Amerique du Sud · Andes
Bolivie
État plurinational de Bolivie
La Bolivie n'a plus d'accès à la mer depuis 1904, et cette privation structure sa politique étrangère depuis plus d'un siècle. Son haut plateau, l'Altiplano, porte le plus grand lac d'altitude navigable du monde et la plus vaste étendue de sel de la planète, sous laquelle dort une réserve de lithium considérable. Sa Constitution de 2009 fait de trente-six langues autochtones des langues officielles de l'État, aux côtés de l'espagnol, aucun autre pays n'en a inscrit autant.
- Capitale
- Sucre (capitale constitutionnelle), La Paz (siège du gouvernement)
- Monnaie
- Boliviano (BOB)
- Superficie
- 1 098 581 km²
Géographie
L'Altiplano, et les deux tiers qu'on oublie
Entre deux branches des Andes s'étend l'Altiplano, un haut plateau de 3 600 à 4 000 m d'altitude, large de 100 à 200 km, sec, froid la nuit, intensément ensoleillé le jour. C'est l'image habituelle du pays : La Paz encaissée dans une cuvette, El Alto sur le rebord à plus de 4 000 m, les troupeaux de lamas et d'alpagas, les cultures de pomme de terre et de quinoa.
Mais les deux tiers du territoire bolivien sont des basses terres chaudes : les Yungas, versants humides et brumeux où pousse la coca ; les plaines amazoniennes du Beni et de Pando, inondées la moitié de l'année ; les savanes de Santa Cruz, devenues le premier foyer agricole et économique du pays ; et au sud-est le Chaco, épineux et brûlant. Le parc national Madidi, qui descend des neiges andines à la forêt amazonienne, figure parmi les aires protégées les plus riches en espèces au monde.
Le lac Titicaca
À 3 812 m, le Titicaca est le plus haut grand lac navigable du monde et le plus vaste lac d'Amérique du Sud par le volume. Il est partagé avec le Pérou. Sa masse d'eau adoucit le climat des rives, ce qui a permis l'agriculture à une altitude où elle serait normalement impossible : c'est là qu'ont vécu les sociétés les plus denses de l'Altiplano.
Le lac se vide par la rivière Desaguadero dans un autre lac, le Poopó, sans jamais rejoindre la mer. Le Poopó, très peu profond, s'est asséché presque complètement en 2015-2016 sous l'effet combiné des prélèvements agricoles et miniers et de la sécheresse ; il ne s'est reconstitué que partiellement.
Le Salar de Uyuni et le lithium
Au sud de l'Altiplano, le Salar de Uyuni est la plus grande étendue de sel du monde : environ 10 000 km² d'une croûte de sel épaisse de plusieurs mètres, reste d'un lac préhistorique évaporé. Sa surface est si plate, quelques dizaines de centimètres de dénivelé sur des dizaines de kilomètres, que des satellites d'altimétrie s'en servent pour calibrer leurs instruments.
Sous la croûte, la saumure contient du lithium, métal indispensable aux batteries. Les ressources boliviennes identifiées sont parmi les plus importantes du monde, mais l'extraction reste limitée : la saumure d'Uyuni est riche en magnésium, plus difficile à séparer, et la région est pluvieuse une partie de l'année, ce qui contrarie l'évaporation en bassins.
Sans littoral : ce que cela change
Après la guerre du Pacifique (1879-1884) et le traité de 1904, la Bolivie n'a plus de côte. Elle exporte par les ports chiliens et péruviens, ce qui renchérit son commerce. Elle conserve une marine de guerre, qui patrouille sur le Titicaca et les fleuves amazoniens, et commémore chaque 23 mars un « Jour de la mer ». En 2013, elle a porté l'affaire devant la Cour internationale de justice ; celle-ci a jugé, le 1er octobre 2018, que le Chili n'avait pas d'obligation juridique de négocier un accès souverain à l'océan.
Le pays dispose en revanche d'une des plus grandes réserves de gaz naturel du continent, exportée par gazoduc vers le Brésil et l'Argentine.
Histoire
Tiwanaku, 500-1000
Au sud du lac Titicaca, Tiwanaku fut pendant des siècles un centre religieux et politique majeur, avec des pyramides à degrés, des murs de pierres taillées ajustées sans mortier, une porte monolithe dite du Soleil et un système agricole de champs surélevés séparés par des canaux, les suka kollus, qui protégeaient les cultures du gel nocturne grâce à la chaleur emmagasinée par l'eau. Son influence se lit dans tout le sud des Andes. Le site est inscrit au patrimoine mondial depuis 2000.
Après son déclin, des seigneuries aymaras se partagent l'Altiplano, avant l'incorporation à l'empire inca au XVe siècle.
Potosí : la montagne qui a financé le monde
- 1545 : de l'argent est trouvé au Cerro Rico, au-dessus de Potosí. La ville devient l'une des plus peuplées du monde vers 1600, à plus de 4 000 m d'altitude.
- L'argent de Potosí alimente les monnaies d'Europe et d'Asie ; la formule espagnole vale un Potosí, « ça vaut un Potosí », a désigné pendant des siècles une richesse démesurée. Une part de cet argent finit en Chine, où il servait de monnaie.
- L'extraction repose sur la *mita*, travail forcé par rotation imposé aux communautés andines, et sur des esclaves africains déportés. La mortalité y a été très élevée pendant deux siècles. Potosí est inscrite au patrimoine mondial depuis 1987.
1809-1952
- 16 juillet 1809 : soulèvement de La Paz, l'un des premiers du continent.
- 6 août 1825 : indépendance. Le pays prend le nom de Simón Bolívar ; Sucre devient la capitale constitutionnelle.
- 1879-1884 : guerre du Pacifique ; perte du littoral, confirmée par le traité de 1904.
- 1899-1903 : conflit de l'Acre avec le Brésil, à l'époque du caoutchouc ; le territoire est cédé en 1903.
- 1932-1935 : guerre du Chaco contre le Paraguay, l'un des conflits les plus meurtriers d'Amérique du Sud au XXe siècle : de l'ordre de 60 000 morts du côté bolivien, beaucoup de soif et de maladie autant que de combats. La Bolivie perd la plus grande partie du Chaco disputé. Des conscrits quechuas et aymaras, envoyés se battre dans une plaine brûlante à mille mètres plus bas que chez eux, en reviennent avec une conscience politique nouvelle.
- 9 avril 1952 : révolution nationale. Suffrage universel, y compris pour les populations autochtones jusque-là exclues du vote ; nationalisation des mines d'étain ; réforme agraire de 1953.
Depuis 1980
- 1982 : retour à un régime civil après une succession de gouvernements militaires.
- 2000 : « guerre de l'eau » à Cochabamba contre la privatisation du service ; le contrat est annulé.
- 2003 : « guerre du gaz » ; le président démissionne après des affrontements meurtriers à El Alto.
- 2006 : Evo Morales, dirigeant syndical des cultivateurs de coca et d'origine aymara, devient président, le premier chef d'État autochtone du pays.
- 7 février 2009 : nouvelle Constitution, approuvée par référendum. Elle fonde l'« État plurinational », fait de l'espagnol et des trente-six langues autochtones énumérées à son article 5 des langues officielles de l'État, et reconnaît les autonomies autochtones et la justice communautaire.
- 2019 : après une élection présidentielle contestée et des violences, Morales démissionne le 10 novembre et quitte le pays ; un gouvernement de transition organise l'élection d'octobre 2020, remportée par Luis Arce.
Culture
Le baroque des missions
Entre 1691 et 1760, des missions jésuites s'installent chez les Chiquitos, dans les basses terres de l'est. Il s'y est produit une chose inattendue : des musiciens autochtones ont appris, joué puis composé de la musique baroque européenne, et les partitions ont été conservées dans les villages après l'expulsion des jésuites en 1767. Des milliers de pages de manuscrits ont été retrouvées à partir des années 1970 à Chiquitos et Moxos, l'un des plus grands fonds de musique baroque hors d'Europe, dont une partie composée sur place. Ces œuvres sont rejouées aujourd'hui par des orchestres de village, et six églises-missions en bois et adobe sont inscrites au patrimoine mondial depuis 1990.
Le charango, le carnaval, le tissage
Le charango, petite guitare andine à cinq rangs de cordes doubles, est né de l'adaptation d'instruments espagnols ; sa caisse était autrefois faite d'une carapace de tatou. Il est, avec la flûte de roseau, l'instrument emblématique de la musique des Andes.
Le carnaval d'Oruro rassemble pendant plusieurs jours des milliers de danseurs masqués ; sa diablada mêle une procession catholique à des figures des croyances andines. Il a été inscrit en 2001 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
Les tissages aymaras et quechuas, aguayos portés sur le dos, où l'on met un enfant ou une charge, se lisent : chaque communauté a ses motifs, ses couleurs et sa largeur de bandes, et l'on peut dire d'où vient quelqu'un à son tissu. Les cholitas, femmes aymaras à jupe superposée et chapeau melon, ont fait de ce vêtement un signe revendiqué : il y a des lutteuses, des alpinistes et des skateuses en pollera.
Le pays a donné au monde la quinoa, graine de l'Altiplano riche en protéines complètes, dont l'Assemblée générale des Nations unies a fait le thème d'une année internationale en 2013.