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Amerique du Nord · Amerique centrale

Panama

République du Panama

Le Panama est un isthme : une bande de terre étroite et courbe qui a refermé, il y a environ trois millions d'années, le passage entre l'Atlantique et le Pacifique. Cette fermeture a séparé deux océans, modifié les courants marins de la planète et permis aux animaux d'Amérique du Nord et du Sud de se mélanger pour la première fois. Depuis 1914, un canal traverse ce verrou, rétrocédé au pays le 31 décembre 1999.

Le fort San Lorenzo, bâti par les Espagnols à l’embouchure du río Chagres, sur la côte caraïbe, pour protéger l’or qui traversait l’isthme.Garcia.dennis · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Capitale
Panama
Monnaie
Balboa (PAB), le dollar américain circulant aussi
Superficie
75 417 km²
Contour du territoire : Panama

Géographie

Un pays couché d'est en ouest

Le Panama ne va pas du nord au sud comme on l'imagine souvent : il s'étire d'ouest en est, en forme de S allongé, sur environ 770 kilomètres. Sa largeur descend à une cinquantaine de kilomètres à l'endroit le plus mince.

Cette orientation a une conséquence déroutante : dans la ville de Panama, le soleil se lève au-dessus du Pacifique. Et lorsqu'un navire traverse le canal depuis la mer des Caraïbes, il progresse vers le sud-est : la sortie pacifique se trouve plus à l'est que l'entrée atlantique.

Une colonne vertébrale de montagnes trouée en son milieu

Une chaîne parcourt le pays. À l'ouest, la Cordillère de Talamanca porte le volcan Barú, environ 3 475 mètres, seul point du pays d'où l'on puisse voir les deux océans le même jour.

Au centre, le relief s'abaisse : c'est la brèche par laquelle passe le canal, où le point le plus haut de la traversée est à moins de 100 mètres. Ce creux n'est pas un hasard de la géographie : c'est ce qui a rendu le canal possible, et ce que les chercheurs de passage repéraient depuis le XVIe siècle.

À l'est s'étend le Darién, une région de forêt dense et de marais, sans route. La route panaméricaine, qui va de l'Alaska à la Patagonie, s'y interrompt sur une centaine de kilomètres : c'est le seul endroit où elle est coupée, le « bouchon du Darién ».

La fermeture de l'isthme, un événement planétaire

Il y a environ trois millions d'années, les datations sont encore discutées, la remontée du plancher océanique et l'activité volcanique ont soudé les deux Amériques.

Trois conséquences majeures :

  • Les océans se séparent. Les eaux de surface ne circulent plus entre Atlantique et Pacifique. Les courants se réorganisent ; le Gulf Stream se renforce. Des espèces marines autrefois identiques évoluent séparément de part et d'autre de la bande de terre, on les appelle des espèces jumelles, et on les compare aujourd'hui pour mesurer la vitesse de l'évolution.
  • Les continents se rejoignent. Le grand échange d'espèces entre les deux Amériques commence : vers le sud passent les félins, les ours, les cerfs, les chevaux, les camélidés ; vers le nord, les paresseux, les tatous, les opossums, les porcs-épics et, un temps, des mammifères géants. Beaucoup de faunes actuelles des deux continents datent de cet épisode.
  • Un carrefour végétal. Le Panama compte, sur un territoire réduit, plus de 10 000 espèces de plantes et près d'un millier d'espèces d'oiseaux.

Deux océans à des hauteurs différentes

Détail qui a occupé les ingénieurs : de part et d'autre de l'isthme, les marées n'ont pas la même amplitude. Côté caraïbe, elles atteignent quelques dizaines de centimètres ; côté pacifique, plus de cinq mètres. Un canal creusé au niveau de la mer aurait donc fait couler un courant permanent d'un océan à l'autre, l'une des raisons pour lesquelles on a choisi un canal à écluses et à lac artificiel.

L’île Granito de Oro, dans le parc national de Coiba, sur l’océan Pacifique.Seibert · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Un araçari à collier dans le parc national du Darién, forêt tropicale à la frontière avec la Colombie.Mdf · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Histoire

Avant les Espagnols

L'isthme est habité depuis au moins 11 000 ans. Des sociétés y travaillent l'or à partir du début de notre ère ; les cimetières de Sitio Conte et les céramiques polychromes de la région de Coclé sont réputés pour leur orfèvrerie. Le site de Panamá Viejo et la zone de Barriles témoignent d'un peuplement dense.

Les peuples Guna, Ngäbe, Buglé, Emberá, Wounaan et Naso vivent aujourd'hui dans des comarcas, des territoires dotés d'une administration propre. Le Guna Yala, reconnu après un soulèvement en 1925, est l'un des plus anciens territoires autochtones autonomes des Amériques : les Guna y élisent leurs congrès et gèrent leurs îles.

1501-1821 : la route de l'argent

  • 1501 : Rodrigo de Bastidas longe la côte ; Colomb y passe en 1502.
  • 25 septembre 1513 : Vasco Núñez de Balboa traverse l'isthme à pied, guidé par des habitants, et atteint le Pacifique, qu'il nomme mer du Sud.
  • 1519 : fondation de la ville de Panama, sur le Pacifique.
  • XVIe-XVIIIe siècles : l'isthme devient l'un des axes les plus fréquentés du monde. L'argent extrait au Pérou débarque à Panama, traverse à dos de mulet par le Camino Real jusqu'à Portobelo, sur la mer des Caraïbes, où des foires géantes le chargent vers l'Espagne. Ces richesses attirent les attaques : Portobelo est prise plusieurs fois, et Panama est détruite en 1671. Les fortifications de Portobelo et de San Lorenzo sont inscrites au patrimoine mondial.

1821-1903 : de la Colombie à la séparation

  • 28 novembre 1821 : l'isthme se sépare de l'Espagne et rejoint la Grande Colombie de Simón Bolívar. En 1826, Bolívar réunit à Panama un congrès destiné à unir les nouvelles républiques du continent.
  • 1850-1855 : un chemin de fer transisthmique est construit, le premier à relier deux océans. La ruée vers l'or californienne en fait aussitôt la route la plus rapide entre les deux côtes de l'Amérique du Nord. Le chantier est très meurtrier, la fièvre jaune et le paludisme tuant des milliers d'ouvriers venus des Caraïbes, de Chine, d'Irlande et d'Inde.
  • 1881-1889 : une compagnie française dirigée par Ferdinand de Lesseps, constructeur du canal de Suez, tente de creuser un canal au niveau de la mer. Le chantier échoue : environ 22 000 ouvriers meurent, surtout de maladies, et la faillite de la compagnie provoque en France un scandale politique retentissant.
  • 3 novembre 1903 : le Panama se sépare de la Colombie. Les États-Unis reconnaissent aussitôt le nouvel État et signent avec lui un traité leur accordant l'usage à perpétuité d'une zone de part et d'autre du futur canal.

Le canal : 1914, 1977, 1999

  • 1904-1914 : le chantier reprend, avec trois changements décisifs, un canal à écluses plutôt qu'au niveau de la mer, un immense lac artificiel, le lac Gatún, créé en barrant le fleuve Chagres, et une campagne sanitaire contre les moustiques qui fait chuter la mortalité. Le canal est ouvert le 15 août 1914. Des dizaines de milliers d'ouvriers antillais, notamment barbadiens et jamaïcains, ont creusé la tranchée de la Culebra ; leurs descendants forment une part de la population du pays.
  • 1964 et 1964-1977 : des manifestations sur le statut de la zone du canal, puis des négociations.
  • 7 septembre 1977 : les traités Torrijos-Carter prévoient le transfert du canal au Panama et la fin de la zone sous administration étrangère.
  • Décembre 1989 : une intervention militaire des États-Unis renverse le général Manuel Noriega.
  • 31 décembre 1999 : le canal et ses terres passent sous administration panaméenne. Un référendum de 2006 approuve son agrandissement, ouvert en 2016 : des écluses plus larges permettent le passage de navires deux fois plus chargés.

Culture

Un carrefour devenu une culture

Le Panama a été pendant cinq siècles un lieu de passage, et sa population le montre : descendants de peuples autochtones, d'Espagnols, d'Africains déportés par la traite, de Noirs antillais venus pour le chemin de fer et le canal, de Chinois, d'Indiens, de Libanais, de Juifs séfarades.

De cette rencontre viennent des formes propres au pays :

  • la pollera, robe brodée et plissée portée aux fêtes, dont une seule pièce peut demander une année de travail ;
  • le tamborito, chant et danse à tambours et battements de mains ;
  • les congos de la côte caraïbe, tradition théâtrale et musicale des communautés descendant de personnes ayant fui l'esclavage, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO ;
  • les molas guna, panneaux de tissus superposés et découpés, cousus par les femmes guna, aujourd'hui collectionnés dans les musées du monde ;
  • le reggae en espagnol, né à Panama dans les années 1980 dans la communauté antillaise, à l'origine directe du reggaeton.

Un laboratoire scientifique

L'île de Barro Colorado, formée par la mise en eau du lac Gatún en 1914, est devenue l'une des forêts tropicales les plus étudiées de la planète : plus d'un siècle d'observations continues sur les mêmes arbres et les mêmes animaux. Beaucoup de ce que l'on sait aujourd'hui sur le fonctionnement des forêts tropicales vient de là.

Une femme guna vend des molas, panneaux de tissu cousus en couches de couleurs, l’art des Gunas des îles San Blas.Markus Leupold-Löwenthal · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Un musicien joue du violon traditionnel panaméen, coiffé du chapeau pintao.Luigi Crespo Photography · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons