Oceanie · Melanesie
Vanuatu
République de Vanuatu
Le Vanuatu est une chaîne de quatre-vingts îles volcaniques disposées en Y, où plusieurs volcans sont en activité quasi permanente, dont le Yasur, sur Tanna. Les indices internationaux de risque le classent régulièrement parmi les pays les plus exposés aux aléas naturels du monde : séismes, éruptions, cyclones et montée des eaux s'y additionnent. Administré de 1906 à 1980 par un condominium franco-britannique, un cas unique de double souveraineté, il est indépendant depuis le 30 juillet 1980 et parle plus de cent langues pour quelques centaines de milliers d'habitants.
- Capitale
- Port-Vila
- Monnaie
- Vatu (VUV)
- Superficie
- 12 189 km²
Géographie
Un Y de volcans
L'archipel s'étire sur environ 1 300 km du nord au sud, en deux branches qui se rejoignent : environ quatre-vingts îles, dont treize principales. Espiritu Santo est la plus grande et porte le point culminant, le mont Tabwemasana, à environ 1 879 m.
La géologie explique tout le reste : la plaque australienne plonge sous la plaque pacifique le long de la fosse des Nouvelles-Hébrides, à quelques dizaines de kilomètres à l'ouest des îles. D'où une chaîne de volcans actifs.
- Le Yasur, sur Tanna, est en éruption quasi permanente depuis des siècles : il projette des bombes de lave toutes les quelques minutes, ce qui en fait l'un des volcans actifs les plus accessibles du monde. On monte à son cratère à pied.
- L'Ambrym abritait, dans une caldeira de 12 km, deux lacs de lave permanents, Benbow et Marum, jusqu'à une crise éruptive en décembre 2018 qui les a vidés.
- Le Manaro, sur Ambae, a contraint en 2017-2018 à évacuer toute la population de l'île, plus de dix mille personnes.
Le pays le plus exposé du monde
Les indices internationaux de risque, qui combinent l'exposition aux aléas naturels et la capacité d'y faire face, placent le Vanuatu en tête ou dans les premiers rangs depuis leur création. Ce n'est pas une image : les aléas s'y superposent.
- Cyclones : le cyclone Pam, en mars 2015, endommage ou détruit une grande partie des bâtiments du pays ; Harold en 2020, puis deux cyclones en une semaine en mars 2023.
- Séismes et tsunamis, plusieurs fois par décennie.
- Éruptions, avec des évacuations d'îles entières.
- Montée du niveau de la mer, qui grignote les villages côtiers et salinise les puits.
Le Vanuatu a porté cette situation sur la scène juridique internationale : c'est à son initiative que l'Assemblée générale des Nations unies a demandé en mars 2023 à la Cour internationale de justice un avis consultatif sur les obligations des États en matière de changement climatique.
Vivre de la terre, dans un pays où la terre a un statut
L'économie repose sur l'agriculture (coprah, cacao, café, kava), l'élevage bovin d'Espiritu Santo, la pêche, le tourisme de croisière et les revenus envoyés par les travailleurs saisonniers partis en Australie et en Nouvelle-Zélande.
La Constitution de 1980 comporte une disposition peu courante : toute la terre appartient aux propriétaires coutumiers autochtones et à leurs descendants. On ne peut donc pas acheter un terrain au Vanuatu, seulement le louer avec l'accord des ayants droit. La mesure a réglé d'un trait les litiges hérités des plantations coloniales, et elle fait de l'accord des clans le point de passage de tout projet.
Histoire
Trois mille ans, et le plus grand cimetière lapita connu
Des navigateurs lapita s'installent dans l'archipel vers 1000 avant notre ère. Le site de Teouma, sur l'île d'Efate, fouillé à partir de 2004, a livré le plus vaste cimetière lapita mis au jour à ce jour : des dizaines de sépultures, des pots décorés ayant servi de contenants funéraires, et des corps dont plusieurs avaient été enterrés sans le crâne, replacé ensuite sur la poitrine. C'est de ce site que vient une grande partie de ce que l'on sait des premiers habitants du Pacifique occidental.
