Asie · Asie de l ouest
Israël
État d'Israël
Israël est un pays étroit d'Asie de l'Ouest, d'une superficie comparable à celle de la Slovénie, où l'on passe en moins de 200 kilomètres de la plaine côtière méditerranéenne aux collines, puis à la vallée du Jourdain et au désert du Néguev. Il contient le point continental le plus bas du globe, la mer Morte, à environ 430 mètres sous le niveau de la mer. L'État a été créé en 1948 sur un territoire administré depuis 1922 sous mandat britannique, dans un conflit avec les Palestiniens et les pays voisins qui n'est pas résolu.
- Capitale
- Jérusalem (statut contesté au plan international ; la plupart des ambassades siègent à Tel-Aviv)
- Monnaie
- Shekel (ILS)
- Superficie
- 22 072 km²
Géographie
Quatre milieux en moins de 200 kilomètres
D'ouest en est, le pays se lit en bandes parallèles, et l'on change de paysage en une heure de route :
- la plaine côtière méditerranéenne, où se concentrent les villes, les ports et la plupart des habitants : Tel-Aviv, Haïfa, Ashdod ;
- les collines centrales, calcaires, plantées d'oliviers et de vignes, où se trouvent Jérusalem (à environ 750 m d'altitude) et, au nord, la Galilée et le mont Meron ;
- la vallée du Jourdain, tronçon d'un immense fossé d'effondrement qui va de la Turquie au Mozambique : le fleuve y descend du lac de Tibériade, lui-même sous le niveau de la mer, jusqu'à la mer Morte ;
- le Néguev, qui occupe environ la moitié de la superficie du pays au sud : un désert de plateaux calcaires, de canyons secs et de trois grands cirques d'érosion, dont le Makhtech Ramon, long de 40 km, une forme de relief rare.
Le pays touche la mer Méditerranée à l'ouest et, par une seule ville, Eilat, la mer Rouge au sud, sur quelques kilomètres de côte.
La mer Morte
La mer Morte n'est pas une mer mais un lac sans écoulement, au fond du fossé d'effondrement. Sa surface est à environ 430 mètres sous le niveau de l'océan : c'est le point le plus bas de toute la surface continentale du globe.
Le Jourdain lui apporte de l'eau, mais rien n'en sort : tout s'évapore sous une chaleur intense, et les sels restent. L'eau y est environ dix fois plus salée que celle de l'océan. Aucun poisson n'y vit, d'où son nom ; on y flotte sans effort, parce que l'eau chargée de sel est plus dense que le corps humain.
Ce lac baisse de plus d'un mètre par an, parce que l'eau du Jourdain et de ses affluents est prélevée en amont pour l'agriculture et la consommation en Israël, en Jordanie et en Syrie, et parce que l'industrie du potassium pompe de la saumure. En se retirant, il laisse des sols creux qui s'effondrent en milliers d'entonnoirs.
Un pays sec qui a réinventé l'irrigation
La moitié sud du pays est désertique et la moitié nord connaît un été sans pluie de plusieurs mois. Trois réponses techniques y ont été mises au point ou généralisées :
- le goutte-à-goutte : au lieu d'arroser un champ entier, on amène l'eau goutte par goutte au pied de chaque plante par un tuyau percé de petits orifices. Mis au point dans les années 1960 par l'ingénieur Simcha Blass et développé au kibboutz Hatzerim, il divise la consommation d'eau par deux ou plus et il est aujourd'hui employé sur tous les continents ;
- le dessalement de l'eau de mer, qui fournit une grande partie de l'eau potable du pays ;
- le recyclage des eaux usées pour l'agriculture, à un taux parmi les plus élevés du monde.
Territoires et frontières
Les frontières internationalement reconnues d'Israël ne font pas l'objet d'un accord général. Depuis la guerre de juin 1967, Israël occupe la Cisjordanie, Jérusalem-Est et le plateau du Golan syrien ; il a évacué ses colonies et ses soldats de la bande de Gaza en 2005 tout en continuant d'en contrôler l'accès. L'ONU et la Cour internationale de justice qualifient la Cisjordanie et Jérusalem-Est de territoires palestiniens occupés et considèrent les colonies israéliennes qui y sont installées comme contraires au droit international ; Israël conteste cette lecture. L'Autorité palestinienne administre une partie de la Cisjordanie depuis 1994.
Des traités de paix ont été signés avec l'Égypte (1979) et la Jordanie (1994) ; les frontières avec le Liban et la Syrie restent des lignes d'armistice.
Histoire
Une terre ancienne, plusieurs héritages
- IXe-VIe siècle avant notre ère : les royaumes d'Israël et de Juda sont attestés par des inscriptions et par l'archéologie. En 587 avant notre ère, Nabuchodonosor II prend Jérusalem et détruit le Temple ; une partie de la population est déportée à Babylone, puis autorisée à revenir sous les Perses. Le second Temple est rebâti.
