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Oceanie · Melanesie

Îles Salomon

Les Îles Salomon s'étirent en deux chaînes parallèles d'îles volcaniques, séparées par un long couloir de mer qui fut, en 1942-1943, l'un des théâtres majeurs de la guerre du Pacifique : l'île de Guadalcanal en a gardé le nom, et le fond marin voisin ses épaves. Le pays, indépendant depuis 1978, vit du bois, du thon et des jardins, sur l'un des terrains les plus instables du monde, où un séisme peut soulever une île entière de plusieurs mètres.

Le lagon de Marovo, dans l’archipel de Nouvelle-Géorgie : l’un des plus grands lagons d’eau salée du monde.Xplore Dive from Mooloolaba, Australia · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons
Capitale
Honiara
Monnaie
Dollar des Îles Salomon (SBD)
Superficie
28 896 km²
Contour du territoire : Îles Salomon

Géographie

Deux chaînes et un couloir

L'archipel dessine deux rangées d'îles orientées du nord-ouest au sud-est, séparées par un bras de mer d'une centaine de kilomètres de large, le New Georgia Sound. Les six îles principales sont Choiseul, Santa Isabel, Malaita, Nouvelle-Géorgie, Guadalcanal et Makira ; le groupe de Santa Cruz, très à l'est, en fait aussi partie, ainsi que des centaines d'îlots.

Les îles sont volcaniques, couvertes de forêt dense, bordées de récifs et de mangroves. Le point culminant, le mont Popomanaseu, sur Guadalcanal, dépasse 2 300 m. Les rivières sont courtes et rapides ; l'atoll d'Ontong Java, au nord, est l'un des plus grands du monde.

Un pays posé sur une faille

Les Salomon se trouvent là où la plaque australienne plonge sous la plaque pacifique, dans l'un des couloirs sismiques les plus actifs de la planète.

  • 2 avril 2007 : un séisme de magnitude 8,1 au large de la Nouvelle-Géorgie déclenche un tsunami qui fait une cinquantaine de morts autour de Gizo.
  • 6 février 2013 : un séisme de magnitude 8,0 dans les îles Santa Cruz provoque un nouveau tsunami.

Le volcan sous-marin Kavachi, près de l'île de Vangunu, change régulièrement de forme : il émerge en îlot après une éruption, puis la mer le rabote. Le pays est aussi sur la route des cyclones tropicaux et, comme ses voisins, doit composer avec la montée du niveau marin : des relevés ont montré la disparition de plusieurs îlots inhabités de l'archipel des Salomon depuis le milieu du XXe siècle.

Le bois, le thon, les jardins

La très grande majorité des habitants vit dans des villages et cultive pour se nourrir : taro, patate douce, manioc, igname, cocotier. Le poisson complète.

Les exportations reposent sur deux ressources : le bois tropical, exploité à un rythme que les organisations internationales décrivent comme supérieur à la capacité de renouvellement des forêts, et le thon, pêché dans une zone économique exclusive immense et pour partie transformé sur place. L'or, la bauxite et le nickel font l'objet de projets miniers discutés. La terre, elle, appartient pour l'essentiel aux clans selon le droit coutumier, ce qui rend toute concession tributaire d'un accord avec les propriétaires locaux.

Un village au bord du lagon de Marovo.Xplore Dive from Mooloolaba, Australia · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons
L’avenue Mendaña, à Honiara, la capitale, sur l’île de Guadalcanal.Jenny Scott from Adelaide, Australia · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Histoire

Des installations très anciennes, puis les Lapita

Des groupes de langues papoues occupent les îles du nord de l'archipel depuis très longtemps, les datations les plus anciennes remontent à plusieurs dizaines de milliers d'années. Vers 1200 avant notre ère, des navigateurs lapita, austronésiens, s'installent à leur tour : les deux peuplements se mêlent, ce qui explique la diversité linguistique actuelle, avec des langues papoues et austronésiennes voisines.

Les villages vivent de jardins, de pêche et d'échanges maritimes, à bord de grandes pirogues de planches cousues, les tomoko, ornées à la proue d'une figure de bois et de nacre, le nguzunguzu.

1568-1978 : le nom espagnol, le travail forcé, le protectorat

  • 1568 : l'expédition espagnole d'Álvaro de Mendaña, partie du Pérou, aborde l'archipel et lui donne le nom d'îles Salomon. Mendaña nomme l'une d'elles Guadalcanal, d'après un village d'Andalousie dont était originaire un membre de son équipage. Deux tentatives espagnoles d'installation échouent.
  • 1870-1910 : des recruteurs enlèvent ou embauchent des milliers d'insulaires pour les plantations du Queensland et des Fidji, une pratique restée sous le nom de blackbirding.
  • 1893 : le Royaume-Uni établit un protectorat sur les îles du sud, étendu ensuite au reste de l'archipel. Des plantations de cocotiers s'installent.

1942-1943 : Guadalcanal

Les Salomon sont l'un des points de bascule de la guerre du Pacifique. Les forces japonaises occupent l'archipel en 1942 et commencent un aérodrome sur Guadalcanal. Le 7 août 1942, des troupes américaines débarquent pour s'en emparer : suivent six mois de combats terrestres, aériens et navals, jusqu'au retrait japonais de février 1943. Des dizaines de milliers d'hommes y meurent, et tant de navires coulent dans le détroit voisin qu'il en a gardé le surnom d'Iron Bottom Sound, « la mer au fond de fer ».

Des milliers d'insulaires servent comme porteurs, éclaireurs et guetteurs. Le réseau des coastwatchers, qui signalait par radio les mouvements de navires et d'avions, reposait sur eux ; ce sont des Salomonais qui, en août 1943, portent le message gravé sur une noix de coco qui permit le sauvetage de l'équipage du patrouilleur PT-109.

Depuis l'indépendance

  • 7 juillet 1978 : indépendance dans le cadre du Commonwealth.
  • 1998-2003 : un conflit interne, souvent appelé « les Tensions », oppose des groupes armés issus de Malaita et de Guadalcanal, sur fond de migrations internes et de disputes foncières autour de Honiara ; il fait environ deux cents morts et déplace des dizaines de milliers de personnes.
  • 2003-2017 : une mission régionale d'assistance conduite par l'Australie et plusieurs États du Pacifique rétablit l'ordre public et réorganise l'administration.
  • 2019 : le pays transfère sa reconnaissance diplomatique de Taipei à Pékin ; novembre 2021 : des émeutes éclatent à Honiara.

Culture

Une monnaie qu'on fabrique

Dans le lagon de Langalanga, à Malaita, des familles taillent, percent et polissent des disques minuscules dans des coquillages rouges, blancs et noirs, puis les enfilent en longueurs standardisées. Cette monnaie de coquillage n'est pas un souvenir de musée : elle sert encore aujourd'hui pour les compensations matrimoniales, les réparations d'offense et les échanges cérémoniels, à côté du dollar salomonais.

Les flûtes de Pan des 'Are'are

Les orchestres de flûtes de Pan en bambou des 'Are'are, à Malaita, jouent des pièces polyphoniques à plusieurs dizaines de tuyaux, parfois frappés avec une sandale plutôt que soufflés. Ces musiques, enregistrées et publiées à partir des années 1970 par l'ethnomusicologue Hugo Zemp, ont fait connaître dans le monde entier un système musical fondé sur des accords et des intervalles propres, transmis oralement avec une terminologie théorique très élaborée.

Le vieux marché d’Auki, sur l’île de Malaita : les bateaux apportent les produits des villages côtiers.Department of Foreign Affairs and Trade · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons
Des patates douces et des bananes sur un marché des îles Salomon.Department of Foreign Affairs and Trade · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons