Un métier, pas une autorité magique
Les personnes qui font les dictionnaires s'appellent des lexicographes. Leur travail ressemble à celui d'un naturaliste : observer, collecter, classer, décrire.
Il existe plusieurs sortes de dictionnaires, et ils ne poursuivent pas le même but.
- Les dictionnaires d'usage décrivent la langue telle qu'elle est employée. Le Petit Robert et le Petit Larousse en France, Usito au Québec.
- Le Dictionnaire de l'Académie française dit plutôt l'usage que l'Académie recommande. Sa neuvième édition a demandé plusieurs décennies de travail.
- Les dictionnaires étymologiques ne définissent pas : ils racontent l'origine des mots. Le portail du CNRTL, en France, en met plusieurs à disposition gratuitement.
- Les bases terminologiques couvrent un domaine technique. TERMIUM Plus, au Canada, sert aux traducteurs de l'administration.
D'où viennent les mots collectés
Aujourd'hui, le travail part de grands ensembles de textes appelés corpus : journaux, livres, transcriptions d'émissions, pages web, parfois messages publics.
Des programmes y comptent les mots, repèrent les formes nouvelles et les mesurent : depuis quand ce mot apparaît-il ? dans combien de sources différentes ? chez des locuteurs de plusieurs pays ? avec un sens stable ?
Ensuite seulement un humain décide. La machine trouve les candidats ; elle ne choisit pas.
Les critères d'entrée d'un mot
Un mot entre généralement quand il réunit plusieurs conditions :
- Il est employé depuis plusieurs années, pas quelques mois.
- Il apparaît dans des sources variées, pas dans un seul milieu.
- Son sens est stable et se laisse définir.
- Un lecteur peut le rencontrer et avoir besoin de le chercher.
Ce dernier point est décisif, et il est souvent mal compris : un dictionnaire enregistre aussi des mots grossiers, familiers ou régionaux. Les enregistrer n'est pas les recommander : c'est permettre à quelqu'un qui les rencontre de savoir ce qu'ils signifient et dans quel contexte ils s'emploient.
Ce que les dictionnaires ne racontent pas de la même façon
Comparer plusieurs dictionnaires sur un même mot est un excellent exercice de pensée critique. Les différences ne sont pas des erreurs : elles révèlent des choix.
Un dictionnaire québécois documentera abondamment les usages du Canada francophone qu'un dictionnaire européen mentionnera à peine, et inversement. Les mots du français d'Afrique, nombreux, employés par des dizaines de millions de personnes, sont encore inégalement traités, et des travaux universitaires africains s'emploient à les recenser.
Cela veut dire qu'un dictionnaire porte le point de vue de l'endroit où il a été fabriqué. Le savoir change la façon de le lire.
Une définition, comment c'est écrit
Une bonne définition suit des règles précises :
- Elle place le mot dans une catégorie plus large : « le manioc est une plante… ».
- Elle ajoute ce qui le distingue des autres membres de cette catégorie : « … dont on consomme la racine et les feuilles ».
- Elle n'emploie pas le mot lui-même, sinon elle tourne en rond.
- Elle utilise des mots plus simples que celui qu'elle définit.
Essaie sur un mot que tu connais bien : c'est beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît, et c'est un excellent entraînement à la précision.
Qui décide, finalement ?
Personne, complètement. Les dictionnaires enregistrent, les académies recommandent, les écoles enseignent, les écrivains osent, mais ce sont les locuteurs qui tranchent, en employant ou en abandonnant un mot.
Une langue n'a pas de comité de direction. C'est ce qui la rend imprévisible, et vivante.
Le savais-tu ?
- Les dictionnaires partent aujourd'hui de « corpus » : d'énormes ensembles de textes où des programmes repèrent les mots nouveaux et comptent leurs emplois.
- Un dictionnaire qui enregistre un mot grossier ne le recommande pas : il permet à celui qui le rencontre de savoir ce qu'il veut dire.
- Une définition ne doit jamais contenir le mot qu'elle définit, sinon elle tourne en rond sans rien apprendre.
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