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Asie · Asie centrale

Ouzbékistan

République d'Ouzbékistan

L'Ouzbékistan est un pays d'Asie centrale sans accès à la mer, et même doublement enclavé : depuis chez lui, il faut traverser deux pays pour atteindre un rivage. Samarcande, Boukhara et Khiva, ses villes anciennes, ont été des carrefours majeurs des routes de la soie et des centres scientifiques de premier rang : le mot « algorithme » vient du nom d'un savant né dans cette région. Son nord porte la cicatrice de la mer d'Aral, presque entièrement asséchée en soixante ans.

Le minaret Kalon (1127) et la mosquée Kalon, au cœur de Boukhara, ville de la route de la soie.Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons
Capitale
Tachkent
Monnaie
Soum (UZS)
Superficie
448 978 km²
Contour du territoire : Ouzbékistan

Géographie

Deux fleuves, un désert, des oasis

Le pays tient dans un triangle entre deux fleuves nés dans les hautes montagnes d'Asie centrale :

  • l'Amou-Daria au sud, que les auteurs grecs appelaient l'Oxus ;
  • le Syr-Daria au nord.

Tous deux coulaient vers la mer d'Aral sans jamais atteindre d'océan : ce sont des fleuves d'un bassin fermé. Entre eux s'étend le désert de Kyzylkoum, « les sables rouges », plateau de sable et de steppe sèche qui occupe une grande part du territoire.

Presque tout le pays est plat ou légèrement ondulé, sauf à l'est, où les contreforts du Tian Shan et du Pamir-Alaï dépassent 4 000 mètres et fournissent l'eau de fonte. C'est là, entre montagne et désert, que se trouve la vallée de Ferghana, plaine très fertile et très densément peuplée, et le chapelet d'oasis où sont nées les villes : Tachkent, Samarcande, Boukhara, Khiva, Termez.

Le climat est continental et sec : étés brûlants au-delà de 40 degrés, hivers qui descendent sous zéro, moins de 200 mm de pluie par an dans les plaines.

Doublement enclavé

Quarante-quatre pays du monde n'ont pas de littoral. Deux seulement sont doublement enclavés, c'est-à-dire entourés uniquement de pays eux-mêmes sans mer : le Liechtenstein en Europe et l'Ouzbékistan. Ses cinq voisins, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Afghanistan et Turkménistan, sont tous privés d'accès maritime.

Cela a une conséquence très concrète : tout ce qui entre ou sort par bateau doit franchir au moins deux frontières terrestres. Le pays mise donc sur le rail et la route, et ce n'est pas nouveau : c'est exactement pour cette raison qu'il a vécu des caravanes pendant deux mille ans.

La mer d'Aral, un désastre que l'on peut dater

Vers 1960, la mer d'Aral était le quatrième lac du monde par la surface, environ 68 000 km2, avec une flotte de pêche, des ports et des conserveries. Elle était alimentée par l'Amou-Daria et le Syr-Daria.

À partir des années 1960, l'Union soviétique détourna massivement ces deux fleuves pour irriguer le coton dans les plaines de Karakalpakstan et du Turkménistan. Les canaux, souvent non étanches, perdaient une grande partie de l'eau en route. Les fleuves ont cessé d'atteindre le lac.

Le résultat, mesuré année après année par les satellites :

  • la mer s'est séparée en plusieurs plans d'eau dès les années 1980 ;
  • sa surface a perdu plus de 90 % de son étendue, et le grand bassin sud est aujourd'hui presque entièrement sec ;
  • l'eau restante est devenue si salée que les espèces de poissons d'origine ont disparu ;
  • les ports se sont retrouvés à des dizaines de kilomètres du rivage ; à Mouynak, des coques de bateaux rouillent sur le sable ;
  • le fond exposé, chargé de sel et de résidus d'engrais et de pesticides, est soulevé par le vent en tempêtes qui abîment les cultures et la santé des habitants ;
  • le climat local s'est durci, les étés devenant plus chauds et les hivers plus froids sans l'effet régulateur du plan d'eau.

Le nord du lac, côté Kazakhstan, a été partiellement sauvé par un barrage achevé en 2005 : l'eau et quelques poissons y sont revenus. Au sud, l'Ouzbékistan plante des arbustes résistants au sel sur l'ancien fond pour fixer la poussière. Le cas de la mer d'Aral est aujourd'hui enseigné dans le monde entier comme l'exemple de ce qu'une décision d'irrigation peut faire à une région entière.

