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Hatchepsout, pharaon de l’Égypte ancienne

Il y a environ 3 500 ans, une femme a régné sur l'Égypte avec tous les titres d'un pharaon, pendant une vingtaine d'années, en bâtissant et en commerçant plus qu'en faisant la guerre. Après sa mort, son nom a été effacé de nombreux monuments, et les historiens discutent encore des raisons.

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Hatchepsout assise, en pharaon mais avec un visage de femme : statue de calcaire de son temple de Deir el-Bahari, vers 1470 av. J.-C. (Metropolitan Museum, New York).The Metropolitan Museum of Art · CC0 (domaine public) · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Hatchepsout (on écrit aussi Hatshepsout) a régné sur l'Égypte ancienne à peu près de 1479 à 1458 avant notre ère. Ses grands monuments se trouvent près de Thèbes, l'actuelle Louxor, dans le sud de l'Égypte, au bord du Nil.

Elle est la fille du pharaon Thoutmosis Iᵉʳ. Comme cela se faisait dans la famille royale, elle épouse son demi-frère, Thoutmosis II. Quand il meurt, l'héritier du trône, Thoutmosis III, est un tout petit enfant, né d'une autre épouse. Hatchepsout est à la fois sa tante et sa belle-mère.

À cette époque, le pharaon est presque toujours un homme. On le considère comme l'intermédiaire entre les dieux et les humains.

Ce qu'elle a accompli

  • Elle devient pharaon à part entière, avec tous les titres d'un roi, et règne une vingtaine d'années.
  • Elle envoie une expédition par la mer Rouge vers le pays de Pount, qui revient chargée d'ébène, d'ivoire, d'or, d'animaux et d'arbres à encens.
  • Elle fait bâtir à Deir el-Bahari un temple à terrasses adossé à la falaise, l'un des monuments les plus célèbres d'Égypte.
  • Elle fait dresser au temple de Karnak deux obélisques d'une trentaine de mètres, chacun taillé dans un seul bloc de pierre.
Son temple funéraire de Deir el-Bahari, près de Louxor (Égypte), bâti en terrasses au pied de la falaise.Vyacheslav Argenberg · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons

Comment

En avançant pas à pas. Au début, Hatchepsout gouverne comme régente, c'est-à-dire à la place de l'enfant roi. Puis, au plus tard vers la septième année, elle prend elle-même le titre de pharaon. Thoutmosis III reste roi à ses côtés, mais c'est elle qui dirige.

En utilisant les images du pouvoir. Sur ses premières statues, elle apparaît comme une reine. Ensuite, elle se fait représenter comme un roi : torse d'homme, coiffe royale et barbe postiche, la fausse barbe que portaient tous les pharaons. Ce n'était pas un déguisement pour tromper : c'était l'habit officiel de la fonction, que tout le monde reconnaissait.

En s'appuyant sur les dieux. Sur les murs de son temple, elle fait raconter qu'elle est la fille du dieu Amon, qui l'aurait choisie pour régner. C'était une manière de dire que son pouvoir était voulu par les dieux.

En bâtissant et en commerçant. Elle met l'énergie de son règne dans de grands chantiers et dans les échanges. Les reliefs de son temple racontent le voyage vers Pount en détail : les bateaux, les marchandises, et même les arbres à encens rapportés vivants pour les temples.

Avec d'autres. Hatchepsout gouverne entourée de fonctionnaires fidèles. Le plus connu est Senenmout, intendant des biens du dieu Amon, qui cumulait des dizaines de titres. Sans les milliers d'ouvriers, de sculpteurs, de marins et de scribes de l'Égypte, aucun de ces chantiers n'aurait existé.

Ce que l'on sait, ce que l'on raconte

On connaît Hatchepsout par ses monuments, leurs inscriptions en hiéroglyphes, ses statues, et les fouilles des archéologues. Mais ces textes ont été écrits pour sa gloire : ils disent ce qu'elle voulait qu'on retienne. L'histoire de sa naissance divine est un récit religieux et politique, pas un fait qu'on peut vérifier.

Au début du XXᵉ siècle, des archéologues américains ont retrouvé près de son temple des fosses remplies de statues brisées à son image. Beaucoup ont été recollées, morceau par morceau.

En 2007, l'archéologue égyptien Zahi Hawass a annoncé avoir identifié sa momie. D'autres spécialistes jugent la preuve insuffisante, et les études continuent.

Zones d'ombre et débats

Pourquoi son nom a-t-il été effacé ? Après sa mort, ses statues ont été brisées et son nom martelé sur de nombreux murs. On a longtemps cru à une vengeance de Thoutmosis III. Mais ces destructions n'ont commencé qu'une vingtaine d'années après sa mort, à la fin du règne de Thoutmosis III. Beaucoup d'historiens pensent plutôt qu'il voulait une liste officielle des rois sans elle, pour assurer le trône à son propre fils. Le débat n'est pas clos.

Où était Pount ? Les Égyptiens ne l'ont jamais placé sur une carte. En 2020, une équipe de chercheurs a étudié des momies de babouins rapportés en Égypte : leurs résultats désignent une région qui va de l'Érythrée et de l'Éthiopie à la Somalie. D'autres hypothèses restent discutées.

Ce qu'on ne sait pas. Les textes officiels ne disent pas ce que les Égyptiens ordinaires pensaient d'une femme pharaon. Ils ne parlent d'aucune révolte, mais un texte écrit pour la gloire d'un roi n'en aurait pas parlé.

Pourquoi on s'en souvient

Son temple de Deir el-Bahari fait partie du site de Thèbes antique, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1979, et ses reliefs du voyage à Pount comptent parmi les plus célèbres d'Égypte. Depuis 1961, une équipe d'archéologues polonais et égyptiens restaure ce temple : des dizaines de milliers de fragments de pierre sculptée ont été rassemblés comme un immense puzzle.

Elle est aussi devenue l'exemple le plus connu d'une femme qui a exercé le pouvoir suprême dans l'Antiquité.

Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui

  • Une règle qui semble fixée peut être dépassée. Rien ne prévoyait qu'une femme soit pharaon ; elle l'a été vingt ans.
  • Le pouvoir passe aussi par les images. La barbe postiche montre qu'on se fait reconnaître en parlant la langue de son époque.
  • On peut laisser une trace en construisant, pas seulement en conquérant.
  • Effacer un nom ne suffit pas à effacer une histoire : les traces du martelage ont aidé les archéologues à la retrouver. Et ce qu'elle a fait graver reste sa propre version des faits.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Les reliefs du temple d'Hatchepsout montrent des babouins à bord des bateaux revenant de Pount. En 2020, l'étude de momies de babouins a aidé des chercheurs à situer Pount vers l'Érythrée, l'Éthiopie et la Somalie.
  • Depuis 1961, une équipe polonaise et égyptienne restaure son temple de Deir el-Bahari, en recomposant des dizaines de milliers de fragments de pierre sculptée.
  • Les statues d'Hatchepsout n'ont pas été détruites juste après sa mort, mais une vingtaine d'années plus tard.

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