Qui, quand, où
Christine de Pizan, qu'on écrit aussi Christine de Pisan, naît vers 1364 à Venise, en Italie. Elle meurt vers 1430, probablement à Poissy, près de Paris, en France.
Quand elle a environ quatre ans, sa famille s'installe à Paris. Son père, Thomas de Pizan, est médecin et astrologue du roi de France Charles V. Christine grandit à la cour, dans une maison où l'on aime les livres, et elle apprend beaucoup, ce qui est rare pour une fille à cette époque.
C'est le temps de la guerre de Cent Ans entre les rois de France et d'Angleterre. C'est aussi un temps où l'on écrit partout que les femmes sont inférieures aux hommes.
Ce qu'elle a accompli
- Elle est la première femme connue en Europe à vivre de sa plume, c'est-à-dire à gagner sa vie en écrivant.
- Elle écrit plus de trente œuvres : des poèmes, des livres d'histoire, de morale, de politique, et même un livre sur la guerre.
- Vers 1405, dans La Cité des dames, elle défend les femmes en racontant la vie de femmes courageuses et savantes.
- Elle dirige la fabrication de ses livres, copiés à la main et décorés, et les offre aux princes et aux reines.
- En 1429, elle écrit un poème en l'honneur de Jeanne d'Arc, alors que Jeanne est encore vivante.
Comment
En affrontant le malheur. À quinze ans, elle épouse Étienne du Castel, un secrétaire du roi. Elle est heureuse en ménage. Mais son père meurt, puis son mari, vers 1390, d'une épidémie. À 25 ans, elle se retrouve seule avec trois enfants, sa mère et une nièce, et des dettes. Pendant des années, elle court les tribunaux pour récupérer l'argent qu'on doit à sa famille.
En faisant de l'écriture un métier. Elle commence par des poèmes d'amour, à la mode. Ils plaisent. Elle écrit plus, et sur tout. Elle se compare à quelqu'un que le malheur aurait « transformé en homme », car écrire pour vivre était alors un travail d'homme.
En osant contredire. En 1401-1402, elle critique un livre très admiré, le Roman de la Rose, qui se moque des femmes. De savants hommes lui répondent ; elle leur tient tête par écrit. C'est l'un des premiers grands débats littéraires sur l'image des femmes.
En construisant une ville imaginaire. Dans La Cité des dames, trois dames nommées Raison, Droiture et Justice l'aident à bâtir une ville dont chaque pierre est une femme remarquable : reines, savantes, artistes. Elle y répond à ceux qui disent que les femmes sont incapables d'apprendre : si on envoyait les filles à l'école, écrit-elle en substance, elles apprendraient aussi bien que les garçons.
Avec d'autres. Elle travaille avec des copistes et des peintres de Paris qui recopient et illustrent ses livres ; dans La Cité des dames, elle fait l'éloge d'une femme peintre de manuscrits, Anastaise. Des princes et des reines la soutiennent en achetant ses livres, comme le duc de Bourgogne, qui lui commande une vie du roi Charles V, ou la reine Isabeau de Bavière.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
On connaît bien Christine parce qu'elle parle d'elle-même dans ses livres : son enfance, son deuil, ses procès. C'est précieux, mais c'est son point de vue.
On a aussi ses manuscrits. Une cinquantaine sont sortis de son atelier parisien entre 1399 et 1418. Des chercheurs de l'université d'Édimbourg ont reconnu parmi leurs copistes une écriture qui est celle de Christine elle-même. Le plus beau est le « manuscrit de la reine », préparé vers 1413 pour Isabeau de Bavière, et conservé aujourd'hui à Londres.
Son poème sur Jeanne d'Arc commence par ces mots, en français du Moyen Âge :
Je, Christine, qui ay plouré XI ans en abbaye close
Elle dit ainsi avoir vécu onze ans retirée dans une abbaye, sans doute celle de Poissy, où sa fille était religieuse, depuis que la guerre l'avait fait quitter Paris en 1418.
Zones d'ombre et débats
Féministe ? Le mot n'existait pas à son époque. Christine défend la valeur et l'intelligence des femmes, mais elle ne demande pas l'égalité des droits telle qu'on l'entend aujourd'hui. Les historiens discutent pour savoir s'il faut l'appeler « féministe » ou si c'est lui prêter les idées d'un autre siècle.
Une défenseuse de l'ordre établi. Elle pense que chacun doit rester à la place où il est né, roi, noble ou paysan, et qu'un bon gouvernement doit garder cet ordre. Dans un livre de conseils aux femmes, elle recommande aux épouses de supporter avec patience un mari difficile.
Une femme de cour. Elle écrit pour des princes qui la paient. Elle les conseille parfois avec franchise, mais elle dépend de leur générosité, et cela se sent dans ses éloges.
Pourquoi on s'en souvient
Parce qu'elle a montré, il y a six cents ans, qu'une femme pouvait vivre de son travail d'écrivaine et prendre la parole dans les grands débats. Ses livres ont été traduits et recopiés en Europe dès le XVᵉ siècle. Longtemps oubliée, elle a été redécouverte au XXᵉ siècle, et on l'étudie aujourd'hui dans les universités du monde entier.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- Un coup dur peut ouvrir un chemin. C'est parce qu'elle devait nourrir sa famille qu'elle est devenue écrivaine.
- Apprendre change une vie. Elle a pu écrire parce qu'on l'avait laissée étudier, et elle a demandé la même chance pour toutes les filles.
- On peut contredire les savants. À condition d'argumenter, par écrit, avec des exemples.
- Une personne peut être en avance sur une idée et de son temps sur une autre. Elle défendait les femmes, mais pas l'égalité entre les gens de naissance différente.
Pour aller plus loin
- Jeanne d'Arc, la jeune fille à qui Christine a consacré son dernier poème.
- L'égalité filles-garçons, un combat dont elle fut l'une des premières voix.
- Apprendre à argumenter, l'art qu'elle a pratiqué contre les savants de son temps.
Le savais-tu ?
- Christine a copié elle-même certains de ses manuscrits : des chercheurs de l'université d'Édimbourg ont reconnu sa main parmi les copistes de son atelier.
- En janvier 1404, elle offre au duc de Bourgogne, pour la nouvelle année, un long poème de plus de 23 000 vers, Le Livre de la mutation de Fortune.
- Son dernier poème, écrit en juillet 1429, est consacré à Jeanne d'Arc : c'est l'un des très rares textes écrits sur Jeanne de son vivant.
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