Ce que le pays produit

Le coton reste important mais il n'est plus la seule production : blé, fruits, melons réputés, abricots secs, raisin. Le pays exporte du gaz naturel, de l'or, dont il est un producteur important, du cuivre et de l'uranium. L'industrie automobile et le textile emploient beaucoup, et le tourisme culturel de Samarcande et Boukhara progresse rapidement. Le travail forcé pendant la récolte du coton, longtemps dénoncé par les organisations internationales, a été officiellement démantelé à la fin des années 2010.

Histoire

Sogdiane, Alexandre, et les marchands des routes de la soie

  • Ier millénaire avant notre ère : les oasis d'Asie centrale portent des villes fortifiées et des systèmes d'irrigation. La région de Samarcande, la Sogdiane, est intégrée à l'empire achéménide.
  • 329-327 avant notre ère : Alexandre prend Samarcande, alors appelée Maracanda, après une résistance longue, et épouse Roxane, fille d'un notable de la région.
  • IIe siècle avant notre ère au VIIIe siècle : les marchands sogdiens deviennent les intermédiaires du commerce entre la Chine, l'Inde, l'Iran et l'Europe. Leur langue sert de langue véhiculaire sur les routes de la soie ; on a retrouvé leurs lettres et leurs contrats jusqu'au Gansu. Circulent par eux la soie, le papier, le verre, les chevaux, les religions (bouddhisme, manichéisme, christianisme nestorien, zoroastrisme), les plantes et les techniques.
  • VIIIe siècle : les armées arabes conquièrent la région, qui devient musulmane. Le papier, appris de prisonniers chinois à Samarcande vers 751, y est fabriqué et se diffuse ensuite vers Bagdad puis l'ouest.

L'âge d'or scientifique

  • IXe-XIe siècle : la région est l'un des centres du savoir mondial. Al-Khwarizmi, né vers 780, vraisemblablement au Khwarezm, écrit à Bagdad un traité de résolution d'équations dont le titre a donné le mot « algèbre », et un ouvrage sur le calcul avec les chiffres indiens dont la traduction latine de son nom a donné le mot « algorithme ». Al-Biruni, né vers 973 au Khwarezm, mesure le rayon de la Terre avec une précision remarquable, compare les religions de l'Inde en les décrivant de l'intérieur, et dresse des tables astronomiques. Ibn Sina, connu en Europe sous le nom d'Avicenne, né près de Boukhara vers 980, écrit un Canon de la médecine enseigné dans les universités jusqu'au XVIIe siècle. Al-Boukhari (IXe siècle) compile le recueil de traditions du Prophète le plus utilisé du monde sunnite.
  • IXe-XIIe siècle : sous les Samanides puis les Karakhanides, Boukhara devient une capitale intellectuelle ; sa bibliothèque et ses médersas attirent des étudiants de très loin.
  • 1220 : les armées de Gengis Khan détruisent Boukhara et Samarcande et ruinent une partie des canaux d'irrigation.

Timour, les khanats, la conquête russe

  • 1370-1405 : Timour, connu en Europe sous le nom de Tamerlan, fait de Samarcande sa capitale. Ses campagnes, de l'Inde à l'Anatolie, sont extrêmement destructrices ; il ramène des artisans de partout et fait bâtir la place du Registan, la mosquée Bibi Khanoum et son mausolée, aux coupoles de faïence bleue. Samarcande est inscrite au patrimoine mondial en 2001, Boukhara en 1993, Khiva en 1990, Chakhrisabz en 2000.
  • 1420 : son petit-fils Oulough Beg fait construire à Samarcande un observatoire avec un immense sextant de pierre encastré dans le sol, long de plus de 60 mètres. Sans aucune lunette, son équipe mesure la durée de l'année avec une erreur de moins d'une minute et dresse un catalogue de plus de 1 000 étoiles utilisé pendant des siècles. Il est assassiné en 1449.
  • XVIe-XIXe siècle : la région se divise entre les khanats de Boukhara, Khiva et Kokand. Le commerce des routes de la soie décline à mesure que les routes maritimes se développent.
  • 1865-1876 : l'Empire russe conquiert la région ; Tachkent tombe en 1865. La culture du coton est imposée pour alimenter les usines textiles russes.

Période soviétique et indépendance

  • 1924-1991 : la république socialiste soviétique d'Ouzbékistan est créée, avec des frontières tracées en 1924-1936 qui découpent la vallée de Ferghana entre trois républiques et laissent des enclaves, source de tensions depuis. Alphabétisation massive, industrialisation, mais aussi répression des élites religieuses et intellectuelles et déportations de peuples entiers vers la région dans les années 1930-1940.
  • Années 1960-1980 : extension maximale de l'irrigation du coton et début de l'assèchement de la mer d'Aral. En 1966, un séisme détruit une grande partie de Tachkent, reconstruite en ville soviétique aux larges avenues.
  • 31 août 1991 : indépendance, proclamée après la tentative de coup d'État à Moscou. Islam Karimov dirige le pays jusqu'à sa mort en 2016 ; son régime est fortement autoritaire, avec des restrictions sévères de la presse et de la liberté religieuse documentées par les organisations internationales.
  • Depuis 2016 : le pays s'ouvre davantage, assouplit son régime de visas et de change, supprime le travail forcé dans le coton, et relance les échanges avec ses voisins. L'alphabet latin, adopté officiellement pour l'ouzbek en 1993, coexiste encore avec le cyrillique.
Itchan Kala, la vieille ville de Khiva, entourée de murailles de terre, étape des caravanes vers la Perse.Doron · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
La mosquée Bibi-Khanym, à Samarcande, bâtie à la fin du XIVe siècle sur l’ordre de Tamerlan.David Stanley from Nanaimo, Canada · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons
La mosquée Bolo Haouz, à Boukhara (1712), et sa galerie aux colonnes de bois sculptées.Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Culture

Deux mots que le monde entier emploie

Le mot algèbre vient du titre d'un ouvrage d'al-Khwarizmi, et le mot algorithme vient de son nom même, passé en latin sous la forme algorismus. Chaque fois que l'on parle d'algorithme, on prononce donc, déformé par mille ans de traductions, le nom d'un savant du Khwarezm. Son livre sur le calcul avec les chiffres venus de l'Inde est celui qui a fait adopter par l'Europe les dix chiffres que nous utilisons, avec le zéro, à la place des chiffres romains.

La région a ainsi fourni au monde, en quelques siècles, la base du calcul écrit, un manuel de médecine utilisé pendant six cents ans, des tables astronomiques d'une précision inégalée avant les télescopes, et la première tentative connue de décrire une religion étrangère sans la juger, celle d'al-Biruni sur l'Inde.

La faïence bleue et la ville comme œuvre

L'architecture timouride a mis au point un vocabulaire qui a rayonné de l'Anatolie à l'Inde : portails géants (pichtak), coupoles à côtes posées sur de hauts tambours, revêtements entiers de carreaux émaillés dans les bleus et les turquoise, et une écriture décorative lisible de loin. Les bâtisseurs de l'Inde moghole, dont ceux du Taj Mahal, s'en inspirent directement, car la dynastie moghole est issue de cette région : son fondateur Babour, né en 1483 dans la vallée de Ferghana, descend de Timour et a laissé une autobiographie qui est l'un des premiers grands récits de soi de la littérature.

Khiva est une ville entière conservée dans ses murailles, Boukhara un centre médiéval presque intact avec le mausolée des Samanides, dont la brique est travaillée comme de la dentelle.

Soie, papier, tapis et table

  • Les soieries ikat, dites abrbandi, sont teintes fil par fil avant tissage, ce qui donne des motifs aux contours fondus, comme des nuages ; la technique est un savoir d'atelier transmis de génération en génération.
  • Le papier de Samarcande, fabriqué à partir d'écorce de mûrier, a été relancé par quelques artisans après une longue interruption.
  • Le suzani, grande broderie murale de coton ou de soie, fait partie de la dot dans beaucoup de familles.
  • Le plov, riz cuit dans un grand chaudron avec de la viande, des carottes jaunes, du cumin et parfois des coings, est le plat national ; on le prépare en public pour les mariages, par centaines de portions. Il est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, comme le chachmaqom, musique savante de Boukhara, l'art du bakhchi conteur épique, et la culture des melons.
  • Le pain non, galette ronde cuite sur la paroi d'un four en terre, se marque au tampon et ne se pose jamais à l'envers.
Des costumes traditionnels ouzbeks, manteaux chapan brodés et turbans, au festival des épices et de la soie de Boukhara.http://veton.picq.fr · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons