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Hassiba Boulmerka, première championne olympique de l’Algérie

En 1992, à Barcelone, l'Algérienne Hassiba Boulmerka remporte le 1 500 mètres et offre à son pays sa première médaille d'or olympique. Elle court alors sous la menace : des islamistes radicaux lui reprochent de courir en short, et elle a dû quitter l'Algérie pour s'entraîner.

13-18 ans

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Hassiba Boulmerka, première championne olympique de l’Algérie

Qui, quand, où

Hassiba Boulmerka naît le 10 juillet 1968 à Constantine, une grande ville de l'est de l'Algérie. Elle est la quatrième de sept enfants. Elle commence à courir sérieusement à dix ans, en 1978, et gagne vite des médailles dans sa région, puis dans son pays. On la surnomme « la gazelle de Constantine ».

Son sport est l'athlétisme, et plus précisément le demi-fond : des courses trop longues pour être courues à pleine vitesse d'un bout à l'autre, mais assez courtes pour se jouer sur un sprint final. Sa distance est le 1 500 mètres, un peu moins de quatre tours d'une piste de 400 mètres. Il faut y gérer son effort, se placer dans le peloton, puis accélérer au bon moment.

Ses exploits

  • 1988 : double championne d'Afrique (Jeux africains), au 800 et au 1 500 mètres.
  • 1991 : championne du monde du 1 500 mètres, à Tokyo. La Radio algérienne la présente comme la première femme arabe et africaine à devenir championne du monde d'athlétisme.
  • 1992 : championne olympique du 1 500 mètres, à Barcelone, en 3 minutes 55 secondes et 30 centièmes. C'est la première médaille d'or olympique de l'histoire de l'Algérie.
  • 1993 : médaille de bronze aux championnats du monde de Stuttgart ; 1995 : de nouveau championne du monde, à Göteborg.
  • 1999 : elle est élue au Comité international olympique (CIO) comme représentante des athlètes.

Comment

En commençant tôt. Elle court depuis l'âge de dix ans. Quand elle remporte son titre mondial à Tokyo, elle a vingt-trois ans et plus de dix ans d'entraînement derrière elle.

En préparant la course et sa tête. Elle raconte avoir préparé sa victoire de Barcelone « en travaillant beaucoup, en tentant d'évacuer le stress, la pression ». Avant la finale, son entraîneur lui dit : « Tu es bien préparée, tu vas gagner et on va rentrer en Algérie. »

En partant s'entraîner ailleurs. En 1992, il devient trop dangereux pour elle de s'entraîner en Algérie. Soutenue par ses parents, elle part pour Berlin, en Allemagne. Cette année-là, elle ne court pas une seule course dans son pays. Dans les semaines qui précèdent les Jeux, elle coupe tout contact avec sa famille pour se concentrer.

En tenant bon dans les paradoxes. Pendant sa carrière, elle est licenciée par l'entreprise publique qui l'emploie, parce qu'elle s'absente trop souvent pour s'entraîner et concourir. Elle est pourtant, au même moment, une championne honorée par l'État.

Un moment légendaire

Barcelone, 8 août 1992. Hassiba Boulmerka n'est arrivée en Espagne que la veille de ses courses, par un long détour via Oslo, en Norvège. Pour aller au stade, elle est escortée par des policiers armés. Ils sont partout, dans les vestiaires, et l'accompagnent jusqu'aux toilettes.

La finale part à la tombée du jour. La Russe Lyudmila Rogatcheva mène, Boulmerka collée à son épaule. Juste avant le dernier virage, l'Algérienne passe devant. Elle ne sera plus rejointe. En franchissant la ligne, elle lève le poing. Elle a expliqué plus tard ce que voulait dire ce geste (traduit de l'anglais) : « J'ai réussi ! J'ai gagné ! Et maintenant, si vous me tuez, ce sera trop tard. J'ai fait l'histoire ! »

Sur le podium, elle essaie de retenir ses larmes, sans y parvenir : ce sont, dit-elle, les larmes de tous les sacrifices.

Pourquoi c'est une légende

Parce qu'elle a donné à l'Algérie sa première médaille d'or olympique, et qu'elle est devenue le symbole de ce qu'elle appelait « l'Algérie qui gagne ». Selon elle, sa médaille « a donné une bouffée d'oxygène à toutes les femmes algériennes », et beaucoup de jeunes filles se sont mises à l'athlétisme après sa victoire.

Elle-même refusait d'être un symbole politique. Après la course, les questions des journalistes sur la situation de son pays l'agaçaient : elle se décrivait comme « un petit bout de femme » qui avait fait ce qu'elle devait faire. Après sa carrière, elle a créé sa propre entreprise, où travaillent environ 150 personnes, en majorité des femmes.

Zones d'ombre et débats

Courir sous la menace. Au début des années 1990, l'Algérie bascule dans la violence. En 1992, après des élections avortées, commence une guerre civile très meurtrière entre les forces de sécurité et des groupes islamistes armés.

Hassiba Boulmerka devient une cible. Elle a raconté qu'un vendredi, à la prière, l'imam de la mosquée de son quartier a déclaré qu'elle n'était pas musulmane, parce qu'elle avait couru en short, bras et jambes nus. Elle et sa famille reçoivent des menaces de mort, et des inscriptions la traitent de traîtresse. Elle vivra sous protection policière jusqu'en 2007 et devra un temps s'exiler, notamment à Cuba.

Ces menaces venaient de groupes radicaux : elle-même est musulmane, et des millions d'Algériens ont fêté sa victoire. Elle a résumé ce paradoxe : d'un côté, une foule heureuse ; de l'autre, des fanatiques qui la menaçaient de mort. Elle n'a jamais voulu quitter l'Algérie pour de bon.

Ce qu'on peut en retenir

  • Une victoire se prépare aussi dans la tête : gérer le stress fait partie de l'entraînement.
  • Le courage, c'est parfois simplement continuer à faire ce qu'on aime malgré la peur.
  • Les actes de quelques fanatiques ne disent rien de tout un peuple ni de toute une religion.
  • Une championne peut ouvrir la voie : des jeunes filles se sont mises à courir après elle.

Le savais-tu ?

  • Un petit escargot de mer porte son nom : Gibberula boulmerkae.
  • Aux Jeux de Barcelone, des policiers l'accompagnaient partout, jusqu'aux toilettes.
  • Après son titre mondial de 1991, elle a traversé Alger en voiture découverte avec l'athlète Noureddine Morceli, au milieu de milliers de supporters.

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