Afrique · Afrique australe
Malawi
République du Malawi
Un cinquième du Malawi est occupé par un seul lac, et ce lac contient plus d'espèces de poissons qu'aucun autre lac du monde : plusieurs centaines de cichlidés qui n'existent nulle part ailleurs. Ce pays sans littoral, ancien Nyassaland, a été le premier bien naturel inscrit au patrimoine mondial pour la richesse de sa vie aquatique.
- Capitale
- Lilongwe
- Monnaie
- Kwacha malawien (MWK)
- Superficie
- 118 484 km²
Géographie
Un lac et un couloir
Le Malawi est un pays long et étroit, étiré du nord au sud dans la branche occidentale du Grand Rift. Cette forme est dictée par le lac Malawi (appelé lac Nyasa en Tanzanie et au Mozambique), qui occupe environ un cinquième de la superficie nationale : 580 km de long, plus de 700 m de profondeur.
Autour du lac, des escarpements montent vers des plateaux entre 900 et 1 200 m, et plus haut vers des massifs isolés :
- le plateau de Nyika au nord, prairies d'altitude où paissent des antilopes ;
- le plateau de Zomba ;
- le massif de Mulanje au sud, dôme de granit qui monte à 3 002 m au pic Sapitwa, souvent noyé dans les nuages.
Le lac se vide par un unique émissaire, le Shire, qui rejoint le Zambèze au Mozambique ; le sud du pays, dans la vallée du Shire, descend à moins de 40 m d'altitude, ce qui en fait une région chaude et sèche.
Le lac aux mille poissons
Le lac Malawi abrite le plus grand nombre d'espèces de poissons de tous les lacs de la planète : les estimations vont de 700 à plus de 1 000 espèces, dont la très grande majorité sont des cichlidés endémiques, appelés localement mbuna pour ceux des rochers. Ils se sont diversifiés sur place en quelques centaines de milliers d'années, chacun occupant une niche précise : brouter les algues d'un rocher, pincer les écailles d'un autre poisson, incuber ses alevins dans sa bouche.
C'est l'un des laboratoires naturels les plus étudiés au monde pour comprendre comment de nouvelles espèces apparaissent. Le parc national du lac Malawi a été inscrit au patrimoine mondial en 1984 : c'est le premier site à avoir été classé pour la richesse de ses poissons d'eau douce.
Tabac, thé, poisson
L'économie est très agricole : tabac, thé (introduit au XIXe siècle, le Malawi est l'un des plus anciens producteurs africains), canne à sucre, arachide, et surtout maïs pour l'alimentation. La pêche sur le lac fournit une large part des protéines consommées dans le pays. La densité de population est l'une des plus fortes d'Afrique continentale, ce qui met la terre sous forte pression.
Histoire
Les Maravi, les Chewa, l'art de Chongoni
Les collines de Chongoni, au centre du pays, portent la plus dense concentration d'art rupestre d'Afrique centrale : des peintures anciennes de chasseurs-cueilleurs batwa, puis des dessins schématiques liés aux sociétés d'initiation chewa et aux masques nyau, utilisés jusqu'au XXe siècle. Le site est inscrit au patrimoine mondial.
À partir du XVe-XVIe siècle, la région est dominée par l'empire Maravi, dirigé par un souverain portant le titre de kalonga : c'est de ce nom que vient celui du pays. Le commerce du fer, de l'ivoire et du sel relie la région à la côte de l'océan Indien. Aux XVIIIe-XIXe siècles s'y ajoutent les Yao, actifs dans le commerce avec Zanzibar, et les Ngoni, venus du sud après le Mfecane, qui introduisent une organisation militaire de type zoulou.
Livingstone, le protectorat, Chilembwe
- 1859 : le missionnaire et explorateur David Livingstone atteint le lac ; ses récits, qui dénoncent la traite pratiquée dans la région, déclenchent l'arrivée de missions écossaises.
- 1891 : protectorat britannique de l'Afrique centrale, renommé Nyassaland en 1907. L'économie s'organise autour de plantations et d'un très fort départ de travailleurs vers les mines d'Afrique du Sud et de Rhodésie.
- janvier 1915 : le pasteur John Chilembwe conduit un soulèvement contre les conditions de travail dans les plantations et le recrutement de porteurs pour la Première Guerre mondiale. Il est tué, mais son nom devient le symbole de la résistance : un jour férié lui est consacré.
- 1953-1963 : la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland associe de force le territoire aux deux Rhodésies ; l'opposition à cette fédération structure le nationalisme, mené par Hastings Kamuzu Banda, médecin revenu au pays en 1958.
- 6 juillet 1964 : indépendance sous le nom de Malawi, repris de l'ancien empire Maravi.
Depuis 1964
- 1966-1994 : Banda instaure une république à parti unique et se fait proclamer président à vie en 1971 ; son régime est très personnel, avec un strict contrôle des mœurs et de la presse, et il maintient, seul en Afrique, des relations diplomatiques ouvertes avec l'Afrique du Sud de l'apartheid.
- 1993 : un référendum, réclamé notamment après une lettre pastorale des évêques catholiques, approuve le multipartisme ; 1994 : premières élections pluralistes, Bakili Muluzi devient président.
- Depuis, les alternances se sont succédé par les urnes. En 2020, la Cour constitutionnelle a annulé l'élection présidentielle de l'année précédente et ordonné un nouveau scrutin, qui a porté l'opposition au pouvoir : l'un des rares cas au monde d'élection présidentielle annulée par une juridiction puis rejouée.
- Le pays a été durement frappé par le cyclone Freddy en 2023 et par des sécheresses liées au phénomène El Niño.
Culture
Le Gule Wamkulu
La « grande danse » Gule Wamkulu est un théâtre masqué des sociétés d'initiation chewa, pratiqué au Malawi, en Zambie et au Mozambique. Des danseurs masqués, censés incarner des esprits, des animaux ou des personnages satiriques (y compris des figures d'étrangers ou d'autorités), apparaissent lors des funérailles, des initiations et des investitures. Le masque permet de dire ce qui ne peut pas être dit à visage découvert, ce qui en fait aussi un outil de critique sociale. La pratique est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis 2005.
Un pays surnommé par son accueil
Le Malawi est connu comme « le cœur chaud de l'Afrique », expression née du tourisme mais reprise par les Malawiens eux-mêmes. Le pays a de fait accueilli, dans les années 1980-1990, plus d'un million de réfugiés venus du Mozambique en guerre, pour une population alors bien plus faible qu'aujourd'hui.
Musique, sculpture, littérature
Le kwasa kwasa malawien, l'ingoma des Ngoni dansé pieds nus en frappant le sol, les chœurs d'église a cappella et la guitare de Giddes Chalamanda composent la scène musicale. Les sculpteurs sur bois du sud et les vanniers du lac travaillent pour un marché régional.
Le poète Jack Mapanje, emprisonné pour ses écrits, et le romancier Legson Kayira, qui marcha plus de 3 000 km vers le nord pour aller étudier, comptent parmi les figures littéraires du pays. L'ingénieur autodidacte William Kamkwamba, qui construisit une éolienne avec des pièces de récupération pour alimenter sa maison pendant la famine de 2001-2002, a fait connaître le pays par son récit traduit dans des dizaines de langues.