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Asie · Asie du sud-est

Cambodge

Royaume du Cambodge

Le Cambodge est un pays de plaine d'Asie du Sud-Est organisé autour du Mékong et d'un lac étonnant, le Tonlé Sap, dont la rivière change de sens deux fois par an. Du IXe au XVe siècle, l'empire khmer y a bâti Angkor, l'une des plus vastes villes du monde préindustriel, avec un réseau de canaux et de réservoirs qui commandait l'eau sur des centaines de kilomètres carrés. Le pays parle khmer, une langue écrite avec son propre alphabet depuis plus de mille quatre cents ans.

Angkor Vat, temple bâti au XIIe siècle par le roi Suryavarman II : le plus grand monument religieux du monde, symbole du Cambodge.Manfred Werner (talk · contribs) · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Capitale
Phnom Penh
Monnaie
Riel (KHR)
Superficie
181 035 km²
Contour du territoire : Cambodge

Géographie

Un lac qui respire

Au centre du pays s'étale le Tonlé Sap, le plus grand lac d'eau douce d'Asie du Sud-Est, relié au Mékong par une rivière courte qui porte le même nom. Cette rivière fait quelque chose que presque aucune autre ne fait : elle change de sens deux fois par an.

  • En saison sèche, de novembre à mai, le lac se vide dans le Mékong, comme il est normal.
  • À la mousson, de juin à octobre, le Mékong grossit tellement que son niveau dépasse celui du lac. L'eau ne peut plus sortir : elle refoule et remonte vers le lac.

Le résultat est spectaculaire. Le lac passe d'environ 2 500 km2 et un mètre ou deux de profondeur à plus de 12 000 km2 et une profondeur de huit à dix mètres : il quintuple de surface. Il inonde une forêt entière, dite forêt inondée, dont les arbres supportent plusieurs mois sous l'eau. Les poissons viennent y frayer parmi les troncs, et le lac devient l'une des pêcheries d'eau douce les plus productives du monde, qui fournit une grande part des protéines consommées dans le pays.

Des villages entiers vivent sur l'eau : maisons sur pilotis très hauts, ou maisons flottantes que l'on déplace avec le rivage. Le lac et ses abords sont une réserve de biosphère de l'UNESCO depuis 1997.

Ce système dépend du rythme du Mékong. Les barrages construits sur son cours supérieur et sur ses affluents lissent les crues et retiennent le limon ; depuis quelques années, la remontée des eaux est plus faible et plus tardive certaines années, et les prises de pêche baissent. C'est la principale inquiétude écologique du pays.

Une cuvette et ses bordures

Le Cambodge ressemble à une assiette creuse. Le centre est une plaine basse, où le Mékong, venu du nord, croise à Phnom Penh la rivière Tonlé Sap et le Bassac : quatre bras se rejoignent là, d'où le nom de Quatre Bras donné au confluent.

Les bords de l'assiette sont des reliefs modestes :

  • les Cardamomes et les monts de l'Éléphant au sud-ouest, couverts de l'une des dernières grandes forêts tropicales continues de la région, où il tombe plus de 3 500 mm de pluie par an ;
  • la chaîne des Dangrek au nord, une falaise de grès qui marque la frontière avec la Thaïlande, avec le temple de Preah Vihear posé sur son rebord ;
  • les hauts plateaux de l'est, vers le Viêt Nam et le Laos, sols rouges plantés d'hévéas et de poivriers.

Au sud, environ 440 km de côte sur le golfe de Thaïlande, avec des mangroves et des îles.

Deux saisons, et rien d'autre

Le climat est commandé par la mousson : pluies de mai à octobre, saison sèche de novembre à avril, chaleur toute l'année. Le calendrier agricole suit la crue, et la fête nationale de l'eau, Bon Om Touk, célèbre en novembre le moment où la rivière reprend son sens normal.

Le riz occupe la plus grande partie des terres cultivées ; s'y ajoutent le caoutchouc, le manioc, la banane, la mangue, le maïs, le poivre de Kampot, protégé par une indication géographique, et la pêche. Le textile et la chaussure fournissent l'essentiel des exportations industrielles, et le tourisme d'Angkor une part importante des recettes.

