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Compère Lapin et le bonhomme de goudron, un conte des Antilles et de Louisiane

Un lapin voleur, un piège tout collant en forme de petit bonhomme, et une ruse finale restée célèbre : « Faites-moi tout ce que vous voulez, mais ne me jetez pas dans les ronces ! » Compère Lapin, héros des contes créoles des Antilles, d'Haïti et de Louisiane, descend directement du lièvre rusé des contes d'Afrique.

8-12 ans

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Compère Lapin et le bonhomme de goudron, un conte des Antilles et de Louisiane

L'histoire

Il fait très chaud et l'eau est rare. Le roi des animaux possède un puits, mais il a interdit à Compère Lapin d'y boire, car Lapin lui a déjà joué trop de mauvais tours. Lapin s'en moque : chaque nuit, en cachette, il vient remplir sa calebasse. Personne n'arrive à le prendre.

Deux de ses ennemis, le Docteur Singe et Bourriquet, l'âne, ont une idée. Ils fabriquent un petit bonhomme en goudron, tout noir et tout collant, et le posent sur le sentier, près de l'eau.

La première nuit, Lapin voit une forme noire, la regarde longtemps, et rentre se coucher. La deuxième nuit, une grenouille saute dans l'eau, plouf !, et Lapin s'enfuit en deux bonds. Mais il finit par revenir. « Pousse-toi de mon chemin ! » dit-il au bonhomme. Le bonhomme ne répond rien. « Tu ne veux pas répondre ? » Lapin lui donne une gifle : sa main reste collée. Il frappe de l'autre main : collée aussi. Un coup de pied, puis l'autre : les deux pattes restent prises. Furieux, il donne un coup de tête... et le voilà collé tout entier.

Au matin, ses ennemis le trouvent et l'emmènent devant le roi, qui le condamne. On discute de la punition. Lapin se met alors à supplier : « Faites-moi tout ce que vous voudrez, mais par pitié, ne me jetez pas dans les ronces ! Les épines me déchireraient, les guêpes me piqueraient ! » Ses ennemis, ravis de le voir trembler, ne veulent plus qu'une chose : le jeter dans les ronces. Un, deux, trois... hop !

Lapin tombe au milieu des buissons d'épines, s'assied, se frotte le nez, secoue les oreilles et éclate de rire : « Merci à tous ! C'est ici que ma mère m'a mis au monde. Je suis chez moi, et personne ne viendra m'y chercher ! »

La version de Louisiane mêle à l'histoire une fille du roi amoureuse de Lapin ; cette fiche simplifie le récit.

D'où vient ce récit

Compère Lapin (Konpè Lapen en créole) est le héros de centaines de contes en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane et en Louisiane. En Haïti, son équivalent s'appelle Ti Malice, toujours accompagné de son compère naïf, Bouki, dont le nom vient du mot wolof qui veut dire « hyène ».

Ces contes sont nés de la rencontre entre les récits apportés d'Afrique par les personnes déportées pendant la traite et les contes venus d'Europe. Le lièvre rusé d'Afrique de l'Ouest, comme Leuk, est devenu lapin dans les Amériques. Les contes se disaient le soir, à la veillée, souvent commencés par la formule « Cric ! », à laquelle le public répond « Crac ! ».

En 1895, le professeur Alcée Fortier a publié en Louisiane ce conte du « Ti Bonhomme Godron », en créole avec sa traduction anglaise. Aux États-Unis, Joel Chandler Harris avait publié dès 1880 une histoire voisine, celle du Tar-Baby et de Brer Rabbit. Son livre a fait connaître le conte dans le monde entier, mais il est aujourd'hui discuté : Harris, un journaliste blanc, a mis ces contes afro-américains dans la bouche d'un vieil esclave idéalisé, une image que beaucoup jugent blessante.

Ce que dit ce récit

Le conte fait rire de deux façons. D'abord, Lapin se fait prendre à cause de sa colère : il frappe un bonhomme qui ne lui a rien fait, et plus il s'énerve, plus il est collé. Ensuite, il s'en sort par la parole, en faisant croire le contraire de ce qu'il veut.

Pour les personnes réduites en esclavage qui racontaient ces histoires, le petit lapin qui échappe aux puissants par la ruse avait un sens fort : quand on n'a pas la force, il reste l'intelligence.

Ses cousins dans le monde

  • Au Ghana, l'araignée Anansi se colle elle aussi à une poupée enduite de gomme.
  • À Zanzibar, un conte rapporté en 1870 parle d'un lièvre qui refuse de creuser le puits commun mais vient y boire en cachette.
  • En Malaisie et en Indonésie, Sang Kancil est un autre petit malin.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Dans les veillées des Antilles, le conteur lance « Cric ! » et le public répond « Crac ! » pour montrer qu'il écoute.
  • En Haïti, le compère naïf de Ti Malice s'appelle Bouki, du mot wolof qui veut dire « hyène ».
  • Alcée Fortier a publié en 1895, en créole de Louisiane, le conte du « Ti Bonhomme Godron ».

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