Les sociétés qui s'y développent sont réputées pour leurs systèmes de grades : un homme, et dans certaines îles une femme, s'élève en organisant des cérémonies où il offre des cochons aux canines recourbées, chaque grade donnant un nom, un droit et une place.
1606-1906 : navires, recruteurs, missions
- 1606 : l'expédition espagnole de Pedro Fernández de Quirós aborde la plus grande île de l'archipel et la baptise Espiritu Santo, croyant avoir touché le continent austral que les géographes européens supposaient au sud.
- 1768 : Louis-Antoine de Bougainville passe entre les îles ; 1774 : James Cook cartographie l'archipel et le nomme Nouvelles-Hébrides. Cook est attiré de nuit vers Tanna par la lueur du Yasur, qu'il compare à un phare.
- 1860-1910 : le blackbirding emmène des milliers d'insulaires vers les plantations du Queensland, des Fidji et de Nouvelle-Calédonie. Les maladies introduites font chuter la population.
- 1906 : Français et Britanniques, tous deux installés, s'entendent sur un condominium.
Le condominium : deux de tout
De 1906 à 1980, les Nouvelles-Hébrides sont administrées conjointement par la France et le Royaume-Uni, sans qu'aucune ne cède la souveraineté. Le dispositif n'a pas d'équivalent : deux administrations, deux polices, deux systèmes scolaires, deux monnaies, deux services de santé, deux prisons, et un tribunal mixte présidé, aux termes du protocole de 1914, par un juge nommé par le roi d'Espagne. Les habitants n'étaient citoyens ni de l'une ni de l'autre puissance et relevaient d'un troisième droit. Les fonctionnaires eux-mêmes surnommaient l'ensemble le Pandemonium.
C'est dans cet entre-deux que naît le bislama, langue véhiculaire issue du contact, qui permet de se comprendre par-dessus les cent langues de l'archipel et les deux administrations.
1980 : l'indépendance
Le Vanua'aku Pati de Walter Lini, pasteur anglican, remporte les élections de novembre 1979. L'indépendance est proclamée le 30 juillet 1980 sous le nom de Vanuatu, « la terre qui est debout ». Une tentative de sécession sur Espiritu Santo, menée par Jimmy Stevens, est réglée dans les semaines suivantes.
Le pays adopte une diplomatie de non-alignement, devient membre des Nations unies dès 1981 et l'un des porte-voix des petits États insulaires. La vie politique intérieure est marquée par des majorités parlementaires fragiles et des changements fréquents de gouvernement ; une réforme constitutionnelle a été adoptée par référendum en 2024 pour limiter les changements d'affiliation des députés.
Culture
Le saut du Gol, ancêtre du saut à l'élastique
Sur l'île de Pentecôte, chaque année entre avril et juin, des hommes sautent d'une tour de bois et de lianes de vingt à trente mètres, une liane forestière attachée aux chevilles, choisie et mesurée pour que la tête effleure la terre labourée. Ce rite, le naghol ou gol, accompagne la récolte des ignames et le passage à l'âge d'homme.
Des images du naghol filmées dans les années 1950 ont inspiré, en 1979, un club d'Oxford qui a sauté d'un pont avec des élastiques, puis, en 1988, la première installation commerciale de saut à l'élastique en Nouvelle-Zélande. Le sport mondial descend donc d'un rite agricole du Vanuatu, avec cette différence que la liane, elle, ne rebondit pas.
Dessiner sur le sable
Le dessin sur le sable du Vanuatu est inscrit depuis 2008 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Il s'agit de tracer, d'un seul doigt et sans le lever, une figure géométrique continue sur le sol : plusieurs centaines de motifs existent, chacun portant un nom, un chant, une histoire ou une information pratique. C'est à la fois une écriture, un aide-mémoire et un moyen de communiquer entre locuteurs de langues différentes.
Le kava et le bislama
Le kava du Vanuatu, boisson de racine broyée, est bu à la tombée du jour dans des nakamal, lieux de rencontre où l'on parle des affaires du village ; il est aujourd'hui exporté. Le bislama, lui, s'écrit et se chante : la devise nationale, Long God yumi stanap, « c'est en Dieu que nous sommes debout », est en bislama.