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Gandhi, meneur de la lutte non violente pour l’indépendance de l’Inde

Avocat devenu chef politique, Mohandas Gandhi a fait de la désobéissance non violente une arme de masse, d'abord contre les lois racistes d'Afrique du Sud, puis contre la domination britannique en Inde. Il reste une référence mondiale de la non-violence ; ses propos racistes de jeunesse sur les Africains, sa position sur les castes et certaines de ses pratiques personnelles sont aussi discutés.

13-18 ans

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Gandhi vers 1930.Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2 octobre 1869 à Porbandar, une petite principauté de l'ouest de l'Inde, dans l'actuel État du Gujarat. Son père en est le premier ministre, sa mère est une hindoue très pieuse. On l'appellera plus tard Mahatma, un titre d'honneur qui veut dire « grande âme », et en Inde Bapu, « papa ».

L'Inde de son enfance est une colonie de l'Empire britannique, qui englobe aussi les actuels Pakistan et Bangladesh. À dix-huit ans, Gandhi part étudier le droit à Londres. Revenu avocat en 1891, il peine à trouver du travail. En 1893, il accepte un contrat d'un an auprès d'un commerçant indien de Durban, en Afrique du Sud. Il y restera vingt et un ans.

Il meurt assassiné à Delhi le 30 janvier 1948, par un militant nationaliste hindou qui lui reprochait d'être trop favorable aux musulmans.

Ce qu'il a accompli

  • En Afrique du Sud, il organise la communauté indienne contre des lois racistes et y invente sa méthode, la satyagraha, « force de la vérité » : désobéir à une loi injuste, sans violence, et accepter la punition.
  • Revenu en Inde en 1915, il transforme le Congrès national indien, un parti de notables, en un mouvement de masse qui touche les villages.
  • Il mène de grandes campagnes : boycott des produits britanniques, puis la marche du sel en 1930.
  • Il se bat pour l'entente entre hindous et musulmans et contre l'exclusion des « intouchables », placés tout en bas du système des castes.
  • L'Inde devient indépendante le 15 août 1947, mais coupée en deux États, l'Inde et le Pakistan, ce qu'il n'a pas voulu.

Comment

En partant d'une humiliation. En juin 1893, pendant un voyage vers Pretoria, un passager blanc refuse de partager un compartiment de première classe avec un Indien. Gandhi, qui a pourtant payé son billet, est jeté hors du train à Pietermaritzburg.

En inventant une méthode. En 1906, le Transvaal veut obliger les Indiens à se faire enregistrer comme des suspects. Gandhi appelle à refuser la loi, sans violence, et à accepter la prison. Il met des années à roder sa méthode : arrestations, négociations avec le général Jan Smuts, promesses rompues, certificats brûlés en public. En 1913, des milliers d'Indiens, mineurs, femmes et enfants compris, marchent avec lui pour défier une loi sur l'immigration.

En vivant comme il parle. Il fonde des communautés où chacun travaille la terre et partage tout, comme la colonie de Phoenix, près de Durban, en 1904. En Inde, il file lui-même le coton au rouet et porte un simple pagne : l'Inde peut se passer des tissus anglais, et le chef vit comme les plus pauvres.

En choisissant un symbole que tout le monde comprend. Le sel est taxé par les Britanniques, qui en ont le monopole. En mars 1930, Gandhi part à pied vers la mer avec près de quatre-vingts volontaires : plus de trois semaines de marche jusqu'à Dandi, où il ramasse du sel pour enfreindre la loi. Le geste est repris dans tout le pays, et plus de 60 000 Indiens acceptent la prison pour avoir fabriqué du sel.

En s'arrêtant quand la violence déborde. En 1919, quand des manifestations tournent à l'émeute, puis en 1922, quand des manifestants tuent des policiers, il suspend lui-même ses campagnes. Beaucoup de ses alliés lui en veulent. Pour lui, une victoire obtenue par la violence n'en est pas une.

En payant de sa personne. Il passe au total plusieurs années en prison, en Afrique du Sud puis en Inde. Il se sert du jeûne comme d'une arme politique, jusqu'à mettre sa vie en danger, pour arrêter des tueries entre hindous et musulmans en 1947 et en janvier 1948.

Avec d'autres. Sa femme Kasturba partage ses combats et ses prisons ; elle meurt en détention en 1944. L'homme politique Gopal Krishna Gokhale vient le soutenir en Afrique du Sud. En Inde, Jawaharlal Nehru, futur Premier ministre, est son plus proche allié. Et rien ne se fait sans des dizaines de milliers de volontaires anonymes qui marchent, boycottent et remplissent les prisons.

Gandhi à Dandi, sur la côte du Gujarat, en avril 1930, au terme de la marche du sel : il se penche pour ramasser du sel, ce que la loi britannique interdit.Auteur inconnu · Domaine public · Wikimedia Commons

Ce que l'on sait, ce que l'on raconte

Gandhi a énormément écrit : une autobiographie, des journaux qu'il dirigeait, comme Indian Opinion en Afrique du Sud, et des milliers de lettres. On le connaît donc d'abord par lui-même, et il raconte sa vie comme un chemin moral, ce qui oblige à la prudence.

L'épisode du train vient de ses souvenirs, écrits bien plus tard ; il est confirmé dans ses grandes lignes, mais l'idée qu'une seule nuit a tout décidé est une manière de raconter.

Beaucoup de phrases célèbres lui sont prêtées sans preuve. « Sois le changement que tu veux voir dans le monde » ne se trouve pas sous cette forme dans ses écrits, et « D'abord ils vous ignorent, puis ils se moquent de vous... » n'a aucune source sûre. En revanche, l'ONU cite comme étant de lui cette phrase : « La non-violence est la plus grande force à la disposition de l'humanité. »

Zones d'ombre et débats

Des propos racistes sur les Africains. Jeune homme en Afrique du Sud, Gandhi défendait les droits des Indiens, pas ceux des Noirs. Dans ses premiers écrits, il désigne les Noirs sud-africains par une insulte raciste et dit les Indiens « infiniment supérieurs ». Ses idées ont évolué ensuite, mais ces textes existent. En 2018, une statue de Gandhi a été retirée du campus de l'université du Ghana, à Accra, après une pétition d'enseignants qui le jugeaient raciste.

Aux côtés de l'Empire. Pendant la guerre des Boers, puis lors de la répression d'une révolte zouloue en 1906, il organise des brancardiers indiens au service des Britanniques, pour prouver la loyauté des Indiens. En 1918, il recrute même des soldats pour la Première Guerre mondiale.

Les castes. Gandhi combat l'intouchabilité, mais longtemps sans remettre en cause le système des castes lui-même. En 1932, en prison, il jeûne contre un projet qui donnait aux intouchables des électeurs séparés. Le juriste B. R. Ambedkar, né intouchable et futur rédacteur de la Constitution indienne, cède pour lui sauver la vie, et lui reprochera d'avoir parlé à la place des premiers concernés.

Un homme dur avec les siens. Il impose ses règles de vie à sa femme et à ses enfants ; son fils aîné a rompu avec lui. À la fin de sa vie, pour éprouver son vœu de chasteté, il fait dormir près de lui de jeunes femmes de son entourage, dont sa petite-nièce. Ces « expériences » choquaient déjà ses proches et restent très critiquées.

Un saint ou un politique ? En 1937, le conseiller du comité Nobel le décrivait comme « souvent un Christ, puis soudain un simple politicien ». Le dirigeant musulman Muhammad Ali Jinnah lui reprochait de mêler la religion hindoue à la politique. Les historiens discutent encore de sa part dans l'échec de l'unité entre hindous et musulmans.

Pourquoi on s'en souvient

En Inde, il est appelé « père de la nation », et le 2 octobre est un jour férié. Depuis 2007, l'ONU fait de cette date la Journée internationale de la non-violence. Aux États-Unis, Martin Luther King disait que la méthode de Gandhi était la seule moralement et pratiquement juste pour les opprimés. En Afrique du Sud, ses années de lutte contre les lois racistes font partie de l'histoire du pays.

Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui

  • La non-violence n'est pas la passivité. Elle demande de l'organisation, de la discipline et le courage d'accepter la prison.
  • Un geste simple peut rassembler un peuple. Ramasser une poignée de sel était à la portée de tous.
  • Savoir s'arrêter est aussi une force. Suspendre une campagne qui dérape coûte cher, mais protège la cause.
  • Admirer n'oblige pas à tout approuver. Le même homme a porté un combat universel et tenu, jeune, des propos racistes contre les Africains.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Gandhi a été proposé cinq fois pour le prix Nobel de la paix, la dernière fois quelques jours avant sa mort en 1948, et ne l'a jamais reçu.
  • Venu en Afrique du Sud en 1893 pour un contrat d'un an, Gandhi y est resté vingt et un ans.
  • En 1959, Martin Luther King a passé cinq semaines en Inde pour rencontrer la famille de Gandhi et des militants de la non-violence.

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