- 70 de notre ère : après une révolte, l'armée romaine détruit le second Temple ; une seconde révolte est écrasée en 135. Une grande partie des juifs vit dès lors en diaspora, autour de la Méditerranée puis bien plus loin, tout en conservant l'hébreu comme langue liturgique et Jérusalem comme référence.
- IVe-VIIe siècle : la région, devenue chrétienne sous l'Empire romain d'Orient, passe en 638 sous autorité musulmane. Le Dôme du Rocher est achevé en 691 sur l'esplanade des Mosquées, appelée par les musulmans al-Haram al-Charif et par les juifs mont du Temple.
- 1099-1291 : royaumes latins issus des croisades, puis reconquête par les Mamelouks. 1517-1917 : la région est une province de l'Empire ottoman, peuplée majoritairement d'Arabes musulmans, avec des minorités chrétiennes et juives anciennes.
1882-1947 : deux mouvements nationaux sur un même territoire
- À partir de 1882 : des juifs d'Europe de l'Est, fuyant les persécutions, s'installent en Palestine ottomane. Le sionisme, mouvement politique formulé par Theodor Herzl au congrès de Bâle en 1897, se donne pour but un foyer national juif en Palestine.
- 2 novembre 1917 : par la déclaration Balfour, le Royaume-Uni se dit favorable à l'établissement d'un foyer national juif en Palestine, sans préjudice des droits des populations non juives qui y vivent.
- 1922-1948 : la Société des Nations confie au Royaume-Uni le mandat sur la Palestine. L'immigration juive augmente, surtout après 1933 avec la montée du nazisme, puis après la Shoah, au cours de laquelle six millions de juifs d'Europe sont assassinés. Des affrontements se multiplient : émeutes de 1929, grande révolte arabe de 1936-1939, attaques de groupes armés juifs contre l'administration britannique dans les années 1940.
- 29 novembre 1947 : l'Assemblée générale de l'ONU adopte la résolution 181, plan de partage de la Palestine en un État juif et un État arabe, avec un régime international pour Jérusalem. Les dirigeants sionistes l'acceptent ; les dirigeants arabes palestiniens et les États arabes la rejettent, considérant le partage comme injuste au regard de la part de la population et des terres alors détenues.
1948 : deux récits d'un même événement
- 14 mai 1948 : David Ben Gourion proclame l'indépendance de l'État d'Israël à Tel-Aviv, la veille de la fin du mandat britannique. Les armées de plusieurs pays arabes voisins entrent en Palestine ; la guerre dure jusqu'aux armistices de 1949.
- À l'issue de cette guerre, Israël contrôle un territoire plus vaste que celui prévu par le plan de partage. La Cisjordanie passe sous contrôle jordanien, Gaza sous contrôle égyptien. Aucun État palestinien n'est créé.
- Environ 700 000 Palestiniens quittent ou sont chassés de leur foyer, la plupart sans pouvoir y revenir : cet exode est appelé la Nakba, « la catastrophe », et c'est l'événement fondateur de la mémoire palestinienne. L'ONU crée en 1949 une agence, l'UNRWA, pour les réfugiés et leurs descendants. Pour les Israéliens, la même guerre est celle de l'indépendance, la survie d'un État nouveau après la Shoah, suivie de l'arrivée de centaines de milliers de juifs venus d'Europe et des pays arabes et musulmans, où la plupart des communautés juives disparaissent dans les années suivantes.
- 1949 : l'ONU admet Israël comme État membre. Une loi de 1950 accorde à tout juif le droit de s'installer dans le pays.
De 1956 à aujourd'hui : guerres, occupation, négociations
- 1956 : crise de Suez ; Israël, la France et le Royaume-Uni attaquent l'Égypte, puis se retirent sous pression internationale.
- 5-10 juin 1967 : la guerre des Six Jours oppose Israël à l'Égypte, la Syrie et la Jordanie. Israël occupe la Cisjordanie et Jérusalem-Est, la bande de Gaza, le Sinaï et le plateau du Golan. Environ 300 000 Palestiniens sont déplacés. La résolution 242 du Conseil de sécurité demande le retrait des territoires occupés et la reconnaissance du droit de chaque État de la région à vivre en paix. Les premières colonies israéliennes sont installées dans les territoires occupés dès 1967.
- 1973 : guerre d'octobre, déclenchée par l'Égypte et la Syrie. 1979 : traité de paix avec l'Égypte, signé à Washington, premier accord de ce type entre Israël et un pays arabe ; le Sinaï est restitué en 1982.
- 1982-2000 : guerre au Liban et occupation du sud du pays. 1987-1993 : première Intifada, soulèvement palestinien dans les territoires occupés.
- 1993-1995 : les accords d'Oslo prévoient une reconnaissance mutuelle entre Israël et l'Organisation de libération de la Palestine, une autonomie palestinienne transitoire et des négociations sur le statut final. Une Autorité palestinienne est installée en 1994. Le premier ministre israélien Yitzhak Rabin est assassiné en novembre 1995 par un extrémiste israélien opposé aux accords. Le statut final n'a jamais été négocié jusqu'au bout.
- 1994 : traité de paix avec la Jordanie. 2000-2005 : seconde Intifada, très meurtrière des deux côtés ; construction par Israël d'une barrière de séparation dont le tracé passe en partie en Cisjordanie, jugé contraire au droit international par la Cour internationale de justice en 2004.
- 2005 : Israël retire ses colons et ses soldats de la bande de Gaza. Le Hamas y prend le pouvoir en 2007 ; un blocus est imposé au territoire. Plusieurs guerres et opérations militaires suivent à Gaza, avec de très nombreuses victimes civiles, surtout palestiniennes. Le conflit israélo-palestinien n'est pas réglé, et 2023-2025 y a ajouté l'un de ses épisodes les plus meurtriers.
- Les institutions : Israël est une démocratie parlementaire, sans constitution écrite unique, avec un parlement de 120 sièges, la Knesset. Environ un habitant sur cinq est un citoyen arabe israélien. 2020 : accords de normalisation avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan.
Culture
Une langue ramenée de l'écrit à la parole
L'hébreu avait cessé d'être une langue maternelle depuis près de deux mille ans : il servait à prier, à étudier, à écrire des lettres savantes, pas à demander son chemin. À partir des années 1880, Eliezer Ben-Yehouda et d'autres entreprennent d'en faire une langue de tous les jours, fabriquant des milliers de mots qui n'existaient pas pour des choses qui n'existaient pas quand on parlait hébreu : journal, train, électricité, glace à la vanille. C'est, à ce jour, le seul cas bien documenté d'une langue liturgique redevenue la langue courante d'un pays entier.
L'arabe est la langue maternelle d'environ un habitant sur cinq. Le pays est aussi marqué par les langues que les immigrants ont apportées : yiddish, judéo-espagnol, russe, amharique, roumain, marocain.
Jérusalem, ville sainte pour trois religions
Dans quelques centaines de mètres de vieille ville se trouvent le mur des Lamentations, vestige du soutènement du second Temple et lieu de prière majeur du judaïsme ; l'esplanade des Mosquées avec la mosquée al-Aqsa et le Dôme du Rocher, troisième lieu saint de l'islam ; et le Saint-Sépulcre, où les chrétiens situent la crucifixion et la résurrection de Jésus. La vieille ville et ses remparts sont inscrits au patrimoine mondial depuis 1981, sur proposition de la Jordanie, le statut de la ville n'étant pas réglé.
C'est aussi de cette région que sont issues la Bible hébraïque et les Évangiles, deux ensembles de textes parmi les plus lus et les plus traduits de l'histoire, et dont l'influence sur la littérature, le droit et la peinture de nombreux pays est immense. Les manuscrits de la mer Morte, retrouvés à partir de 1947 dans des grottes de Qumran, sont les plus anciennes copies connues de plusieurs de ces textes.
Ce que le pays a donné
- Le goutte-à-goutte, aujourd'hui utilisé pour cultiver dans les régions sèches de tous les continents, et le recyclage systématique des eaux usées pour l'agriculture.
- La tomate cerise de longue conservation, mise au point par des chercheurs israéliens dans les années 1970, et divers travaux d'agronomie en milieu aride.
- Le kibboutz, village coopératif où la terre, le travail et les repas étaient mis en commun, expérience sociale du XXe siècle étudiée dans le monde entier.
- En sciences, plusieurs prix Nobel de chimie, dont ceux d'Ada Yonath sur la structure du ribosome et d'Aaron Ciechanover sur le recyclage des protéines dans la cellule ; en économie, les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky sur la façon dont nous décidons mal, qui ont fondé un domaine entier.
- En littérature, Shmuel Yosef Agnon (prix Nobel 1966), Amos Oz, David Grossman et le poète Yehuda Amichai sont largement traduits ; en musique, l'Orchestre philharmonique d'Israël, fondé en 1936, et la scène électronique de Tel-Aviv.
- Une cuisine faite de rencontres : houmous, falafel, salades, pains plats, aubergines, agrumes, pâtisseries d'Europe de l'Est, plats yéménites, irakiens, marocains et éthiopiens, et la chakchouka ; la plupart de ces plats sont partagés avec les cuisines arabes de la région, et leur paternité fait souvent débat.
- La ville blanche de Tel-Aviv, avec le plus grand ensemble au monde de bâtiments de style Bauhaus adaptés au climat, inscrite au patrimoine mondial en 2003.