Un fils de tisserand devenu marin
Christophe Colomb naît en 1451 à Gênes, une ville marchande de l'Italie actuelle. Son père est tisserand et tient une taverne. Colomb n'est ni noble ni savant de formation : il apprend la mer en naviguant.
Vers 20 ans, il a déjà une solide expérience de marin. Vers 1476, il s'installe au Portugal, l'une des grandes puissances maritimes d'Europe, qui explore les côtes de l'Afrique. Il y épouse une femme de la noblesse portugaise et navigue le long des côtes de l'Afrique de l'Ouest. Il lit beaucoup : le livre de Marco Polo, des cartes et des traités de géographie.
Un projet fondé sur une erreur
À cette époque, les marchands d'Europe veulent se procurer les épices et la soie d'Asie sans passer par de nombreux intermédiaires. Les Portugais cherchent à contourner l'Afrique par le sud. Colomb propose autre chose : aller vers l'Asie en naviguant vers l'ouest.
Contrairement à une légende tenace, les savants de son temps savaient que la Terre est ronde. Le problème, c'est que Colomb la croyait beaucoup plus petite qu'elle ne l'est. Il estimait qu'environ 3 700 kilomètres séparaient les îles Canaries du Japon ; la distance réelle est environ cinq fois plus grande.
Vers 1484, les experts du roi du Portugal refusent son projet : ses distances sont trop courtes. Ils avaient raison. Selon certains récits, il se serait aussi adressé à Gênes et à Venise, sans succès. Les souverains d'Espagne, Isabelle et Ferdinand, disent d'abord non.
Le voyage de 1492
Le 17 avril 1492, les souverains espagnols acceptent enfin. Ils promettent à Colomb le titre d'amiral, le gouvernement des terres qu'il trouvera et un dixième des richesses rapportées.
Le 3 août 1492, trois navires, la Niña, la Pinta et la Santa María, quittent l'Espagne avec environ 90 hommes. Depuis les îles Canaries, les alizés, des vents réguliers qui soufflent vers l'ouest, les poussent à travers l'océan : la traversée dure 36 jours.
Le 12 octobre 1492, ils abordent une île des Bahamas que ses habitants appellent Guanahani. Colomb la rebaptise San Salvador et la déclare propriété de l'Espagne. Ses habitants, les Lucayens, sont proches des Taïnos, qui peuplent les grandes îles voisines. Persuadé d'être arrivé aux « Indes », c'est-à-dire en Asie, Colomb les appelle « Indiens ».
Pour rentrer, il remonte vers le nord, où des vents d'ouest le ramènent vers l'Europe. Il fera en tout quatre voyages (1492, 1493, 1498 et 1502). Il meurt le 20 mai 1506 à Valladolid, en Espagne, toujours convaincu d'avoir atteint l'Asie.
Comment il y est arrivé
- L'obstination. Il a cherché un soutien pendant environ huit ans, malgré les refus successifs.
- Un vrai savoir de marin. Partir des Canaries, plus au sud, pour profiter des alizés à l'aller, puis remonter vers le nord pour trouver les vents d'ouest au retour : c'est ce choix qui a rendu l'aller-retour possible.
- L'expérience portugaise. Il a appris la navigation hauturière, loin des côtes, sur les routes des marins portugais le long de l'Afrique.
- La chance. Son erreur de calcul aurait dû condamner l'expédition : sans un continent inconnu des Européens au milieu de la route, ses navires auraient manqué d'eau et de vivres bien avant l'Asie.
Ce que la légende oublie
« Découvrir » n'est pas le bon mot. Les terres qu'il atteint sont habitées, et le continent américain compte des millions d'habitants, des Caraïbes aux Andes. Et des Européens y étaient déjà venus : des Vikings partis du Groenland vivaient à L'Anse aux Meadows, sur l'île de Terre-Neuve, au Canada, en 1021, soit 471 ans avant Colomb.
La violence et l'esclavage commencent avec lui. Dès son arrivée, il note dans son journal que les habitants feraient de bons serviteurs, et il en fait saisir plusieurs. En 1495, sur l'île d'Hispaniola (aujourd'hui partagée entre Haïti et la République dominicaine), environ 1 600 Taïnos sont capturés ; 550 sont envoyés en Espagne pour y être vendus, et beaucoup meurent pendant la traversée. En 1497, Colomb met en place un système qui attribue des groupes d'habitants aux colons comme main-d'œuvre forcée. Les révoltes sont réprimées avec une grande brutalité.
Il est destitué de son vivant. En 1500, un envoyé des souverains espagnols, Francisco de Bobadilla, enquête sur les plaintes venues de l'île, arrête Colomb et le renvoie en Espagne. Les souverains le libèrent, mais il perd le gouvernement de l'île.
Un peuple presque anéanti. On ne sait pas combien de Taïnos vivaient à Hispaniola en 1492 : les estimations des historiens varient énormément. Mais on sait qu'il en restait environ 60 000 en 1508, et 11 000 en 1518. Les causes s'additionnent : des maladies venues d'Europe, comme la variole et la rougeole, contre lesquelles ils n'avaient aucune défense, le travail forcé, la violence et la faim. Colomb n'est pas le seul responsable, d'autres gouverneurs et colons ont poursuivi et aggravé ce système, mais c'est lui qui l'a mis en place.
Vers la traite des Africains. À mesure que les peuples autochtones disparaissaient, les colons ont fait venir des Africains réduits en esclavage pour les remplacer dans les mines et les plantations. Pour comprendre cette tragédie : la traite transatlantique.
Une mémoire disputée. Pendant longtemps, Colomb a été présenté comme un héros. Aujourd'hui, son image divise. Depuis les années 1990, plusieurs villes des États-Unis célèbrent une Journée des peuples autochtones en octobre, à la place ou à côté du jour de Colomb. Les historiens, eux, cherchent à tenir les deux vérités ensemble : un navigateur audacieux et le début d'une colonisation dévastatrice.
Ce qu'il a laissé
- Un monde relié. Après 1492, les deux rives de l'Atlantique ne se sont plus jamais perdues de vue.
- L'« échange colombien ». C'est le nom donné en 1972 par l'historien Alfred Crosby aux plantes, aux animaux et aux maladies qui ont traversé l'océan. Le maïs, la pomme de terre, la tomate et le cacao sont partis des Amériques vers l'Europe, l'Afrique et l'Asie ; le blé, les chevaux et les vaches ont fait le chemin inverse. Le manioc, venu d'Amérique du Sud, est devenu un aliment de base en Afrique centrale.
- Une leçon pour juger le passé. Une prouesse peut être réelle et ses conséquences terribles. Pour en parler justement, il faut des faits, pas des légendes, dans un sens comme dans l'autre.
Le savais-tu ?
- Colomb est mort en 1506 persuadé d'avoir atteint l'Asie : il n'a jamais compris qu'il avait abordé un continent inconnu des Européens.
- Des Vikings venus du Groenland vivaient au Canada en 1021, 471 ans avant Colomb. La date a été trouvée grâce aux cernes du bois qu'ils avaient coupé, marqués par une tempête solaire de l'an 993.
- Les experts du roi du Portugal ont refusé le projet de Colomb non parce qu'ils croyaient la Terre plate, mais parce qu'ils trouvaient ses distances bien trop courtes. Ils avaient raison.
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