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Apprendre à argumenter (et à repérer les pièges)

Un argument n'est pas un cri plus fort. C'est une raison qui soutient une conclusion, et il existe une petite liste de pièges qui reviennent sans arrêt, partout dans le monde.

8-12 ans

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De quoi un argument est fait

Un argument a deux parties : une ou plusieurs raisons, on dit des prémisses, et une conclusion qu'elles sont censées soutenir.

Tous les mammifères allaitent leurs petits. Le pangolin est un mammifère. Donc le pangolin allaite ses petits.

Deux raisons, une conclusion. Si les raisons sont vraies et le raisonnement correct, la conclusion suit.

Attention à la différence, qui n'est pas un détail : un raisonnement peut être correct et sa conclusion fausse, si l'une des raisons est fausse au départ. Et une conclusion vraie peut être défendue par un raisonnement mauvais. Il faut donc vérifier les deux choses séparément.

Ce qui n'est pas un argument

  • Répéter plus fort. Le volume ne démontre rien.
  • Dire que tout le monde le pense. Beaucoup de gens ont longtemps cru que la Terre était plate.
  • Attaquer la personne. Que quelqu'un soit antipathique ne rend pas son affirmation fausse.
  • Menacer. Une menace obtient une soumission, pas un accord.
  • Dire que c'est évident. Si c'était évident, il n'y aurait pas de discussion.

Les pièges classiques, avec leur nom

Les logiciens les appellent des sophismes : des raisonnements qui ont l'air valides et ne le sont pas. Les connaître, c'est pouvoir les nommer au moment où on les subit.

L'attaque contre la personne. « Il n'y connaît rien, c'est un jeune. » L'âge de quelqu'un ne dit rien de la vérité de sa phrase.

L'appel à l'autorité mal placé. Un chanteur célèbre qui recommande un médicament n'est pas un médecin. L'autorité compte, mais seulement dans le domaine où elle est compétente.

Le faux dilemme. « Ou tu es avec nous, ou tu es contre nous. » On présente deux options alors qu'il en existe d'autres. Très fréquent en politique.

L'homme de paille. On déforme la position de l'adversaire pour la rendre facile à démolir, puis on triomphe d'une position que personne ne défendait.

La pente glissante. « Si on autorise ceci, bientôt on autorisera cela. » Une suite d'étapes est affirmée sans être démontrée.

La généralisation hâtive. Deux cas observés, une conclusion sur tout le monde.

La confusion entre coïncidence et cause. Deux choses arrivent ensemble, donc l'une causerait l'autre. Les ventes de parapluies augmentent quand il pleut ; les parapluies ne font pas la pluie.

L'appel à la tradition. « On a toujours fait comme ça. » Ce qui est ancien n'est ni vrai ni faux pour cette raison.

Discuter sans chercher à gagner

La discussion utile n'est pas un combat. Trois habitudes la rendent possible :

  1. Reformuler ce que dit l'autre avant de répondre, et lui demander si c'est bien cela. La moitié des désaccords disparaissent à cette étape.
  2. Présenter la position adverse dans sa version la plus forte, pas la plus bête. Si tu ne la bats que dans sa version bête, tu n'as rien battu.
  3. Distinguer les faits des valeurs. « Il y a eu tant de cas » se vérifie. « C'est inacceptable » est un jugement. On ne discute pas les deux de la même façon.

Un cas qui arrive tous les jours

Une information circule : un remède ferait des miracles. Comment fais-tu ?

  • Qui l'affirme, et qu'est-ce qu'il y gagne ?
  • Sur quoi cela repose-t-il : une expérience mesurée, ou des témoignages ?
  • Combien de personnes, comparées à quel groupe ?
  • Existe-t-il des cas où cela n'a pas marché, et en parle-t-on ?

Ces quatre questions ne demandent aucune connaissance spécialisée. Elles suffisent à écarter l'essentiel de ce qui circule de faux, et elles fonctionnent pour un remède comme pour une rumeur politique.

Pourquoi cela vaut la peine

Parce que ceux qui veulent obtenir quelque chose de toi, te vendre un produit, te faire voter, te faire relayer un message, utilisent ces pièges, souvent très bien. Les reconnaître ne rend pas méfiant de tout : cela rend capable de choisir quand faire confiance.

Le savais-tu ?

  • Un raisonnement peut être parfaitement correct et sa conclusion fausse, si l'une des raisons de départ est fausse.
  • Le « faux dilemme » consiste à présenter deux options, « avec nous ou contre nous », alors qu'il en existe d'autres.
  • Les ventes de parapluies augmentent quand il pleut, mais les parapluies ne causent pas la pluie : deux choses liées ne s'expliquent pas forcément l'une par l'autre.

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