aux anciennes traditions philosophiques, mais plusieurs de ses élèves sont chrétiens. Le plus connu, Synésios de Cyrène (dans l'actuelle Libye), devient évêque et continue de lui écrire avec respect pour lui demander conseil, notamment sur la construction d'un astrolabe et d'un hydroscope.

Avec d'autres. Son père Théon l'a formée ; ses élèves ont diffusé ses idées et, comme Synésios, gardé la trace de son enseignement dans leurs lettres. Sans ces lettres, on ne saurait presque rien d'elle.

Ce que l'on sait, ce que l'on raconte

Aucun de ses écrits ne nous est parvenu avec certitude : on ne connaît que des titres et des mentions. Tout ce qu'on sait vient d'autres auteurs, chacun avec son point de vue : les lettres de Synésios, son élève ; Socrate le Scolastique, un historien chrétien de la même époque, qui raconte sa mort et la condamne ; Damascius, un philosophe païen qui écrit un siècle plus tard et accuse l'évêque de la ville ; et une encyclopédie byzantine du Xᵉ siècle, la Souda.

Depuis, la légende a beaucoup brodé. Au XIXᵉ siècle, le romancier anglais Charles Kingsley en fait une jeune et belle victime. Si elle est née vers 355, comme le pense l'historien Edward Watts, elle avait pourtant plus de soixante ans à sa mort. En 2009, le film Agora la montre défendant la bibliothèque d'Alexandrie et découvrant que la Terre tourne autour du Soleil : ce sont des inventions de scénario, qu'aucune source antique ne rapporte.

Une lettre de Synésios de Cyrène à Hypatie, son ancienne professeure, dans la première édition imprimée de ses œuvres (Paris, 1553) : ses lettres sont une source précieuse sur elle.Mariel García-Montes · CC0 (domaine public) · Wikimedia Commons

Zones d'ombre et débats

Pourquoi a-t-elle été tuée ? Alexandrie est alors déchirée par un conflit entre le préfet Oreste, qui représente l'empereur, et l'évêque Cyrille. Hypatie conseille Oreste. Selon Socrate le Scolastique, une rumeur se répand parmi les chrétiens de la ville : elle empêcherait la réconciliation des deux hommes. En mars 415, un groupe mené par un certain Pierre, un lecteur de l'Église, l'arrache à sa voiture et la tue dans une église. Socrate le Scolastique y voit l'effet de la jalousie politique et juge que ce crime a déshonoré l'Église d'Alexandrie.

Cyrille est-il responsable ? Son rôle exact n'a jamais été établi. Damascius l'accuse directement ; d'autres auteurs le défendent. Cyrille est vénéré comme saint par plusieurs Églises, et la question reste débattue.

La science contre la religion ? On a souvent fait d'Hypatie une martyre de la science tuée par des chrétiens. Les historiens nuancent : son élève le plus connu était évêque, l'historien qui raconte sa mort est chrétien et la condamne, et Edward Watts insiste sur les divisions sociales et politiques de la ville, plus que sur les seules différences de religion. Maria Dzielska a retracé la façon dont chaque époque, des philosophes du XVIIIᵉ siècle aux féministes d'aujourd'hui, a fait d'elle le symbole de sa propre cause.

Ce qu'elle a vraiment écrit. La part exacte de son travail dans les commentaires de son père est discutée : a-t-elle relu, corrigé ou réécrit ? Les spécialistes ne sont pas d'accord.

Pourquoi on s'en souvient

Hypatie est l'une des premières femmes dont le travail en mathématiques soit documenté. Elle est devenue un symbole pour les féministes, une martyre pour les défenseurs des anciennes religions et pour certains athées, une figure pour les mathématiciens. Une revue universitaire de philosophie féministe porte son nom depuis le milieu des années 1980.

Son histoire pose aussi une question qui dépasse l'Antiquité : que devient le savoir quand une ville bascule dans la violence ?

Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui

  • Transmettre est un vrai travail : expliquer, corriger, rendre clair ce qui est difficile a sauvé des textes entiers.
  • La compétence peut ouvrir des portes fermées : on l'écoutait parce qu'elle savait.
  • Méfie-toi des histoires trop simples. Un meurtre dans une lutte de pouvoir n'est pas la même chose qu'une guerre entre la science et la foi.
  • Admirer une figure n'oblige pas à croire tout ce qu'on raconte sur elle : sa légende en dit parfois plus sur nous que sur elle.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Le titre d'un commentaire de Théon sur l'Almageste de Ptolémée précise que le texte a été revu par « ma fille Hypatie, la philosophe ».
  • Son élève Synésios, devenu évêque chrétien, lui écrivait pour lui demander conseil sur la construction d'un astrolabe et d'un hydroscope.
  • Aucun écrit d'Hypatie ne nous est parvenu avec certitude : on ne connaît que les titres de ses œuvres et ce que d'autres en ont dit.

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