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Amerique du Nord · Caraibes

Haïti

République d'Haïti

Haïti occupe le tiers occidental d'Hispaniola, une île qu'il partage avec la République dominicaine. Son nom vient d'un mot taïno qui signifie « terre de hautes montagnes », et la carte lui donne raison : c'est l'un des pays les plus montagneux des Amériques. Il est devenu le 1er janvier 1804 le deuxième État indépendant du continent et la première république dirigée par des Noirs, née de la seule révolte d'esclaves de l'histoire qui ait abouti à la fondation d'un État.

La citadelle La Ferrière, bâtie de 1805 à 1820 au sommet d’une montagne après l’indépendance d’Haïti, première république noire du monde (1804).SPC Gibran Torres, United States Army · Domaine public · Wikimedia Commons
Capitale
Port-au-Prince
Monnaie
Gourde (HTG)
Superficie
27 750 km²
Contour du territoire : Haïti

Géographie

Un pays en forme de pince

Le territoire dessine deux longues presqu'îles qui enserrent le golfe de la Gonâve, avec en son milieu l'île du même nom. Cette forme donne au pays plus de 1 700 kilomètres de côtes pour une superficie inférieure à celle de la Belgique.

Des montagnes partout

Le mot Ayiti dit l'essentiel : plus des deux tiers du pays sont en pente.

  • Le massif de la Selle, au sud-est, culmine au Pic la Selle, environ 2 680 mètres.
  • Le massif de la Hotte prolonge la presqu'île du sud ; ses forêts de nuages abritent des espèces qui n'existent nulle part ailleurs, des grenouilles minuscules, notamment, dont plusieurs ont été décrites très récemment.
  • Le massif du Nord se prolonge en territoire dominicain sous un autre nom : la montagne ne s'arrête pas à la frontière.

Entre ces massifs s'ouvrent quelques plaines, étroites mais décisives, parce que c'est là que l'on cultive : la plaine du Nord autour du Cap-Haïtien, la plaine du Cul-de-Sac vers Port-au-Prince, la vallée de l'Artibonite, où coule le plus long fleuve du pays (environ 320 kilomètres) et où l'on produit du riz.

Une position sismique particulière

Le pays est traversé par deux grandes fractures de l'écorce terrestre, dont la faille Enriquillo-Plantain Garden, qui passe juste au sud de Port-au-Prince. Deux plaques y glissent l'une contre l'autre. C'est cette faille qui a rompu le 12 janvier 2010, produisant un séisme de magnitude 7,0 à faible profondeur.

À cela s'ajoute la saison cyclonique de l'Atlantique nord, de juin à novembre.

Une frontière qu'on voit depuis l'espace

Sur les images satellites d'Hispaniola, une ligne change de couleur au milieu de l'île : la couverture forestière est nettement plus réduite à l'ouest qu'à l'est. Ce contraste a des causes datées et documentées, une colonisation française tournée vers la plantation intensive, des politiques forestières différentes après 1804, une densité de population plus forte à l'ouest, et surtout l'usage du charbon de bois comme principal combustible de cuisine, qui prélève sur les arbres restants. Des programmes de reboisement sont menés depuis les années 1980, notamment dans les massifs du sud.

Cap-Haïtien, deuxième ville d’Haïti, ancienne capitale de la colonie de Saint-Domingue.Rémi Kaupp · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Histoire

Ayiti taïno, puis Saint-Domingue

Avant 1492, l'île est peuplée de Taïnos organisés en cinq grandes chefferies. Le 5 décembre 1492, les navires de Colomb l'abordent ; elle est baptisée Hispaniola. La conquête, le travail forcé dans les mines et les épidémies font disparaître l'essentiel de la population taïno en une cinquantaine d'années.

Au XVIIe siècle, des boucaniers français s'installent sur l'île de la Tortue puis sur la côte ouest. Le traité de Ryswick (1697) partage l'île : l'Espagne garde l'est, la France reçoit l'ouest, qu'elle nomme Saint-Domingue.

En un siècle, cette colonie devient la plus rentable du monde : sucre, café, indigo, coton. Cette richesse repose sur la déportation par la traite atlantique de centaines de milliers d'Africains mis en esclavage, la colonie en compte à la fin du XVIIIe siècle plus de dix fois plus que de colons, dans des conditions dont la mortalité est telle qu'il faut sans cesse en déporter de nouveaux.

1791-1804 : la révolution haïtienne

C'est la seule révolte d'esclaves de l'histoire qui ait abouti à la création d'un État indépendant.

