Afrique · Afrique australe
Eswatini
Royaume d'Eswatini
Eswatini est l'une des dernières monarchies d'Afrique où le roi exerce un pouvoir exécutif effectif, et il a changé de nom en 2018, cinquante ans après son indépendance. Sur un territoire minuscule, il aligne quatre étages de relief en 130 km, et sa mine de Ngwenya porte des traces d'extraction de minerai de fer vieilles de plusieurs dizaines de milliers d'années.
- Capitale
- Mbabane (administrative) ; Lobamba (législative et royale)
- Monnaie
- Lilangeni (SZL)
- Superficie
- 17 364 km²
Géographie
Quatre paysages en cent trente kilomètres
Malgré sa petite taille, le pays présente une succession nette de milieux, d'ouest en est :
- le Highveld, vers 1 000-1 400 m, frais et humide, avec des plantations de pins et d'eucalyptus ;
- le Middleveld, vers 700 m, la région la plus peuplée et la plus cultivée ;
- le Lowveld, vers 200 m, chaud, où l'on irrigue la canne à sucre ;
- la crête des Lubombo, longue échine de basalte qui marque la frontière mozambicaine.
Le point culminant, l'Emlembe, atteint 1 862 m. Le pays est entièrement enclavé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique.
L'eau, la canne, le bois
Eswatini est traversé par plusieurs rivières descendues du Highveld sud-africain, dont l'Usuthu, le Komati et le Mbuluzi. Cette eau, associée à la chaleur du Lowveld, a fait de la canne à sucre la première exportation du pays : les grands périmètres irrigués du sud-est en occupent une part importante.
S'y ajoutent les plantations forestières du Highveld, parmi les plus vastes plantations d'arbres d'Afrique, les agrumes et les textiles. L'économie est étroitement liée à celle de l'Afrique du Sud : le lilangeni est aligné sur le rand, et le pays appartient à l'union douanière d'Afrique australe, dont les recettes financent une part du budget.
Une mine de l'âge de pierre
Sur la colline de Ngwenya, à la frontière ouest, on extrait de l'hématite (un oxyde de fer) depuis une époque très ancienne : des datations placent l'exploitation de ce gisement autour de 40 000 ans avant notre ère. Le minerai servait alors de pigment, l'ocre rouge, et non de métal. C'est l'un des plus anciens sites d'extraction connus au monde. La même colline a été exploitée industriellement pour le fer au XXe siècle.
Le pays compte aussi des réserves remarquables pour sa taille, dont Hlane, Mlilwane et Malolotja, où subsistent rhinocéros blancs et antilopes rares.
Histoire
Les Nguni, Sobhuza, Mswati
Les ancêtres des Swazi, groupe nguni, arrivent dans la région au XVIIIe siècle depuis la côte de l'actuel Mozambique. Au début du XIXe siècle, pendant les bouleversements du Mfecane, le roi Sobhuza Ier conduit son peuple vers le nord-ouest et établit un royaume dans l'actuelle vallée d'Ezulwini. Son successeur, Mswati II (1840-1868), étend fortement le territoire et donne son nom à la nation : emaSwati, les Swazi.
L'organisation politique associe le roi, appelé ngwenyama (le lion), et la reine mère, la ndlovukati (l'éléphante), qui exerce une autorité propre : une dyarchie qui n'a pas d'équivalent exact ailleurs.
Concessions, protectorats, indépendance
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les rois accordent un grand nombre de concessions à des prospecteurs et fermiers européens, souvent sur des bases juridiques confuses, et finissent par avoir cédé des droits sur la majeure partie du pays.
- 1894 : la République sud-africaine du Transvaal obtient l'administration du territoire.
- 1903 : après la guerre des Boers, le Royaume-Uni établit un protectorat.
- 1907 : une proclamation attribue environ un tiers des terres aux Swazi et le reste aux colons ; le rachat progressif de ces terres par la royauté et l'État marquera tout le XXe siècle.
- 1899-1982 : règne de Sobhuza II, roi dès sa petite enfance, sous la régence de sa grand-mère jusqu'en 1921 : plus de quatre-vingts ans, l'un des plus longs règnes attestés de l'histoire mondiale. Il obtient de Londres un retour progressif des terres et négocie l'indépendance.
- 6 septembre 1968 : indépendance du Swaziland, comme monarchie constitutionnelle.
Depuis 1968
- 1973 : le roi abroge la constitution, interdit les partis politiques et gouverne par décret ; le pays fonctionne ensuite selon un système où les candidats se présentent à titre individuel, par circonscriptions coutumières, le tinkhundla.
- 1986 : Mswati III monte sur le trône, à 18 ans.
- 2005 : une nouvelle constitution est promulguée ; elle mentionne des droits fondamentaux mais maintient les pouvoirs du roi, qui nomme le premier ministre et une partie des parlementaires.
- 19 avril 2018 : à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance et de son propre cinquantième anniversaire, le roi annonce que le pays s'appellera désormais Eswatini, « terre des Swazi » en siswati, un nom qui met fin à la confusion fréquente avec la Suisse et rompt avec la forme anglicisée.
- 2021 : mouvement de contestation réclamant des réformes démocratiques, réprimé ; des dialogues nationaux ont été annoncés depuis.
- Le pays a été très durement touché par l'épidémie de VIH, avec l'une des prévalences les plus élevées au monde, avant d'obtenir dans les années 2010 des progrès reconnus grâce à un programme de traitement massif.
Culture
Incwala et Umhlanga
Deux grandes cérémonies structurent l'année et sont au cœur de l'identité nationale.
L'Incwala, en décembre-janvier, est la cérémonie des premiers fruits : elle dure plusieurs semaines, mobilise des délégations de tout le pays, et se conclut lorsque le roi goûte la nouvelle récolte. Aucun Swazi ne peut consommer la nouvelle production avant lui.
L'Umhlanga, ou danse des roseaux, en août-septembre, réunit des dizaines de milliers de jeunes filles qui coupent des roseaux et les apportent à la résidence de la reine mère pour réparer les clôtures, puis dansent devant elle. C'est un rassemblement de masse qui sert aussi de rite de passage.
Le lion et l'éléphante
Le pouvoir traditionnel est partagé entre le roi, ngwenyama, et la reine mère, ndlovukati, qui détient sa propre résidence royale à Lobamba, garde les objets rituels et joue un rôle de contrepoids : elle peut conseiller, retenir, et assurer la régence. Cette dyarchie fait l'objet d'études comparées en anthropologie politique.
Tissus, perles, chants
Le vêtement swazi, le emahiya aux motifs imprimés, se porte lors des cérémonies, avec des colliers de perles et des plumes de touraco pour les dignitaires. Les chants de l'Incwala ne sont chantés qu'à cette occasion, et certains sont réputés ne devoir être entendus qu'une fois l'an.
Le pays est aussi connu pour ses fabriques de bougies et de verre soufflé, nées dans les années 1980, et dont les objets s'exportent dans le monde entier ; la sculpture sur stéatite et la vannerie de sisal en font partie.