Asie · Asie centrale
Mongolie
La Mongolie est un très grand pays d'Asie centrale, plus de un million et demi de kilomètres carrés sans aucun accès à la mer, coincé entre la Russie et la Chine. C'est le pays le moins densément peuplé du monde : quelques millions d'habitants pour une superficie proche de celle de l'Iran, et des étendues de steppe où l'on peut rouler des heures sans croiser de clôture. C'est de ces steppes qu'est parti en 1206 l'empire fondé par Gengis Khan, le plus vaste empire d'un seul tenant de l'histoire.
- Capitale
- Oulan-Bator
- Monnaie
- Tugrik (MNT)
- Superficie
- 1 564 110 km²
Géographie
De la forêt au désert froid, du nord au sud
Le pays est un haut plateau, dont l'altitude moyenne dépasse 1 500 mètres, et il se lit en bandes du nord au sud, chaque bande un peu plus sèche que la précédente :
- au nord et au nord-ouest, des montagnes et la taïga, forêt de mélèzes qui prolonge celle de Sibérie, avec le lac Khövsgöl, profond de plus de 260 mètres, qui contient à lui seul une part considérable de l'eau douce de la région ;
- à l'ouest, l'Altaï mongol, chaîne de plus de 4 000 mètres avec des glaciers, où vivent des Kazakhs ;
- au centre, la steppe : une prairie sans arbres, immense, qui n'est pas un désert mais une réserve d'herbe, et qui n'a de valeur que si les troupeaux s'y déplacent ;
- au sud, le Gobi, qui occupe environ un tiers du pays.
Le Gobi, un désert qui gèle
Le Gobi n'est pas un désert de sable comme on l'imagine : c'est surtout un désert de graviers, de plateaux pierreux et de steppe très rase, avec quelques champs de dunes. Et c'est un désert froid : l'hiver y descend sous les 30 degrés au-dessous de zéro, avec de la neige, tandis que l'été dépasse 35 degrés. L'écart entre la température du jour et celle de la nuit peut atteindre 30 degrés en une journée.
Ce climat vient de la position du pays : loin de toute mer dans toutes les directions, avec des montagnes qui arrêtent l'humidité. On appelle cela un climat continental extrême. Oulan-Bator, avec une moyenne annuelle proche de zéro, est la capitale la plus froide du monde.
Le Gobi est aussi l'un des plus grands gisements de fossiles de dinosaures de la planète. La roche s'y érode au vent et met les os à nu sans qu'il soit besoin de creuser. C'est là qu'ont été mis au jour, à partir de 1922-1923, les premiers œufs de dinosaures identifiés avec certitude, ainsi que les tout premiers fossiles connus du Velociraptor, de l'Oviraptor et du Protoceratops. L'un de ces fossiles montre un Velociraptor et un Protoceratops morts enlacés en pleine lutte.
Les dzud et la vie du troupeau
L'élevage nomade tient à un équilibre fragile. L'ennemi porte un nom mongol passé dans le vocabulaire scientifique international : le dzud, un hiver qui tue le bétail. Il en existe plusieurs sortes : le dzud blanc, quand la neige est trop épaisse pour que les animaux atteignent l'herbe ; le dzud de fer, quand une pluie gelée forme une croûte de glace sur le pâturage ; le dzud noir, quand il n'y a ni neige ni eau. Un dzud sévère peut tuer des millions d'animaux en un hiver et pousser des familles vers la ville.
Les habitants déplacent leurs troupeaux, moutons, chèvres, chevaux, bovins, yaks et chameaux de Bactriane à deux bosses, selon les saisons, et vivent sous la yourte, appelée ici ger : une armature de bois en treillis, un feutre de laine, un anneau de toit, le tout démontable en une heure ou deux et transportable. Elle se chauffe au centre, s'oriente porte au sud, et son plan intérieur suit des règles précises.
Ce que le pays vend
La Mongolie exporte du cuivre, de l'or, du charbon, du molybdène et de l'uranium, en grande partie vers la Chine ; les mines d'Oyu Tolgoi et de Tavan Tolgoi, dans le Gobi, ont transformé son économie depuis les années 2010. Elle vend aussi du cachemire, la laine très fine du dessous du poil de la chèvre, dont elle est le deuxième producteur mondial, ainsi que de la viande et des peaux. L'augmentation des troupeaux de chèvres, très rentables pour le cachemire mais durs pour la végétation, contribue à la dégradation des pâturages, l'un des grands sujets du pays avec la pollution de l'air d'Oulan-Bator en hiver.
Histoire
Les empires de la steppe avant les Mongols
- Vers 1000-200 avant notre ère : des sociétés de cavaliers érigent dans la steppe des tombes à pierres dressées et des « pierres à cerfs » sculptées. L'usage de la selle, de l'arc composite et du lait de jument est ancien.
- 209 avant notre ère à 155 de notre ère : la confédération xiongnu domine la steppe et impose des tributs à la Chine des Han, qui prolonge sa grande muraille en partie à cause d'elle.
- 552-744 : les empires turcs puis ouïgours laissent les premières inscriptions en écriture runique de la région, dans la vallée de l'Orkhon, inscrite au patrimoine mondial en 2004. Cette vallée est le centre politique de la steppe pendant plus de mille ans.
1206 : l'empire mongol
- 1206 : après vingt ans de guerres entre tribus, Temüdjin est proclamé Gengis Khan, chef de tous les Mongols, lors d'une grande assemblée. Il réorganise la société en unités militaires qui cassent les fidélités de clan, fait rédiger un code, adopte une écriture empruntée aux Ouïgours et impose la loyauté au mérite.
- 1206-1227 : conquêtes de l'Asie centrale, du nord de la Chine et du monde iranien. Les villes qui résistent sont détruites, celles qui se rendent sont épargnées et taxées : la terreur est un instrument calculé.
- 1235 : fondation de Karakorum comme capitale, dans la vallée de l'Orkhon.
- 1237-1242 : campagnes en Russie, en Pologne et en Hongrie. 1258 : prise de Bagdad. 1279 : Kubilaï Khan achève la conquête de la Chine et fonde la dynastie Yuan, avec Pékin pour capitale.
- Vers 1270-1350 : l'empire atteint environ 24 millions de km2 d'un seul tenant, de la mer de Chine à la mer Noire : le plus vaste empire continu de l'histoire. La Pax Mongolica sécurise les routes de la soie ; un système de relais de poste, le yam, permet à un courrier de faire des centaines de kilomètres par jour. Marco Polo, des marchands arabes, des moines, des techniques et des maladies circulent d'un bout à l'autre du continent. La liberté de culte est la règle dans l'empire.
- 1368 : les Yuan sont chassés de Chine. L'empire, déjà divisé en quatre khanats, se défait.
Du bouddhisme tibétain à l'indépendance
- 1578-1586 : les chefs mongols adoptent le bouddhisme tibétain, qui devient la religion dominante. Des centaines de monastères sont bâtis, dont Erdene Zuu sur les ruines de Karakorum ; le mongol s'enrichit d'un vocabulaire savant et les moines deviennent médecins, astronomes et imprimeurs.
- 1691-1911 : la Mongolie extérieure est intégrée à l'empire des Qing.
- 1911 : à la chute des Qing, la Mongolie proclame son autonomie sous l'autorité du Bogd Khan, chef religieux et souverain.
- 1921 : une révolution soutenue par l'Armée rouge installe un régime nouveau ; la république populaire est proclamée en 1924, deuxième État communiste du monde après l'URSS.
- 1937-1939 : des purges font des dizaines de milliers de morts ; la quasi-totalité des monastères sont détruits et des milliers de moines exécutés ou dispersés. En 1941, l'alphabet cyrillique remplace l'écriture mongole traditionnelle, dont l'usage est réencouragé aujourd'hui.
- 1939 : la bataille de Khalkhin Gol, où les troupes soviétiques et mongoles battent l'armée japonaise, écarte la guerre du territoire.
- 1961 : entrée à l'ONU.
Depuis 1990
- 1990 : des manifestations pacifiques à Oulan-Bator, avec grève de la faim, obtiennent l'abandon du parti unique. Les premières élections pluralistes ont lieu la même année, et une nouvelle constitution est adoptée en 1992. Le pays devient une démocratie parlementaire, avec des alternances régulières au pouvoir.
- Années 1990 : la fin des subventions soviétiques provoque une crise économique sévère ; la religion bouddhique et la mémoire de Gengis Khan, longtemps interdites, reviennent dans l'espace public.
- Années 2010 : l'ouverture des grandes mines du Gobi fait bondir l'économie et accélère l'exode vers Oulan-Bator, où vit désormais près de la moitié de la population, souvent dans des quartiers de yourtes en périphérie.
Culture
Le cheval, avant tout
En Mongolie, le cheval n'est pas un loisir : c'est un moyen de transport, une source de lait, un compagnon de travail et un sujet de fierté. Les enfants montent très tôt, souvent avant six ans. La race mongole est petite, trapue, capable de passer l'hiver dehors en creusant la neige pour manger.
De cette relation viennent plusieurs choses que le monde a reprises : l'arc composite tiré à cheval, l'étrier utilisé de façon systématique par des cavaliers de la steppe, et l'idée de relais de poste pour transmettre un message vite et loin.
Le lait de jument fermenté, l'airag, légèrement alcoolisé et acide, est la boisson de l'été ; les produits laitiers séchés se conservent tout l'hiver.
Une musique qui imite le vent et le cheval
- La vièle à tête de cheval (morin khuur), à deux cordes autrefois faites de crin, se joue assise, l'instrument entre les genoux ; son répertoire imite le pas, le trot et le hennissement. Elle est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.
- Le chant long (urtiin duu), où une seule syllabe peut se tenir sur plusieurs mesures, s'apprend à l'extérieur, parce qu'il a été fait pour porter loin dans la steppe.
- Le chant diphonique (khöömii), où le chanteur fait sonner en même temps une note grave tenue et une mélodie de sifflements harmoniques, a été repris par des musiciens du monde entier.
- Il existe aussi des chants adressés aux bêtes : une mélodie que l'on chante à une chamelle pour qu'elle accepte un petit qui n'est pas le sien est inscrite par l'UNESCO.
Le naadam, la yourte et l'écriture verticale
Le naadam, en juillet, est la grande fête nationale ; elle réunit trois épreuves, la lutte mongole, le tir à l'arc et une course de chevaux de fond qui se déroule sur 15 à 30 kilomètres en terrain libre, montée par des enfants. Elle est inscrite au patrimoine de l'UNESCO, comme l'art de la yourte, du feutre et de la fauconnerie à l'aigle, pratiquée par les Kazakhs de l'Altaï avec des aigles royaux capables d'attraper un renard.
L'écriture mongole traditionnelle s'écrit verticalement, de haut en bas, en colonnes qui vont de gauche à droite : c'est la seule écriture verticale majeure encore en usage. Elle descend de l'alphabet araméen par l'intermédiaire du syriaque, de l'ouïgour et du sogdien. Remplacée par le cyrillique en 1941, elle est de nouveau enseignée.
Le texte fondateur de la littérature mongole est l'Histoire secrète des Mongols, écrite peu après la mort de Gengis Khan : c'est à la fois une chronique, une généalogie et un récit d'enfance, avec des scènes de famine, de trahison et de réconciliation.