  • Août 1791 : un soulèvement général commence dans la plaine du Nord ; il est préparé lors d'une cérémonie au Bois-Caïman.
  • 1793-1794 : les commissaires de la République française à Saint-Domingue proclament l'abolition ; la Convention l'étend à toutes les colonies le 4 février 1794.
  • 1794-1800 : Toussaint Louverture, ancien esclave devenu général, repousse les armées espagnole et britannique et prend le contrôle de l'île entière.
  • 1801 : il fait adopter une constitution qui interdit définitivement l'esclavage sur le territoire et le place sous son autorité de gouverneur à vie.
  • 1802 : une expédition envoyée par Napoléon Bonaparte pour rétablir l'esclavage arrête Louverture, qui est déporté et meurt en France en 1803.
  • 18 novembre 1803 : l'armée indigène, commandée par Jean-Jacques Dessalines, remporte la bataille de Vertières, près du Cap.
  • 1er janvier 1804 : l'indépendance est proclamée aux Gonaïves. Le pays reprend son nom taïno : Haïti.

Un État neuf dans un monde esclavagiste

La nouvelle république est entourée de colonies où l'esclavage se poursuit ; la plupart des États refusent de la reconnaître pendant des décennies.

  • 1816-1820 : Haïti fournit armes, navires et hommes à Simón Bolívar, à condition qu'il abolisse l'esclavage dans les territoires qu'il libérerait.
  • 1825 : la France accepte de reconnaître l'indépendance contre le versement d'une indemnité de 150 millions de francs-or destinée aux anciens colons, ramenée à 90 millions en 1838. Haïti emprunte pour la payer ; le remboursement de cette dette et de ses refinancements s'étale jusqu'en 1947 et pèse lourdement sur les finances publiques du pays pendant plus d'un siècle.
  • 1822-1844 : l'ensemble de l'île est administré depuis Port-au-Prince ; l'esclavage y est aboli. La partie orientale s'en sépare en 1844 pour former la République dominicaine.
  • 1915-1934 : les États-Unis occupent militairement le pays ; l'occupation construit des routes et réorganise l'administration, et se heurte à une insurrection paysanne (1918-1920).
  • 1957-1986 : le régime de François Duvalier puis de son fils Jean-Claude.
  • 12 janvier 2010 : le séisme détruit une grande partie de Port-au-Prince et des villes voisines.
  • 2021 : l'assassinat du président en exercice ouvre une période d'instabilité institutionnelle.
Le palais de Sans-Souci, à Milot, construit pour le roi Henri Christophe et endommagé par un séisme en 1842.Rémi Kaupp · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Culture

Le créole, une langue à part entière

Le créole haïtien est né au XVIIIe siècle de la rencontre entre le français et des langues d'Afrique de l'Ouest et centrale. Ce n'est pas un « français déformé » : il a sa grammaire, sa syntaxe, son orthographe fixée, sa littérature et son académie. Il est langue officielle depuis la Constitution de 1987 et il est parlé par l'ensemble de la population.

Une peinture reconnue dans le monde

L'école haïtienne de peinture, couleurs pleines, scènes de marché, paysages denses, s'est imposée à partir des années 1940 dans les collections internationales. La ferronnerie d'art, faite de bidons de métal découpés et martelés à Croix-des-Bouquets, en est le pendant sculpté.

Musique et littérature

Le compas (konpa), créé par Nemours Jean-Baptiste en 1955, se danse dans toute la Caraïbe et en Afrique de l'Ouest ; le rara accompagne les processions de carême. Des écrivains comme Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis, René Depestre, Marie Vieux-Chauvet, Dany Laferrière ou Yanick Lahens sont traduits dans de nombreuses langues.

Une citadelle en montagne

La Citadelle Laferrière, bâtie entre 1805 et 1820 à 900 mètres d'altitude, est l'une des plus grandes forteresses des Amériques. Elle a été construite pour défendre l'indépendance contre un retour des armées françaises. Elle figure, avec le palais de Sans-Souci, sur la liste du patrimoine mondial depuis 1982, la première inscription de la Caraïbe.

Un marché de fruits devant des peintures haïtiennes : la peinture naïve d’Haïti est connue dans le monde entier.USAID U.S. Agency for International Development · Domaine public · Wikimedia Commons
Le griot, porc mariné et frit, servi avec des bananes plantain frites et du pikliz : un plat de fête haïtien.Lëa-Kim Châteauneuf · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons