Afrique · Afrique centrale
Sao Tomé-et-Principe
République démocratique de Sao Tomé-et-Principe
Deux îles volcaniques dans le golfe de Guinée, inhabitées avant 1470, où la ligne de l'équateur passe par un îlot du sud : Sao Tomé-et-Principe est le deuxième plus petit pays d'Afrique. C'est là qu'a été mise au point, au XVIe siècle, la plantation sucrière à esclaves qui sera ensuite transplantée au Brésil et aux Caraïbes, et là que le cacao a fait, un temps, le premier producteur mondial.
- Capitale
- São Tomé
- Monnaie
- Dobra (STN)
- Superficie
- 964 km²
Géographie
Deux îles et un point sur l'équateur
L'archipel compte deux îles habitées, São Tomé au sud et Príncipe au nord, séparées de 150 km, ainsi que des îlots. Le plus célèbre est l'Ilhéu das Rolas, au large de la pointe sud de São Tomé : la ligne de l'équateur le traverse, et un monument y marque l'endroit où l'on peut se tenir un pied dans chaque hémisphère.
Les îles appartiennent à la ligne du Cameroun, cet alignement volcanique qui se poursuit sur le continent. Le Pico de São Tomé culmine à 2 024 m. Le paysage est dominé par des pitons abrupts, dont le Pico Cão Grande, aiguille de lave solidifiée qui monte de 370 m au-dessus de la forêt : c'est un ancien conduit volcanique dont l'enveloppe plus tendre a été emportée par l'érosion.
Pluie, forêt, endémisme
Le sud-ouest de São Tomé reçoit plus de 5 000 mm de pluie par an, le nord-est moins de 1 000 : sur une île de 50 km de long, on passe de la forêt de nuages au paysage sec. Le parc naturel Obô couvre une grande partie des hauteurs.
Cet isolement a produit un taux d'espèces uniques très élevé pour un si petit territoire : l'ibis de São Tomé, le plus petit ibis du monde, le gros-bec de São Tomé, plusieurs souimangas, orchidées et bégonias qui ne vivent nulle part ailleurs. Príncipe est classée réserve de biosphère par l'UNESCO depuis 2012.
Cacao, pêche, et une mer profonde
L'économie repose sur le cacao, les fèves santoméennes sont recherchées par les chocolatiers, la pêche, l'huile de palme et le tourisme. Le pays partage avec le Nigeria une zone d'exploitation conjointe en mer où des recherches pétrolières sont menées.
Histoire
Des îles vides, puis un modèle exporté
Aucune population n'habitait l'archipel avant l'arrivée de navigateurs portugais vers 1470-1471. Le peuplement commence en 1493 avec des colons, des exilés et surtout des captifs amenés du continent voisin.
Ce qui se met en place là est d'une importance mondiale : au début du XVIe siècle, São Tomé devient la première grande économie de plantation sucrière fondée sur l'esclavage de l'Atlantique. Le modèle, grandes propriétés, monoculture pour l'exportation, main-d'œuvre déportée, moulins, est ensuite transplanté au Brésil puis aux Caraïbes. Beaucoup d'historiens y voient le laboratoire du système de plantation américain.
- 1530-1570 : l'archipel est le premier exportateur de sucre du monde atlantique.
- 1540-1595 : révoltes d'esclaves, dont celle menée par Amador en 1595, aujourd'hui héros national ; des groupes réfugiés dans les montagnes, les Angolares, forment une communauté durable avec sa propre langue.
- XVIIe-XVIIIe siècles : la concurrence brésilienne ruine le sucre ; les îles deviennent une escale de la traite.
Le cacao et les roças
Au XIXe siècle, le café puis le cacao relancent l'archipel. De grandes exploitations, les roças, couvrent les îles avec leurs hôpitaux, leurs chapelles et leurs dortoirs. Vers 1905-1913, Sao Tomé-et-Principe est le premier producteur mondial de cacao.
L'esclavage est aboli en 1875, mais le système de travail « contractuel » qui le remplace, avec des travailleurs recrutés en Angola, au Cap-Vert et au Mozambique, est dénoncé à l'époque comme un esclavage déguisé : une campagne internationale conduit des chocolatiers britanniques à boycotter le cacao santoméen en 1909.
- février 1953 : le massacre de Batepá, répression de troubles ruraux, fait de nombreuses victimes ; il devient la date fondatrice du nationalisme local.
Indépendance
Le Mouvement de libération de Sao Tomé-et-Principe, fondé en 1960, obtient l'indépendance après la révolution portugaise : elle est proclamée le 12 juillet 1975. Le pays vit d'abord sous un régime à parti unique, puis adopte le multipartisme en 1990 ; depuis, les alternances par les urnes se sont succédé. Príncipe dispose d'une autonomie régionale depuis 1995.
Culture
Deux îles, plusieurs créoles
Sur un territoire de moins de mille kilomètres carrés cohabitent plusieurs langues créoles nées du portugais et de langues d'Afrique centrale : le forro à São Tomé, le lung'ie à Príncipe, parlé par quelques centaines de personnes seulement, et l'angolar des descendants d'esclaves réfugiés. Ce sont parmi les plus anciens créoles de base portugaise du monde, et ils intéressent les linguistes qui étudient la formation de ces langues.
Le tchiloli
Le tchiloli est un théâtre de rue joué en plein air, avec masques, tambours et flûtes, dont l'intrigue est adaptée d'une pièce portugaise du XVIe siècle sur un procès à la cour de Charlemagne. Transmis depuis des générations, joué pendant des heures, il mêle texte européen ancien, musique africaine et commentaire politique local. On n'en trouve l'équivalent nulle part ailleurs.
À côté du tchiloli existent l'auto de Floripes de Príncipe, la danse ússua et le dêxa. La poésie de Francisco José Tenreiro, l'un des premiers auteurs de la négritude de langue portugaise, et celle d'Alda do Espírito Santo, qui a écrit l'hymne national, ont porté le pays en littérature.