Asie · Asie de l ouest
Iran
République islamique d'Iran
L'Iran est un haut plateau d'Asie de l'Ouest, presque partout à plus de 1 000 mètres d'altitude, cerné de chaînes de montagnes et creusé en son centre de deux immenses déserts salés. Le plateau iranien porte des villes et des empires depuis plus de cinq mille ans : l'Élam, les Mèdes, puis l'empire achéménide fondé au VIe siècle avant notre ère, le plus vaste que le monde avait connu jusque-là. Sa langue, le persan, s'écrit et se récite sans interruption depuis mille ans, et ses poètes sont lus bien au-delà de ses frontières.
- Capitale
- Téhéran
- Monnaie
- Rial (IRR)
- Superficie
- 1 648 195 km²
Géographie
Un plateau tenu entre deux murs de montagnes
L'Iran n'est pas une plaine bordée de reliefs : c'est un plateau surélevé que des montagnes enferment de tous côtés.
- À l'ouest et au sud-ouest, les Zagros alignent des plis parallèles sur près de 1 500 km, comme les vagues figées d'une mer. On les franchit par des cols, et ces plis piègent en profondeur le pétrole et le gaz.
- Au nord, l'Elbourz longe la mer Caspienne sur une bande étroite et porte le Damavand, volcan de 5 610 mètres, point culminant de toute l'Asie de l'Ouest.
- À l'est, des massifs plus secs marquent la limite avec l'Afghanistan et le Pakistan.
Cet enfermement décide du climat. Les vents humides venus de l'ouest laissent leur pluie sur le versant extérieur des Zagros ; l'intérieur reste sec. Le versant caspien, lui, reçoit plus de 1 000 mm d'eau par an : forêts denses, rizières, plantations de thé, un paysage que rien ne laisse prévoir à quelques dizaines de kilomètres de là.
Le pays a deux façades maritimes très différentes : la Caspienne au nord, qui est une mer fermée, et au sud le golfe Persique et le golfe d'Oman, relié à la haute mer par le détroit d'Ormuz, large d'une quarantaine de kilomètres, par où passe une part considérable du pétrole transporté par bateau dans le monde.
Deux déserts de sel au centre
Le centre du plateau est occupé par deux étendues qui ne se ressemblent pas :
- le Dasht-e Kavir, désert de croûtes salées où la pluie qui tombe ne s'écoule vers aucune mer et sèche sur place en laissant son sel ;
- le Dasht-e Lout, plus au sud-est, champ de dunes et de crêtes de sable sculptées par le vent, les kaluts, hautes parfois de plus de 100 mètres. C'est l'un des endroits les plus chauds mesurés sur Terre ; inscrit au patrimoine mondial en 2016.
Entre les montagnes et ces déserts court un chapelet d'oasis : Chiraz, Yazd, Kerman, Ispahan, Machhad. Les villes iraniennes se sont installées là où l'eau de la montagne rencontre la plaine.
L'eau qui voyage sous la terre
Le plateau manque d'eau, et le peu qu'il en a s'évapore vite. La réponse inventée sur place, il y a au moins deux mille cinq cents ans, s'appelle le qanat : une galerie souterraine, creusée avec une pente très faible, qui capte la nappe au pied des montagnes et conduit l'eau jusqu'aux champs et aux villages, parfois sur des dizaines de kilomètres. Comme elle circule sous terre, elle ne s'évapore pas et ne se salit pas. Des puits verticaux espacés servent au creusement puis à l'entretien ; vus du ciel, ils dessinent des pointillés dans le désert.
Onze qanats encore en service sont inscrits au patrimoine mondial depuis 2016. Le principe a essaimé très loin, jusqu'en Afrique du Nord (foggara), en Chine (karez) et en Espagne.
Les villes du désert y ont ajouté d'autres inventions : les badgirs, tours à vent qui captent le moindre courant d'air et rafraîchissent les maisons, et les yakhchals, glacières de brique en forme de dôme.
Ce que le pays vend
L'Iran possède parmi les plus grandes réserves de gaz naturel et de pétrole du monde ; leur exportation est fortement contrainte depuis des années par des sanctions internationales. Le pays produit aussi la quasi-totalité du safran consommé dans le monde, des pistaches, des dattes, des tapis noués à la main, de l'acier et des produits chimiques. L'agriculture dépend presque partout de l'irrigation, et le pompage excessif des nappes fait s'affaisser les sols autour de Téhéran et d'Ispahan : c'est l'un des problèmes les plus lourds du pays.
