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Caster Semenya, double championne olympique du 800 mètres

La Sud-Africaine Caster Semenya a été championne olympique du 800 mètres en 2012 et en 2016, et trois fois championne du monde. Depuis 2019, un règlement de World Athletics l'empêche de courir son épreuve sans traitement, et son combat devant les tribunaux, jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme, pose une question que le sport n'a pas fini de trancher.

13-18 ans

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Caster Semenya aux championnats d’Afrique d’athlétisme d’Asaba (Nigeria), en août 2018.Bob Ramsak · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Caster Semenya naît le 7 janvier 1991 à Ga-Masehlong, un village de la province du Limpopo, dans le nord de l'Afrique du Sud. Enfant, elle joue au football avec les garçons du village.

Son épreuve, le 800 mètres, se court en deux tours de piste. Il faut à la fois la vitesse d'un sprinteur et l'endurance d'un coureur de fond, et savoir choisir le bon moment pour accélérer.

Ses exploits

  • Championne olympique du 800 mètres aux Jeux de Londres en 2012 et de Rio en 2016. Le titre de 2012 lui a été attribué en 2017 : la Russe arrivée devant elle a été disqualifiée pour dopage.
  • Trois fois championne du monde du 800 mètres : 2009, 2011 (titre attribué après la même disqualification) et 2017. En 2017, elle gagne aussi une médaille de bronze sur 1 500 mètres.
  • Double championne du Commonwealth, sur 800 et 1 500 mètres, en 2018.

Comment

En courant très tôt au plus haut niveau. Elle a 18 ans quand elle devient championne du monde, à Berlin, en 2009.

En tenant bon face aux regards. Dès ce premier titre, sa vie privée est exposée sur la place publique (voir plus bas). Elle continue pourtant à courir et à gagner pendant dix ans.

En choisissant de se battre par le droit. Plutôt que de se taire, elle conteste devant les tribunaux les règles qui la visent, jusqu'en Europe. En 2023, elle raconte son histoire dans un livre de souvenirs, The Race to Be Myself (« La course pour être moi-même »).

Un moment légendaire

Berlin, août 2009, finale du 800 mètres des championnats du monde. Caster Semenya a 18 ans. Quelques heures avant la course, la fédération internationale annonce publiquement qu'elle a demandé un examen pour vérifier son sexe. La nouvelle fait le tour du monde, avec des commentaires blessants. Semenya court quand même la finale, et la gagne en améliorant son propre meilleur temps de l'année. Sa mère, Dorcus Semenya, la défend publiquement. Sa carrière est ensuite suspendue pendant onze mois ; en juillet 2010, la fédération l'autorise à reprendre la compétition. Sept ans plus tard, à Londres, elle est de nouveau championne du monde.

Pourquoi c'est une légende

Parce qu'elle a dominé le 800 mètres pendant des années, avec deux titres olympiques et trois titres mondiaux. Et parce que son nom est désormais attaché à un débat mondial sur l'accès des femmes au sport et sur les droits des athlètes. En 2025, la Cour européenne des droits de l'homme lui a en partie donné raison.

Zones d'ombre et débats

La règle. Caster Semenya présente des différences du développement sexuel (on dit souvent « DSD »), ce qui se traduit chez elle par un taux naturellement élevé de testostérone, une hormone. En 2019, World Athletics, la fédération internationale, impose aux athlètes dans ce cas de faire baisser ce taux par un traitement pour courir les épreuves du 400 mètres au mile (environ 1 600 mètres) chez les femmes. De 2011 à 2015, Semenya s'était déjà pliée à une règle comparable ; cette fois, elle refuse.

Les tribunaux. En 2019, le Tribunal arbitral du sport (TAS) reconnaît que la règle est « discriminatoire », mais il juge, à deux arbitres contre un, cette discrimination « nécessaire, raisonnable et proportionnée » pour protéger l'équité des courses féminines. En 2020, le Tribunal fédéral suisse confirme. En juillet 2023, une chambre de la Cour européenne des droits de l'homme estime, par quatre voix contre trois, que la Suisse ne l'a pas protégée contre une discrimination. L'affaire est renvoyée devant la Grande Chambre de la Cour, qui rend son arrêt le 10 juillet 2025 : elle ne retient pas la discrimination (cette partie de la plainte ne relevait pas de la Suisse), mais elle juge que Semenya n'a pas eu droit à un procès équitable, parce que la justice suisse n'a pas examiné son dossier avec la rigueur que demandaient des droits personnels aussi graves. L'affaire peut revenir devant le Tribunal fédéral suisse. L'arrêt ne change pas la règle de World Athletics.

Les positions. World Athletics affirme que ses recherches montrent un avantage injuste et qu'il faut protéger la catégorie féminine pour que les filles continuent à faire du sport. Semenya et ses soutiens, dont l'organisation Human Rights Watch, jugent ces règles discriminatoires, intrusives et scientifiquement contestées, et défendent, selon ses mots, le droit de « courir librement, comme nous sommes nées » (traduit de l'anglais). En mars 2026, le Comité international olympique a annoncé un test génétique pour les épreuves féminines des Jeux à partir de 2028 ; Semenya l'a qualifié de « manque de respect envers les femmes » (traduit de l'anglais). Le débat n'est pas clos.

Ce qu'on peut en retenir

  • Personne ne devrait voir son corps commenté publiquement : le respect de la dignité vaut pour tous les athlètes.
  • Une règle sportive peut être contestée devant la justice, et les juges eux-mêmes peuvent être partagés.
  • L'équité de la compétition et les droits de chaque personne sont deux valeurs importantes, qui entrent ici en tension.
  • On peut se battre pour ses droits sans renoncer à ce qu'on est.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Le titre olympique de 2012 n'a été attribué à Caster Semenya qu'en 2017, après la disqualification pour dopage de la coureuse arrivée devant elle.
  • Avant de devenir championne du monde, elle jouait au football dans l'équipe de son village, comme seule fille.
  • En 2023, elle a publié un livre de souvenirs intitulé The Race to Be Myself, « La course pour être moi-même ».

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