Phnom Penh, la capitale, au confluent du Mékong et du Tonlé Sap.KY Geologist · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Histoire

Funan, Chenla, et la formation d'un royaume

  • Ier-VIe siècle : dans le delta, le Funan est décrit par les chroniques chinoises comme un ensemble de ports actifs sur la route maritime entre l'Inde et la Chine. La culture indienne y arrive par le commerce, pas par la conquête : l'écriture, le sanskrit, l'hindouisme et le bouddhisme sont adoptés et remodelés sur place.
  • VIe-VIIIe siècle : le Chenla déplace le centre de gravité vers l'intérieur ; le site de Sambor Prei Kuk, inscrit au patrimoine mondial en 2017, en conserve les tours de brique. La plus ancienne inscription datée en langue khmère remonte à 611.
  • 802 : Jayavarman II se fait proclamer souverain unique sur le plateau du Phnom Kulen. C'est la date de naissance de l'empire khmer.

Angkor, du IXe au XVe siècle

  • IXe-XIIe siècle : les rois khmers bâtissent successivement plusieurs capitales dans la plaine d'Angkor. Ce n'est pas seulement un ensemble de temples : c'est une ville étalée sur près de 1 000 km2, avec des routes, des habitations de bois qui n'ont pas survécu, des digues, des canaux et d'immenses réservoirs rectangulaires, les baray, dont le plus grand mesure 8 km sur 2. Ce réseau captait l'eau de mousson, la stockait et la redistribuait, ce qui permettait plusieurs récoltes de riz par an et nourrissait une population que l'on estime à plusieurs centaines de milliers d'habitants : l'une des plus grandes agglomérations préindustrielles du monde.
  • Vers 1113-1150 : Suryavarman II fait construire Angkor Vat, temple hindou dédié à Vishnou, plus grand monument religieux du monde par la surface, avec près de 2 km de bas-reliefs sculptés.
  • 1181-1218 : Jayavarman VII, bouddhiste, fait bâtir Angkor Thom, le Bayon et ses tours à visages, Ta Prohm, ainsi que des hôpitaux et des routes. C'est l'apogée territorial de l'empire.
  • XIVe-XVe siècle : sécheresses puis moussons violentes documentées par les cernes des arbres endommagent le réseau hydraulique ; s'y ajoutent des guerres avec le royaume d'Ayutthaya. La cour quitte Angkor vers 1431 pour la région de Phnom Penh. Les temples ne sont jamais abandonnés par les moines, et les villages restent : Angkor n'a jamais été une ville « perdue », seulement une capitale délaissée.

Du royaume affaibli au protectorat

  • XVIe-XIXe siècle : le royaume, pris entre le Siam à l'ouest et le Viêt Nam à l'est, perd des provinces et voit ses rois dépendre de l'un ou de l'autre.
  • 1863 : le roi Norodom signe un traité de protectorat avec la France ; le Cambodge est intégré à l'Indochine française en 1887. Des travaux de dégagement et de relevé des temples d'Angkor commencent, en même temps que des objets partent pour l'étranger. Les provinces de Battambang et de Siem Reap, passées au Siam, reviennent au Cambodge en 1907.
  • 1941 : Norodom Sihanouk devient roi. 1945 : brève indépendance sous occupation japonaise.
  • 9 novembre 1953 : indépendance, obtenue par la négociation. Sihanouk abdique en 1955 pour faire de la politique et mène une ligne de neutralité.

1970-1993 : la guerre, le régime des Khmers rouges, la reconstruction

  • 1970 : un coup d'État renverse Sihanouk. Le pays est entraîné dans la guerre du Viêt Nam ; des bombardements américains massifs frappent l'est du pays entre 1969 et 1973.
  • 17 avril 1975 : les Khmers rouges prennent Phnom Penh. Le régime, dirigé par Pol Pot, vide les villes en quelques jours, abolit la monnaie, l'école, la propriété et la religion, et envoie la population entière aux travaux agricoles. Entre 1975 et 1979, environ 1,7 à 2 millions de personnes, soit près d'un quart des habitants, meurent d'exécution, de famine, d'épuisement ou de maladie. Les personnes instruites, les minorités, les moines et les cadres de l'ancien régime sont particulièrement visés. Le site de l'ancienne prison S-21 et les mémoriaux de Choeung Ek conservent la trace de ces faits.
  • Janvier 1979 : l'armée vietnamienne renverse le régime. Une guérilla khmère rouge continue dans l'ouest pendant les années 1980, et le pays reste sous embargo, mines antipersonnel et pauvreté.
  • 1991-1993 : les accords de Paris (octobre 1991) confient à l'ONU une mission de transition, l'APRONUC, qui organise des élections en 1993. La monarchie constitutionnelle est rétablie avec Sihanouk. Un tribunal soutenu par l'ONU juge à partir de 2006 quelques hauts responsables khmers rouges ; plusieurs condamnations à perpétuité sont prononcées.
  • Depuis 1993 : reconstruction, forte croissance du textile et du tourisme, déminage toujours en cours. Le pouvoir est resté aux mains du même parti pendant des décennies, ce que les observateurs internationaux relèvent comme une limite à la vie démocratique.
Le temple de Preah Vihear, perché sur une falaise des monts Dangrek, construit du IXe au XIIe siècle.PsamatheM · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Culture

Le khmer et son alphabet

Le khmer appartient à la famille austroasiatique, comme le vietnamien, et non aux familles thaïe ou chinoise. Il n'a pas de tons, ce qui le distingue de ses voisins immédiats, mais il possède un très grand nombre de voyelles.

Il s'écrit avec l'alphabet khmer, dérivé d'une écriture de l'Inde du Sud et attesté depuis le VIIe siècle : c'est l'un des plus longs usages continus d'une écriture en Asie du Sud-Est, et l'un des alphabets comptant le plus de lettres au monde. Les écritures thaïe et laotienne en descendent en partie. Comme partout dans la région, il existe un vocabulaire différent selon que l'on parle à un ami, à un moine ou à un roi.

Ce que l'empire khmer a donné à voir

  • Angkor Vat, inscrit au patrimoine mondial en 1992, figure sur le drapeau national : peu de pays mettent un monument sur leur drapeau.
  • L'art khmer a créé une statuaire de pierre à visages calmes et sourires à peine marqués, copiée et admirée dans toute la région, et des bas-reliefs qui racontent des batailles, des marchés, des accouchements, des combats de coqs : une source documentaire de premier ordre sur la vie quotidienne au XIIe siècle.
  • L'ingénierie de l'eau d'Angkor, réservoirs, digues et canaux, est étudiée aujourd'hui par les spécialistes de la gestion des crues.
  • Le ballet royal khmer, danse aux gestes de mains très codifiés et aux coiffes dorées, transmis par les apsaras sculptées sur les murs des temples ; presque tous ses maîtres ont disparu entre 1975 et 1979, et il a été reconstitué à partir des survivants. Il est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, comme le théâtre d'ombres sbek thom et le lakhon khol.

Ce que l'on mange, ce que l'on écoute

La cuisine khmère repose sur le poisson du Tonlé Sap, frais, séché ou fermenté en pâte (prahok), sur le riz et sur des pâtes d'épices pilées, le kroeung, à base de citronnelle, de galanga et de curcuma. L'amok, poisson cuit à la vapeur dans une feuille de bananier avec du lait de coco, en est le plat le plus connu. Le sucre de palme et le poivre de Kampot s'exportent.

La musique des ensembles pinpeat, à gongs et xylophones, accompagne les cérémonies ; la scène rock et pop de Phnom Penh des années 1960, brutalement interrompue, est rééditée et écoutée dans le monde entier depuis les années 2000.

Une scène du ballet royal khmer : la danse classique cambodgienne est inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO.Marcin Konsek · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Un orchestre traditionnel cambodgien dans une pagode : xylophones, gongs et tambours.Milei.vencel, Hungary · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons