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Oceanie · Melanesie

Nouvelle-Calédonie

Nouvelle-Calédonie, collectivité française du Pacifique à statut particulier

La Nouvelle-Calédonie n'est pas un État souverain : c'est une collectivité française du Pacifique dotée d'institutions propres, d'un gouvernement collégial et d'un congrès. Géologiquement, c'est un morceau de l'ancien continent Zealandia, et ses roches ultramafiques ont produit à la fois une flore endémique parmi les plus remarquables de la planète et d'énormes réserves de nickel. Le peuple kanak en est le peuple autochtone ; l'accord de Nouméa de 1998 y a organisé un transfert progressif de compétences et trois consultations sur l'accession à la pleine souveraineté, tenues en 2018, 2020 et 2021.

Capitale
Nouméa
Monnaie
Franc Pacifique (XPF)
Superficie
18 575 km²
Contour du territoire : Nouvelle-Calédonie

Géographie

Un fragment de continent

La Grande Terre est une île allongée d'environ 400 km sur 50, prolongée par les îles Loyauté (Ouvéa, Lifou, Maré, Tiga), l'île des Pins et les Belep. Une chaîne centrale la coupe dans la longueur : le mont Panié, au nord-est, atteint environ 1 628 m.

Ce n'est pas une île volcanique récente comme le Vanuatu voisin, mais un morceau de croûte continentale détaché de l'ensemble que les géologues appellent Zealandia, séparé de l'Australie et de l'Antarctique il y a quelque 80 millions d'années. Cette histoire longue explique la suite.

La chaîne sépare deux versants très différents : la côte est, au vent, arrosée et forestière ; la côte ouest, sous le vent, plus sèche, avec des plaines de savane à niaoulis où l'on élève des bovins.

Des roches qui fabriquent une flore

Un tiers environ de la Grande Terre est couvert de péridotites, des roches venues du manteau terrestre. Leurs sols sont pauvres en éléments nutritifs et chargés en métaux, nickel, chrome, cobalt, magnésium, normalement toxiques pour les plantes.

Les végétaux qui ont réussi à y vivre ont dû s'y adapter, et ils ne se rencontrent nulle part ailleurs. Sur plus de 3 000 espèces de plantes à fleurs et conifères indigènes, autour de trois sur quatre sont endémiques : c'est l'un des taux les plus élevés de la planète, sur un territoire plus petit que la Slovénie. On y trouve treize des dix-neuf espèces mondiales d'araucarias, des palmiers d'altitude, et le maquis minier, végétation rase et dure qui pousse sur le métal.

La faune suit : le cagou, oiseau gris incapable de voler qui aboie et qui est l'emblème du territoire, le gecko géant Rhacodactylus leachianus, des escargots et des roussettes endémiques. Comme en Nouvelle-Zélande, l'introduction de cerfs, de chats et de fourmis envahissantes est le principal problème de conservation.

Le lagon et le nickel

Un récif-barrière d'environ 1 600 km enferme l'un des plus vastes lagons du monde. Six sites, représentant la diversité des récifs et des écosystèmes associés, ont été inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2008 sous le nom de « Lagons de Nouvelle-Calédonie ».

Les mêmes péridotites qui font la flore contiennent le nickel : le territoire détient une part considérable des réserves mondiales connues et compte parmi les premiers producteurs. Le nickel, extrait sur les massifs miniers, traité à l'usine de Doniambo près de Nouméa et dans deux usines plus récentes au nord et au sud, représente l'essentiel des exportations. Il structure l'économie, l'emploi, le paysage, et les débats publics : les coûts de l'énergie, les difficultés financières des usines et les conséquences de l'extraction sur les rivières et les récifs reviennent régulièrement.

Histoire

Les Kanak, et un mot qui vient d'ici

Le peuple kanak est le peuple autochtone de l'archipel. Des navigateurs lapita s'y installent il y a environ 3 000 ans, et la société kanak s'y développe autour du clan, de la case ronde surmontée d'une flèche faîtière sculptée, et de l'igname, tubercule dont le cycle règle le calendrier : on ne plante, on ne récolte et on ne fait certaines cérémonies qu'en son temps. Le don d'igname ouvre la coutume, cet ensemble de gestes d'échange, un tissu, du tabac, un billet, une parole, par lequel on se présente, on demande et on remercie.

Un détail qui dit l'importance du lieu pour l'archéologie du Pacifique : le mot « lapita », qui désigne la culture des premiers navigateurs de tout le Pacifique occidental, vient d'un site de la région de Koné, sur la côte ouest de la Grande Terre, fouillé dans les années 1950.

1774-1946 : annexion, bagne, indigénat

  • 1774 : James Cook longe la côte est et la nomme Nouvelle-Calédonie, par ressemblance avec l'Écosse.
  • 1840-1850 : santaliers, baleiniers et missionnaires, protestants aux Loyauté, catholiques sur la Grande Terre.
  • 24 septembre 1853 : prise de possession par la France.
  • 1864-1897 : la Nouvelle-Calédonie est une colonie pénitentiaire ; environ 22 000 condamnés y sont transportés, dont des déportés de la Commune de Paris en 1872, parmi lesquels Louise Michel, qui y apprend des langues kanak et recueille des récits.
  • 1878 : insurrection conduite par le chef Ataï contre les spoliations foncières et la divagation du bétail ; elle est réprimée. Autre révolte en 1917, dans le nord.
  • Jusqu'en 1946, les Kanak vivent sous le régime de l'indigénat : cantonnement dans des réserves, travail imposé, interdiction de circuler librement la nuit. La citoyenneté française leur est reconnue en 1946 et le droit de vote étendu par étapes jusqu'en 1957.

1984-1998 : les Événements, puis deux accords

Les années 1970 et 1980 voient la formation de partis indépendantistes, regroupés en 1984 dans le FLNKS, et de partis attachés au maintien dans la France. La période 1984-1988, appelée les « Événements », est marquée par des affrontements, des barrages, des attentats et des morts des deux côtés ; en mai 1988, une prise d'otages dans une grotte d'Ouvéa se termine par un assaut qui fait dix-neuf morts kanak et deux morts parmi les militaires.

  • 26 juin 1988 : les accords de Matignon, signés par Jean-Marie Tjibaou (FLNKS), Jacques Lafleur (RPCR) et l'État, ouvrent dix ans de paix civile et créent trois provinces. Tjibaou est assassiné en mai 1989, ainsi que Yeiwéné Yeiwéné, par un militant indépendantiste opposé à l'accord.
  • 5 mai 1998 : l'accord de Nouméa. Son préambule reconnaît « les ombres de la période coloniale » et l'identité kanak. Il crée une citoyenneté calédonienne et un corps électoral restreint pour les élections locales, transfère progressivement des compétences de l'État au territoire, et prévoit jusqu'à trois consultations sur l'accession à la pleine souveraineté.

Les trois consultations, et après

  • 4 novembre 2018 : 56,7 % contre l'accession à la pleine souveraineté, participation d'environ 81 %.
  • 4 octobre 2020 : 53,3 % contre, participation d'environ 86 %.
  • 12 décembre 2021 : 96,5 % contre, avec une participation d'environ 44 %. Les organisations indépendantistes avaient appelé à la non-participation, invoquant notamment les effets de l'épidémie de covid-19 sur les campagnes de terrain et sur les deuils coutumiers. Les partisans du maintien dans la France ont fait valoir que la date figurait dans le calendrier prévu.

Depuis, l'avenir institutionnel du territoire est l'objet de discussions entre l'État, les partis indépendantistes et les partis non indépendantistes. En mai 2024, un projet de révision constitutionnelle élargissant le corps électoral provincial a provoqué des troubles graves à Nouméa et dans plusieurs communes, faisant plusieurs morts et de lourds dégâts économiques ; le projet a ensuite été retiré et les discussions se sont poursuivies. Les institutions de la Nouvelle-Calédonie, un congrès, trois assemblées de province, un gouvernement collégial élu à la proportionnelle et un Sénat coutumier, continuent de fonctionner.

Culture

La case, la parole, le centre Tjibaou

La grande case kanak n'est pas une maison ordinaire : c'est le lieu de la parole du clan, avec son poteau central, ses chambranles sculptés et sa flèche faîtière plantée au sommet, elle-même composée d'éléments qui figurent les ancêtres. On y entre dans un ordre, on y parle dans un ordre.

Le centre culturel Tjibaou, ouvert à Nouméa en 1998 et conçu par l'architecte italien Renzo Piano, prend la forme de dix « cases » de bois lamellé et d'inox, orientées face au vent. Il est consacré à la culture kanak et aux arts du Pacifique.

Kaneka, et une société composite

Le kaneka, né dans les années 1980, mêle les rythmes de danse kanak aux guitares, aux basses et au reggae ; il se chante en langues kanak, en français et en bislama.

La population du territoire est composite : Kanak, descendants d'Européens installés depuis plusieurs générations (les « Caldoches »), Wallisiens et Futuniens, Tahitiens, Vietnamiens, Indonésiens, Ni-Vanuatu. Le niaouli, le cerf introduit au XIXe siècle et le bougna, plat de tubercules, de lait de coco et de viande ou de poisson cuit sous des pierres chaudes dans des feuilles de bananier, appartiennent désormais au paysage commun.