Qui, quand, où
Ashoka (on écrit aussi Asoka) est le troisième souverain de la dynastie maurya. Il règne à peu près de 268 à 232 avant notre ère (les dates exactes sont discutées) sur un empire qui couvre la plus grande partie de l'Inde, du Pakistan, du Bangladesh et de l'Afghanistan actuels. Sa capitale est Pataliputra, près de l'actuelle Patna, dans le nord-est de l'Inde. Son grand-père, Chandragupta, avait fondé la dynastie.
Dans ses inscriptions, il ne se nomme presque jamais Ashoka : il se fait appeler « Aimé des dieux, le roi Piyadasi ».
Son empire est immense et divers : on y parle de nombreuses langues, on y pratique plusieurs religions, et de puissants royaumes grecs, héritiers d'Alexandre le Grand, le bordent à l'ouest.
Ce qu'il a accompli
- Huit ans après son sacre, il conquiert le Kalinga, une région de la côte est de l'Inde (l'actuel Odisha). Puis il déclare renoncer aux conquêtes par les armes.
- Il fait graver sur des rochers et des piliers de pierre, dans tout son empire, des messages adressés à ses sujets : les édits.
- Il y défend une morale qu'il appelle le dhamma : respect des parents, des maîtres et des anciens, bienveillance envers les serviteurs, respect des autres religions.
- Il fait creuser des puits, planter des arbres le long des routes et organiser des soins pour les humains et pour les animaux.
- Il envoie des émissaires jusqu'aux rois grecs de l'époque, dont Ptolémée, qui règne en Égypte, et Magas, qui règne à Cyrène, dans l'actuelle Libye.
Comment
En regardant en face ce qu'il a fait. Dans l'un de ses édits, Ashoka donne lui-même le bilan de la guerre du Kalinga : 150 000 personnes déportées, 100 000 tuées, et bien davantage mortes ensuite. Il écrit que ces souffrances lui causent un profond regret. Un roi qui publie le prix humain de sa propre victoire, c'est une chose très rare dans l'Antiquité.
En parlant directement à ses sujets. L'historienne Nayanjot Lahiri souligne combien ce choix est inhabituel : il s'adresse à eux à la première personne, raconte les tournants de sa vie, dit ses regrets et ses souhaits. Les textes sont gravés près des routes, des villes et des frontières, dans les langues de chaque région : surtout des langues indiennes, en écriture brahmi, et même le grec et l'araméen dans l'actuel Afghanistan.
En traduisant ses idées pour chacun. Selon l'historienne Romila Thapar, son dhamma est d'abord une morale sociale, pensée pour faire vivre ensemble un empire de peuples très différents. Dans la version grecque, il emploie un mot grec qui signifie « piété » ou « vertu ». Il ne le présente pas comme l'enseignement d'un fondateur religieux.
En organisant l'État autour de ces idées. Il crée des fonctionnaires spéciaux chargés de faire connaître et respecter le dhamma. Il accorde aussi un délai de trois jours aux condamnés à mort, pour que leurs proches puissent demander leur grâce.
Avec d'autres. Ces messages n'existeraient pas sans les scribes qui les ont rédigés, les tailleurs de pierre qui les ont gravés et les fonctionnaires qui les ont lus à voix haute. Ashoka se dit aussi disciple laïc du bouddhisme, proche des communautés de moines, et la tradition bouddhiste lui prête des missionnaires, dont son fils Mahinda, qui aurait porté le bouddhisme au Sri Lanka.
Ce que l'on sait, ce que l'on raconte
Deux sortes de sources très différentes parlent de lui. Les premières sont ses propres inscriptions, gravées de son vivant : précieuses, mais c'est sa version. Les secondes sont des récits bouddhistes écrits plusieurs siècles plus tard, en Inde du Nord et au Sri Lanka, qui en font le roi idéal du bouddhisme.