Histoire
Élam, les Mèdes, puis le premier empire achéménide
- Vers 3200-540 avant notre ère : le royaume d'Élam, autour de Suse, dans le sud-ouest, tient des villes, une écriture et des temples à étages. Il commerce avec la Mésopotamie voisine et lui résiste pendant deux millénaires.
- Vers 1500-1000 avant notre ère : des populations de langue iranienne s'installent sur le plateau. Le prophète Zarathoustra y enseigne une religion centrée sur le combat entre vérité et mensonge ; le zoroastrisme sera la religion des empires perses.
- 550 avant notre ère : Cyrus unifie Mèdes et Perses et fonde l'empire achéménide. En 539, il prend Babylone ; un cylindre d'argile gravé à cette occasion annonce le retour des peuples déportés chez eux, et il est souvent cité comme l'un des plus anciens textes connus sur le traitement des vaincus.
- 518 avant notre ère : Darius Ier lance la construction de Persépolis, capitale cérémonielle dont les escaliers montrent, sculptées, les délégations de dizaines de peuples apportant leur tribut. L'empire s'étend de l'Égypte à l'Indus, invente un relais de courriers sur la Route royale longue de 2 500 km, frappe une monnaie unique et laisse à chaque province sa langue et ses dieux.
- 330 avant notre ère : Alexandre de Macédoine défait Darius III et incendie Persépolis.
Parthes et Sassanides : mille ans face à Rome, puis l'islam
- 247 avant notre ère à 224 : les Parthes reprennent le plateau et arrêtent l'expansion romaine vers l'est ; la soie chinoise traverse leur territoire.
- 224-651 : l'empire sassanide restaure le zoroastrisme comme religion d'État, construit des ponts et des barrages, fonde l'académie de Gundishapur où l'on traduit des textes grecs et indiens, et rivalise avec Constantinople pendant quatre siècles.
- 636-651 : les armées arabes battent les Sassanides à Qadisiyya puis à Nahavand. L'islam devient progressivement majoritaire ; le zoroastrisme subsiste en minorité jusqu'à aujourd'hui.
- IXe-XIe siècle : le persan renaît comme langue écrite, désormais en alphabet arabe. En 1010, Ferdowsi achève le Shahnameh, le Livre des rois, soixante mille distiques qui sauvent la mémoire des légendes d'avant l'islam. Des savants du monde iranien, comme le médecin Razi à Rey, écrivent des ouvrages lus pendant des siècles.
- 1219-1258 : les invasions mongoles ravagent les villes et détruisent des réseaux d'irrigation qui ne seront pas tous reconstruits.
Safavides, Qajars, Pahlavi
- 1501 : les Safavides prennent le pouvoir et imposent le chiisme duodécimain comme religion d'État, ce qui distingue durablement l'Iran de ses voisins. En 1598, Ispahan devient leur capitale : sa grande place, ses ponts et ses coupoles de tuiles bleues sont inscrits au patrimoine mondial.
- 1722-1779 : effondrement safavide, invasions, guerres de succession.
- 1796 : les Qajars installent la capitale à Téhéran, alors petite ville. Au XIXe siècle, la Russie et le Royaume-Uni se disputent l'influence sur le pays et lui arrachent des concessions ; l'Iran n'est jamais colonisé mais perd le contrôle de ses ressources.
- 1906 : une révolution constitutionnelle arrache un parlement, le Majlis, et une constitution.
- 1908 : premier gisement de pétrole trouvé à Masjed Soleyman, exploité par une compagnie britannique qui garde l'essentiel des bénéfices.
- 1925 : Reza Khan fonde la dynastie Pahlavi ; en 1935, il demande aux États étrangers d'appeler officiellement le pays Iran, le nom qu'il porte chez lui depuis toujours.
- 1951-1953 : le premier ministre Mossadegh nationalise le pétrole ; il est renversé en août 1953 par un coup d'État soutenu par les services britanniques et américains, qui l'ont reconnu depuis.
- 1963-1977 : le chah lance une réforme agraire et une industrialisation rapides, financées par le pétrole, tout en réprimant l'opposition.
1979 et après
- Janvier-février 1979 : des mois de grèves et de manifestations font partir le chah ; l'ayatollah Khomeyni revient d'exil. Un référendum en avril institue la République islamique, dont la constitution place un Guide au-dessus des institutions élues.
- Novembre 1979 à janvier 1981 : des diplomates américains sont retenus 444 jours à Téhéran ; les relations avec les États-Unis sont rompues et ne sont pas rétablies depuis.
- 1980-1988 : l'Irak attaque l'Iran. Huit ans de guerre, des centaines de milliers de morts des deux côtés, des villes bombardées et l'emploi d'armes chimiques contre les soldats iraniens.
- 2015 : un accord signé à Vienne limite le programme nucléaire iranien en échange d'une levée de sanctions ; les États-Unis s'en retirent en 2018 et les sanctions sont rétablies, ce qui pèse lourdement sur l'économie et la monnaie.
- Depuis, des mouvements de protestation de grande ampleur ont traversé le pays, notamment en 2009, 2017-2018, 2019 et 2022.
Culture
Une langue et une poésie apprises par cœur
Le persan s'écrit en alphabet arabe mais n'est pas une langue sémitique : c'est une langue indo-européenne, cousine du français et du hindi. Il se parle aussi en Afghanistan (dari) et au Tadjikistan (tadjik), ce qui en fait la langue commune d'un espace culturel bien plus large que l'Iran.
Sa poésie est un art national vivant, pas un patrimoine de bibliothèque :
- Ferdowsi (Shahnameh, 1010) raconte les rois et les héros d'avant l'islam ;
- Saadi de Chiraz (XIIIe siècle) écrit des maximes que l'on cite encore dans les conversations ; l'un de ses vers, sur l'humanité comme un seul corps dont chaque membre souffre avec les autres, est affiché au siège des Nations unies ;
- Hafez (XIVe siècle) est si populaire qu'on ouvre son recueil au hasard pour y chercher un conseil, une pratique appelée fal-e Hafez ;
- Rumi (XIIIe siècle), né dans le monde iranien et mort à Konya en Anatolie, est aujourd'hui l'un des poètes les plus vendus au monde ;
- Omar Khayyam (XIe-XIIe siècle), à Nichapour, était à la fois poète, astronome et mathématicien, et son calendrier était plus précis que celui utilisé en Europe à la même époque.
Le jardin, la tuile et le nœud
L'architecture iranienne a donné au monde des formes reprises partout : le grand porche voûté ouvert sur une cour (iwan), la coupole sur tambour, les revêtements de tuiles émaillées bleues et turquoise, les muqarnas, ces voûtes en nid d'abeilles.
Le jardin persan est une invention à part entière : un quadrilatère clos divisé en quatre par des canaux d'eau courante, avec des arbres d'ombre et des arbres fruitiers. Le mot pairidaeza, « l'enclos », a voyagé jusqu'à nous en donnant « paradis ». Ces jardins ont inspiré ceux de l'Inde moghole, dont celui du Taj Mahal, et ceux d'Andalousie.
Le tapis noué à la main, dont les plus anciens exemplaires iraniens conservés datent du XVIe siècle, se lit comme un jardin vu d'en haut. Le nombre de nœuds au centimètre carré mesure la finesse du travail ; certains ateliers dépassent le million de nœuds au mètre carré.
Ce que l'on mange, ce que l'on regarde, ce que l'on fête
La cuisine iranienne est faite de riz cuit en grains séparés avec une croûte dorée au fond de la marmite (tahdig), de ragoûts aigres-doux aux herbes, aux noix et à la grenade, et de safran. Le kebab, l'aubergine cuisinée, le yaourt en accompagnement se sont diffusés très loin.
Le cinéma iranien est l'un des plus récompensés au monde depuis les années 1990, avec Abbas Kiarostami, Jafar Panahi et Asghar Farhadi, souvent avec très peu de moyens et des acteurs non professionnels.
Nowruz, le nouvel an, tombe à l'équinoxe de printemps, autour du 21 mars. C'est une fête d'origine iranienne antérieure à l'islam, aujourd'hui célébrée par des centaines de millions de personnes de la Turquie à l'Inde et de l'Irak au Kazakhstan, et inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.