Qui, quand, où
Francina Elsje Koen, que tout le monde appelle Fanny, naît le 26 avril 1918 à Baarn, aux Pays-Bas. Son père, un fermier qui pratique lui-même le lancer du poids et du disque, l'emmène aux compétitions et l'encourage. Après son mariage avec Jan Blankers, elle ajoute le nom de son mari au sien : Blankers-Koen.
Son sport, l'athlétisme, réunit des courses, des sauts et des lancers. Fanny sait presque tout faire : le sprint (les courses les plus courtes, à pleine vitesse), les haies (une course où il faut franchir des barrières), le saut en hauteur et le saut en longueur. Elle meurt le 25 janvier 2004, à quatre-vingt-cinq ans.
Ses exploits
- Jeux de Londres, 1948 : quatre médailles d'or, au 100 mètres, au 200 mètres, au 80 mètres haies et au relais 4 x 100 mètres.
- C'est le plus grand nombre de titres d'athlétisme gagnés par une femme aux mêmes Jeux, un record que le Guinness World Records lui attribue toujours en 2026.
- Six records du monde entre 1942 et 1944, en pleine guerre, dont ceux du saut en hauteur et du saut en longueur.
- Cinq titres de championne d'Europe, en 1946 et en 1950.
- En 1999, la Fédération internationale d'athlétisme l'élit meilleure athlète féminine du XXe siècle.
Comment
Malgré la guerre. En 1938, elle bat son premier record du monde, et les journaux néerlandais la voient déjà briller aux Jeux de 1940. Mais la Seconde Guerre mondiale éclate : les Jeux de 1940 et de 1944 sont annulés, et les Pays-Bas sont occupés par l'armée allemande de 1940 à 1945. Pendant l'hiver 1944-1945, la famine frappe le pays. Fanny continue pourtant à s'entraîner et à battre des records.
Avec un entraîneur à ses côtés. Jan Blankers, ancien sauteur olympique, est son entraîneur. Il devient son mari en 1940. C'est lui qui la pousse à continuer quand elle doute.
En s'organisant. Après la naissance de son deuxième enfant, en 1945, elle reprend l'entraînement : deux séances de deux heures par semaine, ce qui est très peu comparé aux champions d'aujourd'hui. Elle emmène ses enfants au stade, dans le panier de son vélo.
Contre les critiques. Avant les Jeux de 1948, elle reçoit beaucoup de lettres : elle devrait rester chez elle avec ses enfants, elle ne devrait pas courir en short. Un journaliste écrit qu'elle est trop vieille. À cela s'ajoute une règle : une femme ne peut disputer que trois épreuves individuelles. Elle doit renoncer au saut en hauteur et au saut en longueur, dont elle détient pourtant les records du monde.
Un moment légendaire
Londres, août 1948. Il pleut, la piste de cendrée est lourde. Fanny a déjà gagné le 100 mètres. En finale du 80 mètres haies, elle part mal, heurte la cinquième haie et termine au coude à coude avec la Britannique Maureen Gardner. Elle se penche si bas sur la ligne que le fil d'arrivée lui entaille le cou. Elle a gagné.
Épuisée, elle veut abandonner le 200 mètres et pleure dans les vestiaires. Son mari lui dit qu'elle peut rentrer, mais qu'elle le regrettera. Elle court, et gagne avec sept dixièmes de seconde d'avance.
Reste le relais. Elle arrive en retard au stade, après avoir passé trop de temps à choisir un imperméable dans un magasin. Quand elle reçoit le bâton, pour la dernière portion de 100 mètres, son équipe n'est que quatrième. À quelques mètres de la ligne, elle passe en tête. Quatrième médaille d'or.
Pourquoi c'est une légende
Parce qu'elle a fait tomber, en une semaine, trois idées reçues de son temps : qu'une femme de trente ans est trop vieille pour gagner, qu'une mère doit renoncer au sport, et que le sport féminin compte moins. On la surnomme alors « la ménagère volante », un surnom qu'on juge aujourd'hui condescendant.
Aux Pays-Bas, elle est considérée comme la plus grande sportive de l'histoire du pays. Une statue la représente à Amsterdam.
Ce qu'on peut en retenir
- On n'est pas « trop vieux » quand on a travaillé : elle gagne quatre titres à trente ans.
- Être mère et championne n'est pas incompatible, même si son époque prétendait le contraire.
- Un entourage qui croit en vous aide à passer les moments de doute.
- Une règle injuste (trois épreuves au plus) peut limiter une championne, pas l'effacer.
Pour aller plus loin
- Les Jeux olympiques : d'où ils viennent, ce qu'ils sont devenus
- Le sport féminin : ce qui freine, ce qui change
- Les deux guerres mondiales, pour comprendre pourquoi il n'y a pas eu de Jeux en 1940 et en 1944.
Le savais-tu ?
- En 1936, à Berlin, Fanny a obtenu un autographe de Jesse Owens. Quand elle l'a revu en 1972, il lui a répondu qu'elle n'avait pas besoin de se présenter : il savait tout d'elle.
- Avant la finale du relais, elle a failli arriver en retard : elle avait passé trop de temps à choisir un imperméable.
- À son retour, les habitants d'Amsterdam lui ont offert un vélo.
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