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Abebe Bikila, le coureur qui gagna pieds nus à Rome

En 1960, à Rome, l'Éthiopien Abebe Bikila gagne le marathon olympique en courant pieds nus et devient le premier Africain noir champion olympique de cette course. Quatre ans plus tard, à Tokyo, il est le premier à gagner deux marathons olympiques de suite, quarante jours après avoir été opéré.

8-12 ans

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Abebe Bikila à Amsterdam en septembre 1968, après les deux marathons olympiques qu’il a gagnés, à Rome en 1960 et à Tokyo en 1964.Anefo Derivative work MagentaGreen · CC BY-SA 3.0 nl · Wikimedia Commons

Qui, quand, où

Abebe Bikila naît le 7 août 1932 dans un village des montagnes d'Éthiopie, un pays de l'est de l'Afrique. Enfant, il garde le bétail. Il meurt le 25 octobre 1973 à Addis-Abeba, la capitale, à quarante et un ans.

Son sport, le marathon, est une course à pied sur route d'un peu plus de 42 kilomètres. C'est l'épreuve la plus longue de l'athlétisme aux Jeux olympiques : il faut plus de deux heures aux meilleurs pour la terminer.

Ses exploits

  • Champion olympique du marathon à Rome en 1960, pieds nus, en 2 h 15 min 16 s : un record du monde à l'époque (battu depuis). Il est le premier Africain noir à gagner le marathon olympique.
  • Champion olympique du marathon à Tokyo en 1964, en 2 h 12 min 11 s, nouveau record du monde (battu depuis). Il devient le premier coureur à gagner deux marathons olympiques de suite.
  • De 1960 à 1966, il gagne 12 des 13 marathons qu'il termine. Sa seule défaite : Boston, en 1963, où il finit cinquième.
  • Il porte le drapeau de l'Éthiopie lors des cérémonies des Jeux de 1960, 1964 et 1968.

Comment

En entrant dans la garde de l'empereur. Adolescent, lors d'un voyage à Addis-Abeba, il voit s'entraîner les soldats de la Garde impériale, chargée de protéger l'empereur Haïlé Sélassié. À dix-neuf ans, il y entre. Les gardes doivent faire beaucoup d'exercice physique, et Bikila découvre qu'il court très bien. Il commence par le 5 000 et le 10 000 mètres, puis court son premier marathon en 1959.

Avec un entraîneur venu de Suède. Onni Niskanen, un Suédois qui dirige alors l'athlétisme éthiopien, remarque son talent et lui donne un programme d'entraînement organisé. Bikila s'entraîne avec et sans chaussures, sur les hauts plateaux de son pays.

En altitude. Un mois avant les Jeux de Rome, il gagne la course de sélection éthiopienne à Addis-Abeba, à plus de 2 400 mètres d'altitude, où l'on s'essouffle plus vite. Son temps est meilleur que le record olympique.

Sans se laisser impressionner. À Rome, presque personne ne le connaît. Ses chaussures sont usées ; les nouvelles lui donnent des ampoules. Il décide alors de courir pieds nus, comme il l'a déjà fait à l'entraînement.

En revenant d'une opération. En 1964, quarante jours avant le marathon de Tokyo, il est opéré de l'appendicite. Il arrive au Japon encore en convalescence, et gagne pourtant avec plus de quatre minutes d'avance.

Un moment légendaire

Rome, 10 septembre 1960. Le départ est donné en fin d'après-midi pour éviter la chaleur : 69 coureurs de 35 pays. Le favori est le Soviétique Sergueï Popov, détenteur du record du monde. Personne ne regarde le petit Éthiopien au dossard 11, qui court pieds nus.

Peu à peu, Bikila et le Marocain Rhadi Ben Abdesselam se détachent. La nuit tombe sur la voie Appienne, une route pavée construite par les Romains il y a plus de deux mille ans ; des centaines de soldats éclairent le parcours avec des torches.

À environ 500 mètres de l'arrivée, Bikila passe devant l'obélisque d'Aksoum, un monument emporté d'Éthiopie par l'armée italienne après l'invasion de son pays en 1936. C'est là qu'il accélère. Il franchit la ligne sous l'arc de Constantin en 2 h 15 min 16 s, un nouveau record du monde. Pendant que d'autres coureurs s'effondrent, lui sautille de joie.

Pourquoi c'est une légende

Parce qu'il a ouvert la voie. Selon World Athletics, les grands coureurs de fond d'Afrique de l'Est qui ont suivi, de Kip Keino à Eliud Kipchoge, lui doivent beaucoup : il a montré au monde que c'était possible.

Parce que sa victoire avait un sens qui dépassait le sport : elle arrivait vingt-quatre ans après la conquête d'Addis-Abeba par l'Italie de Mussolini, et elle avait lieu à Rome.

Et parce qu'il est resté courageux jusqu'au bout. Blessé en 1967, il abandonne au marathon des Jeux de Mexico en 1968. En 1969, un accident de voiture le laisse paralysé. Soigné à l'hôpital de Stoke Mandeville, en Angleterre, il participe en tir à l'arc aux Jeux de Stoke Mandeville, les ancêtres des Jeux paralympiques. En 1970, il gagne même une course de traîneau de 25 kilomètres en Norvège. Il meurt en 1973 des suites de l'accident ; des milliers de personnes assistent à ses funérailles.

Ce qu'on peut en retenir

  • Le matériel aide, mais la préparation compte davantage : Bikila s'était entraîné pieds nus avant de courir ainsi à Rome.
  • Un talent se révèle souvent grâce à quelqu'un qui le remarque et l'organise, comme Onni Niskanen.
  • Revenir d'une opération et gagner demande de la patience et de la confiance.
  • Le courage ne s'arrête pas avec la carrière : paralysé, il a continué à faire du sport.

Pour aller plus loin

Le savais-tu ?

  • Abebe Bikila est né le jour même où l'Argentin Juan Zabala gagnait le marathon olympique de Los Angeles, le 7 août 1932.
  • Une espèce d'araignée porte son nom : Pholcus bikilai.
  • En 2010, pour les cinquante ans de sa victoire, le marathon de Rome lui a été dédié ; le vainqueur, l'Éthiopien Siraj Gena, a reçu une prime pour avoir couru pieds nus les 300 derniers mètres.

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