Ces récits contiennent beaucoup de légendes : un « Ashoka le cruel » transformé en « Ashoka le juste », 84 000 monuments bouddhistes bâtis en une nuit, un royaume donné aux moines puis racheté par les ministres. Romila Thapar remarque qu'ils ne parlent presque pas de la guerre du Kalinga, alors que les inscriptions en font le tournant de son règne.
En Inde même, son souvenir s'était effacé. Il revient au XIXᵉ siècle : en 1837, l'orientaliste britannique James Prinsep déchiffre l'écriture brahmi à partir de ses inscriptions, et en 1915 la découverte d'un édit portant le nom « Asoka » confirme que le roi Piyadasi et l'Ashoka des chroniques sont bien la même personne.
Zones d'ombre et débats
Un converti ou un homme d'État ? Les historiens en discutent. Pour certains, la guerre du Kalinga provoque une conversion sincère. Pour d'autres, dont Romila Thapar, Ashoka est à la fois un bouddhiste et un souverain qui cherche à tenir un empire, et son dhamma sert aussi ce but. Lui-même décrit un rapprochement progressif avec le bouddhisme, pas un changement d'un seul coup.
Une non-violence avec des limites. Il n'a pas rendu le Kalinga. Il a gardé la peine de mort. Dans l'édit même où il dit son regret, il avertit les peuples des forêts qu'il a toujours le pouvoir de les punir. Et Thapar relève que cet édit de regret a été gravé partout, sauf au Kalinga : là, les inscriptions s'adressent aux fonctionnaires et demandent de gagner la confiance des habitants.
Une tolérance avec des limites. Il demande que toutes les écoles religieuses soient respectées, mais il ordonne aussi d'exclure des monastères bouddhistes les moines qui sèment la division.
Des récupérations. Les traditions bouddhistes en ont fait un roi modèle ; au XXᵉ siècle, des dirigeants indiens comme Nehru ont admiré son refus de la violence et son respect de toutes les croyances. Thapar met en garde contre la tentation de lui faire dire ce que nous voudrions entendre aujourd'hui.
Pourquoi on s'en souvient
Le chapiteau aux lions qui surmontait l'un de ses piliers, à Sarnath, est devenu l'emblème officiel de l'Inde le 26 janvier 1950 ; il figure sur les passeports et les documents de l'État. Ses édits, retrouvés dans plus de trente lieux de l'Inde, du Népal, du Pakistan et de l'Afghanistan, forment le plus ancien ensemble de textes de l'Inde que l'on sache lire. Le grand ensemble bouddhiste de Sanchi, probablement fondé à son époque, est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Dans les pays où le bouddhisme s'est répandu, du Sri Lanka à l'Asie de l'Est, son nom est resté celui du souverain protecteur par excellence.
Ce qu'on peut en retenir aujourd'hui
- Reconnaître le mal qu'on a fait, publiquement, est un acte rare et difficile, surtout pour quelqu'un de puissant.
- Pour être compris de tous, il faut parler la langue de chacun : il a fait traduire ses messages jusqu'en grec et en araméen.
- Le respect des convictions des autres peut devenir un principe de gouvernement, pas seulement une vertu privée.
- Admirer n'oblige pas à tout croire. Ses édits sont sa propre version ; les lire de près, c'est aussi voir ce qu'ils taisent.
Pour aller plus loin
- Le bouddhisme décrit, la tradition qu'il a soutenue et qui a gardé sa mémoire.
- L'hindouisme décrit, l'autre grande tradition religieuse de l'Inde ancienne.
- Qu'est-ce qu'une société juste ?, la question qu'il a tenté de résoudre à sa manière.
- L'invention de l'écriture, pour comprendre comment on déchiffre une écriture oubliée.
Le savais-tu ?
- L'un des édits d'Ashoka, retrouvé dans l'actuel Afghanistan, est gravé en deux langues, le grec et l'araméen, pour les habitants de cette région de son empire.
- L'édit où Ashoka dit regretter la guerre du Kalinga a été gravé dans tout son empire, sauf au Kalinga lui-même.
- Le chapiteau aux quatre lions de Sarnath, sculpté à son époque, est devenu l'emblème officiel de l'Inde le 26 janvier 1950.
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